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Iran: Donald Trump s'impose comme un faiseur de "paix à l'américaine"

Après que l'Iran a bombardé deux bases où stationnaient des soldats américains en Irak la nuit dernière, Donald Trump a annoncé ce mercredi de nouvelles sanctions. Il n'a cependant pas cédé à la surenchère et le risque d'un conflit s'éloigne. Il sort renforcé de la crise.

Les Romains de l'Antiquité en avaient fait un système. Faire la paix après des menaces, oui, mais la leur: la pax romana. Ce mercredi, Donald Trump a joué la même partie au sortir d'une nuit particulièrement agitée au Moyen-Orient qui avait pu faire croire au monde que le cauchemar d'une guerre n'était pas loin.

Triomphalisme, fermeté... et détente 

Mardi soir, quelques jours après que les Américains ont éliminé le général iranien Qassem Soleimani sur le sol irakien, Téhéran est en effet passé à la rétorsion. L'Iran a pilonné deux bases abritant des soldats américains en Irak, l'une à Erbil, l'autre à Aïn al-Assad, via l'envoi de 22 missiles sol-sol. Une attaque, précédée des nombreux cris de colère de la nation persane et de ses dirigeants, mais qui n'a fait aucun mort. 

Sur ces entrefaites, le président des Etats-Unis a fait son apparition ce mercredi sur les écrans du monde. Depuis la Maison-Blanche, et dans un décorum aussi martial que solennel, Donald Trump a misé sur trois axes: le triomphalisme, la fermeté, mais aussi une forme de détente. Certes, il a annoncé qu'une nouvelle batterie de sanctions viendrait "immédiatement" handicaper une économie iranienne déjà plombée, et que l'accord sur le nucléaire était de facto enterré. En revanche, il a appelé à la conclusion d'un nouveau protocole sur ce chapitre et n'a pas cédé à la surenchère.

"En réponse à l'agression iranienne, les Etats-Unis vont immédiatement imposer des sanctions économiques additionnelles contre le régime iranien. Ces sanctions puissantes vont rester en place jusqu'à ce que l'Iran change de comportement", a-t-il notamment lancé avant de souligner que les Etats-Unis étaient "prêts à la paix".

Ambivalence

Jean-Bernard Cadier, notre correspondant aux Etats-Unis, a analysé: "Une tonalité d’ouverture et une première remarque sur la forme. Quelle mise en scène avec autour de lui toute son équipe afin de donner une image de force pour un discours qui était finalement plus diplomatique que tout ce qu’on aurait pu attendre!"

Corentin Sellin, historien spécialiste des Etats-Unis, a livré une vision plus ambivalente sur son compte Twitter. "Riche déclaration de Donald Trump sur le fond. Il interprète l'innocuité de la frappe militaire de l'Iran envers les Etats-Unis comme preuve d'un régime exsangue, qui "cède/se retire" (standing down) et donc qu'il faut continuer de 'cogner' jusqu'à ce qu'il revienne négocier...", a-t-il écrit avant d'ajouter: "Et à la fin Trump s'adresse directement au peuple d'Iran pour lui 'proposer' en quelque sorte une paix américaine, synonyme de richesse et de prospérité, qu'il oppose à un régime prédateur et dictatorial..."

La mesure iranienne 

Sur notre plateau, l'historien François Durpaire a invité à inverser la perspective. Pour lui, c'est la relative mesure des Iraniens dans leur réplique qui permet ce redoux (plus relatif encore) dans les relations bilatérales. "L’hypothèse la plus basse a prévalu du côté iranien. Après des jours de ‘Mort à l’Amérique’, ils ont fait en sorte qu’il n’y en ait pas et puis ils ont expliqué que c’était la fin de leur stratégie de revanche contre les Américains, donc la balle était dans le camp de Donald Trump. C’était en quelque sorte un acte de guerre qui laissait la porte ouverte à la paix. Là on voit que l’Iran est bien un acteur rationnel et raisonnable dans la région, et c’est paradoxal", a-t-il décrypté. 

Après les bombardements iraniens sur les bases irakiennes dans la nuit de mardi à mercredi, Mohamed Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères de l'Iran, a en effet assuré que la République islamique ne cherchait "ni l'escalade ni la guerre" et que les "représailles proportionnées" qu'elle venait d'opérer étaient à présent "terminées". 

Bénéfices intérieurs 

Donald Trump n'avait toutefois pas attendu la réponse iranienne pour calmer un peu le ton. Alors qu'il avait menacé sur Twitter de frapper "52 sites iraniens dont certains d'une grande importance et cruciaux pour l'Iran et sa culture" au cas où son adversaire du Moyen-Orient attaquerait encore les Américains, il s'est montré moins tonitruant ce mardi face à la presse, en marge de sa rencontre avec le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis. "Ils ont le droit de tuer nos ressortissants (...) et selon diverses lois, nous sommes censés être prudents avec leur héritage culturel. Mais si c’est la loi, j’aime respecter la loi", a-t-il ainsi déclaré. 

Il a désormais une raison supplémentaire de jouir de sa sérénité. Tandis que la campagne présidentielle approche, il sort renforcé de ce moment de tension. "La séquence est plutôt favorable à Donald Trump", a posé François Durpaire sur notre antenne, enchaînant: "D’abord, du côté des démocrates, c’est la confusion. (…) Et côté Républicains, on est uni derrière Donald Trump. Sur le plan de la politique intérieure, Donald Trump engrange. Il apparaît très clairement vainqueur de la séquence sur la scène intérieure". 

Robin Verner