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"On a ramené tous ceux qu'on pouvait": le récit du chef des opérations d’évacuation en Afghanistan

Le contre-amiral Jacques Fayard, chef des opérations d’évacuation en Afghanistan, raconte sur BFMTV les évacuations menées pendant deux semaines par l'armée française à l'aéroport de Kaboul.

"On a vu des flots de femmes, d'enfants et de familles". Le contre-amiral Jacques Fayard, chef des opérations d'évacuation en Afghanistan, est revenu sur BFMTV sur l'opération menée par les forces françaises et qui ont conduit à la mise en sécurité de plus de 2830 personnes.

"Au départ, on était configurés pour trois jours de mission et 160 ressortissants français, on a fait 13 jours et (rapatrié) près de 3.000 personnes", témoigne sur notre antenne celui qui est aux commandes des forces françaises aux Émirats arabes unis.

"Il n'y avait plus de contrôle aérien"

Aucun avion français n'avait volé sur l'aéroport de la capitale afghane depuis 2014, année de retrait des forces françaises: "il n'y avait plus de contrôle aérien, le contrôle aérien civil avait été abandonné et il y avait un nombre d'avions dans la boucle qui était très important".

Seuls trois créneaux d'une durée de trente minutes max étaient alloués chaque jour par les forces américaines pour faire décoller les avions militaires français de l'aéroport de Kaboul.

Au total, ce sont environ 100.000 personnes qui ont été évacuées par voie aérienne de Kaboul, selon le contre-amiral: "cela vous donne l'idée du nombre d'avions qui se présentaient dans cet environnement compliqué sur le plan géographique mais aussi par le risque terroriste qui augmentait au fur et à mesure que l'opération durait".

"Il reste encore des gens à évacuer"

L'afflux de personnes était tel que la base militaire d'Abu Dhabi a dû être réaménagée pour accueillir les ressortissants français et les plus de 2600 réfugiés afghans: "On a été obligés de vider le hangar où on met les Rafales pour le transformer en nurserie, en hôpital [...] on a eu à acheter des tétines, des couches, des serviettes hygiéniques, tout ce qui correspondait à la population qu'on voyait arriver".

"On a sauvé des vies, on a ramené tous ceux qu'on pouvait faire dans les conditions imparties au moment où les événements se sont déroulés, mais il n'y a pas particulièrement de gloriole à avoir", poursuit le militaire, "il y a eu, je pense, des gens qui sont sans doute passés du bon côté de la porte et une partie de leur famille qui est restée de l'autre côté".

"On peut être fiers de ce pont aérien, des 2600 Afghans qu'on a mis en sécurité, mais il reste encore des gens à évacuer. On a changé encore de logique, on est passés d'une logique militaire à une logique plus politique et diplomatique", a souligné le militaire, laissant la main désormais au Quai d'Orsay.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV