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Hollande rend visite au "meilleur" dictateur de 2014

François Hollande trinque avec son homologue kazakh Noursoultan Nazarbaïev vendredi à Astana.

François Hollande trinque avec son homologue kazakh Noursoultan Nazarbaïev vendredi à Astana. - Alain Jocard - AFP

François Hollande est vendredi et samedi en visite officielle au Kazakhstan. Le Président sera accompagné d'une toute petite délégation ministérielle et plus d’une quarantaine de chefs d’entreprises dans ce pays dirigé d'une main de fer par Noursoultan Nazarbaïev.

François Hollande est vendredi au Kazakhstan pour une visite officielle de deux jours dominée par trois enjeux: l'intensification des échanges économiques mais aussi politiques et universitaires avec cette puissance émergente d'Asie centrale. Seuls deux Présidents français s'étaient rendus dans cette dictature depuis la déclaration d'indépendance de cette ex-République soviétique le 16 décembre 1991, François Mitterrand, en septembre 1993, et Nicolas Sarkozy, en octobre 2009.

Qui est dans ses valises, que faut-il savoir du Kazakhstan, quelles sont les enjeux de la visite? BFMTV.com fait le point

> Le dictateur le plus riche de la planète

Noursoultan Nazarbaïev a été réélu à la tête du Kazakhstan en 2011 avec 95,5% des voix. Au pouvoir depuis la chute de l'Union soviétique, à 74 ans, il semble bien parti pour diriger le pays jusqu'à sa mort. Il faut dire que les autres candidats ne se bousculent pas au portillon. En 2005, lors d'une précédente élection, son principal opposant, Zamanbek Nurkadilov, ancien ministre qui dénonçait la corruption du pouvoir en place, a été retrouvé mort, avec deux balles dans la poitrine et une balle dans la tête. La justice locale avait alors conclu à un suicide.

Le Kazakhstan pointe à la 161e place sur 180 dans le classement mondial 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Et dans un rapport publié en juillet 2013, Amnesty International dénonçait l'impunité dont jouissent les forces de sécurité dans ce pays et l'omniprésence de la torture dans les centres de détention.

Côté distinction, Noursoultan Nazarbaïev a remporté cette année le "Dictat-or" décerné par l'Observatoire géopolitique des criminalités (OGC) et l'association Sherpa, en faisant le dictateur le plus riche de la planète, celui qui a le mieux pillé les ressources de son pays à son profit. 

L'autocrate a ainsi pu faire un beau cadeau de mariage à son petit-fils en septembre 2013. Il avait en effet invité le rappeur Kanye West à donner un concert pendant la déception.

> Plein de chefs d'entreprises dans les valises

Ce sont les questions économiques et commerciales qui dominent cette visite. Pour ceux qui ne connaissent rien d'autre du Kazakhstan que son centre spatial russe de Baïkonour, il s'agit du premier producteur mondial d'uranium, qui regorge également de pétrole, de manganèse, de fer, de chrome ou de charbon. Mais c'est aussi une économie qui se diversifie et se modernise à grands pas.

François Hollande ne voyage donc pas seul mais suivi d'une délégation d'une cinquantaine d'entreprises, petites et grandes. EDF, GDF Suez, Veolia, Suez environnement, Airbus, Peugeot, Sanofi, SNCF, Eiffage, Vinci, Areva, Total... Elles comptent tirer leur épingle du jeu dans des secteurs aussi divers que la gestion des eaux et des déchets, les transports urbains, l'aéronautique ou la construction mais aussi dans les énergies renouvelables, la santé et le tourisme.

Pas de contrat du siècle en vue cependant. "On ne se déplace pas pour signer des contrats" même si certains pourraient être conclus en marge de cette visite, dit-on à l'Elysée.

Le Président se rend sur place avec une toute petite délégation ministérielle: Patrick Kanner (Ville, Jeunesse et Sports), Mathias Fekl (Commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des Français de l'étrange) et Geneviève Fioraso (Enseignement supérieur et Recherche). Le sénateur EELV Jean-Vincent Placé, sera aussi de la partie.

> Une dose de diplomatie

Au chapitre diplomatique, François Hollande et son homologue kazakh Noursoultan Nazarbaïev évoqueront les crises régionales, à commencer par l'Ukraine, le partenariat renforcé noué en octobre entre Bruxelles et Astana mais aussi et peut-être plus encore, l'Union eurasiatique portée par le président russe Vladimir Poutine. Par ce biais, Moscou tente de restaurer son influence sur les ex-Républiques soviétiques mais le président kazakh, l'a clairement signifié à son puissant voisin du nord: le ralliement du Kazakhstan à l'Union eurasiatique n'a qu'une portée économique et ne signifie en rien une allégeance politique.

Fort de sa position géographique, Astana entend plutôt continuer de jouer un rôle pivot, aux confins de la Russie et de la Chine.

Le troisième axe de ce déplacement sera, selon Paris, la coopération universitaire et scientifique avec une vingtaine de présidents ou vice-présidents d'universités françaises au sein de la délégation. "Le travail que nous menons sur le plan économique mais aussi universitaire contribue à moderniser le pays, à l'ouvrir et à former des cadres", explique-t-on.

> Et un peu de droits de l'Homme

Un dossier figure tout en haut de la pile des dossiers sensibles en matière de droits de l'Homme , celui de l'oligarque kazakh Moukhtar Abliazov, détenu en France depuis plus d'un an et considéré comme une figure de l'opposition. La cour d'appel de Lyon a autorisé son extradition vers la Russie qui, tout comme l'Ukraine et le Kazakhstan, l'accuse d'avoir détourné des milliards de dollars.

"Nous n'intervenons pas dans cette affaire", dit-on cependant à l'Elysée, arguant du pourvoi en cassation formé par sa défense.

Interrogé sur son pays hôte vendredi, François Hollande a rappelé "la position constante de la France" en matière de droits de l'Homme. "Chaque fois que je me déplace, je dis la réalité et je fais en sorte de favoriser, autant qu'il est possible, certaines solutions individuelles, c'est le cas ici", a-t-il enchaîné, précisant qu'il s'agissait aussi de "demander que l'Etat de droit soit respecté". "

En ce qui concerne les droits de l'Homme, j'ose vous dire qu'ils sont bien plus respectés que dans certains pays européens", a déclaré pour sa part le chef de l'Etat kazakh lors d'une conférence de presse conjointe à Astana avec son homologue français François Hollande.

> Le point "Kazakhgate"

Le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev a nié vendredi avoir "demandé quoi que ce soit" à l'ancien président français Nicolas Sarkozy dans l'affaire dite du "kazakhgate", objet d'une enquête judiciaire en France sur des soupçons de commissions perçues en marge de la vente d'hélicoptères au Kazakhstan.

"Ce sont des racontars, tout simplement", a répondu le chef d'Etat kazakh interrogé par un journaliste français sur son éventuelle intervention auprès de Nicolas Sarkozy pour qu'il évite à trois de ses proches des peines de prison en échange de l'achat d'hélicoptères.

"La justice, en France, est saisie, elle travaille, fait ses enquêtes et je n'ai pas d'autre commentaire à faire", a répondu pour sa part François Hollande.

Karine Lambin avec AFP