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L'année prochaine l’Eurovision aura-t-elle lieu à Jérusalem ou Tel Aviv?

L'israélienne Netta Barzilai, lors de sa victoire à l'Eurovision, le 12 mai 2018.

L'israélienne Netta Barzilai, lors de sa victoire à l'Eurovision, le 12 mai 2018. - Francisco LEONG / AFP

Après avoir remporté l’Eurovision le week-end dernier, Israël est désormais en charge de l’organisation du concours 2019. Le choix de la ville hôte est tout sauf anodin.

Si la France avait gagné l’Eurovision, le choix de la ville qui organisera le concours en 2019 n’aurait sans doute pas fait autant parler. Mais voilà, le duo Madame Monsieur a échoué à une lointaine 13e place, et c’est l’Israélienne Netta Barzilai qui a terminé en tête des votes. A peine sa victoire actée, Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, a profité d’un tweet de félicitations pour annoncer que c’est Jérusalem qui accueillerait le concours l’année prochaine.

Déjà favorite des pronostics en mars, Netta Barzilai avait déjà annoncé la couleur en cas de victoire. Interrogée sur sa préférence pour la ville hôte par la chaîne I24News, elle avait répondu sans ambiguïté: "Jérusalem, car c’est notre capitale. On trouvera un endroit dans la ville, ne vous inquiétez pas, on est très bon pour trouver des solutions". Le sujet est historiquement extrêmement sensible, puisque une grande partie de la communauté internationale ne reconnaît pas la cité comme la capitale de l’Etat israélien. Lundi, le déménagement de l’ambassade américaine dans la ville triplement sainte a d’ailleurs provoqué une flambée de violence dans la bande de Gaza.

"Toute nouvelle qui contribue à diminuer l’isolement d’Israël sur la scène internationale est bon à prendre"

Pour bien comprendre la portée du choix probable de Jérusalem, il faut d’abord cerner l’importance que l’Eurovision a prise en Israël. "Au moment de la proclamation des résultats, à 2h du matin, il y avait des milliers de personnes, plus à Tel Aviv qu’à Jérusalem d’ailleurs, qui sont descendues dans la rue, raconte Vincent Lemire, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris Est-marne la Vallée, auteur de Jérusalem Histoire d'une ville-monde. Cela s’inscrit dans un contexte globale, qui fait que pour les Israéliens de la rue, toute nouvelle qui contribue à diminuer l’isolement d’Israël sur la scène internationale, y compris sur le plan symbolique comme l’Eurovision, est bon à prendre. D’une certaine manière, ils ont surinvesti cet événement. Pour nous il peut paraître un peu secondaire, mais pour eux ne l’est pas du tout".

Jérusalem présentée comme la capitale, "du point de vue israélien, ce n'est pas nouveau", remarque Stéphanie Latte. Pour cette historienne et politiste chercheuse au CNRS et au CERI, c'est la façon qu'aura Israël de présenter l'événement qui sera déterminante. "Si les Israéliens font de la communication autour de l’Eurovision qui se tiendrait dans une capitale une et indivisible, ça devrait poser un certains nombres de problèmes à certains pays européens qui participent à ce concours. En tout cas s’ils sont cohérents, ça devrait leur poser un certain nombre de problèmes. Parce que les Israéliens sont en-dehors du droit international s’ils revendiquent une capitale une et indivisibleIl faut voir comment aura évoluer la situation d’ici là. Si elle reste telle qu’elle est aujourd’hui, je pense qu’ils feront cette communication".

"Ça change un peu des attentats, des affrontements"

Techniquement, Israël peut très bien organiser le concours à Haïfa ou Tel Aviv, puisque rien dans le règlement n'impose de choisir une capitale. Mais opter pour Jérusalem ne serait même pas une première, puisque la ville a déjà accueilli le concours deux fois, en 1979 et en 1999. "Il n’y a évidemment aucune incidence juridique ni même géopolitique, mais l’Eurovision c’est aussi un événement en partie diplomatique. Sur le plan symbolique, c’est évidemment extrêmement positif, et c’est parce qu’on est dans cette séquence que Netanyahu peut en jouer", reprend Vincent Lemire.

Au-delà du grand jeu diplomatique, il y a aussi des raisons plus terre à terre. Comme le prouve l’organisation du grand départ du Tour d’Italie début mai, Jérusalem tente aussi de se normaliser, sous l’impulsion du maire, Nir Barkat. "A une époque, il y a eu une course de Formule 3000, il y a le marathon, une Gay Pride à Jérusalem en plus de celle de Tel Aviv… Ça contribue à améliorer une image de marque de la ville. Des événements comme ça, à portée globale, sont plutôt favorablement perçus par l’opinion publique internationale. Il faut que les touristes viennent, que les pèlerins viennent. Au niveau du pèlerin lambda, européen ou américain, Ça change un peu des attentats, des affrontements", conclut Vincent Lemire.

Antoine Maes