BFMTV

Mort de Michael Brown: nuit d'émeutes à Ferguson

Un manifestant passe devant une voiture brûlée à Ferguson, dans la nuit de lundi à mardi.

Un manifestant passe devant une voiture brûlée à Ferguson, dans la nuit de lundi à mardi. - Jewel Samad - AFP

De violentes échauffourées ont éclaté lundi soir dans les rues de Ferguson, après la décision d'un grand jury populaire américain de ne pas poursuivre le policier blanc qui a tué l'été dernier un jeune Noir sans arme.

Ferguson s'embrase à nouveau. Après trois mois de délibérations, c'est le procureur du comté de St Louis qui a annoncé la nouvelle dans la nuit de lundi à mardi: le policier Darren Wilson ne sera pas inculpé de la mort de Michael Brown, 18 ans, qui ne portait pas d'arme et a été abattu en plein jour de six balles à Ferguson, une petite ville de l'Etat du Missouri, au centre des Etats-Unis. L'homme est définitivement innocenté sur le plan pénal.

Aussitôt après, le président Barack Obama et la famille de Michael Brown ont exhorté la foule à manifester dans le calme, et la police à faire preuve de "retenue", alors que la ville avait été le théâtre de graves émeutes raciales l'été dernier après le drame.

Incendies et tirs contre la police

Mais cela n'a pas suffi à calmer la colère des manifestants. Immédiatement après la décision et devant les nombreuses caméras de télévision, la foule en majorité noire a commencé à jeter des pierres sur des vitrines, à incendier des voitures et à piller des commerces, face à des dizaines de policiers lançant des grenades lacrymogènes et exhortant: "Vous êtes illégalement rassemblés, prière de vous disperser immédiatement ou vous serez arrêtés". 

Selon le chef de la police du comté de Saint Louis, John Belmar, la police a été la cible de nombreux tirs et une douzaine d'immeubles de la ville ont été incendiés. Vingt-neuf manifestants ont été arrêtés, a-t-il ajouté, mais aucun mort n'a été signalé.

Craignant des affrontements, le gouverneur du Missouri, Jay Nixon, avait décrété l'état d'urgence, déployé la garde nationale et renforcé les effectifs de police. Ailleurs aux Etats-Unis, notamment à Times Square à New York, mais aussi dans la capitale fédérale, Washington, des centaines de manifestants ont protesté contre ce qu'ils considèrent comme un déni de justice.

L'enquête fédérale se poursuit

"Le devoir d'un grand jury est de séparer les faits de la fiction", a déclaré à la presse le procureur Robert McCulloch, les jurés "ont déterminé qu'il n'y a pas de raison suffisante d'intenter des poursuites contre l'officier Wilson", s'est justifié le magistrat. "Il n'y a pas de doute que l'agent Wilson a causé la mort" de Michael Brown, a-t-il cependant déclaré, parlant de "décès tragique".

Les douze jurés, neuf Blancs et trois Noirs, ont mené une instruction "complète et profonde", entendu une soixantaine de témoins 70 heures durant, examiné des centaines de photos et d'éléments à charge et écouté trois médecins légistes. Parallèlement, l'enquête fédérale se poursuit, "elle est indépendante par rapport à l'enquête locale depuis le début et le restera", a déclaré le ministre américain de la Justice, Eric Holder, mais elle ne concerne que les droits civils.

La famille de Michael Brown "déçue"

Après sa mort, le corps du jeune homme avait été laissé à la vue des passants pendant plusieurs heures, en plein soleil, ajoutant à la colère des manifestants qui y avaient vu un signe de plus du mépris des forces de l'ordre pour la population noire. Une vingtaine de minutes avant cette confrontation, Michael Brown avait été filmé dans une supérette en train de voler une boîte de cigares. La famille du jeune Noir s'est dite "profondément déçue que le tueur de (son) enfant ne soit pas confronté aux conséquences de ses actions". La mort du jeune homme avait réveillé le spectre du racisme aux Etats-Unis et éclairé de manière crue les relations très tendues dans cette ville à majorité noire où policiers et édiles sont quasiment tous blancs.

Le débat sur les bavures policières avait déjà été ravivé samedi par la mort d'un garçon noir de 12 ans, abattu à Cleveland par un policier alors qu'il jouait avec un pistolet d'enfant en pleine rue.

A. G. avec AFP