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Guerre en Ukraine: les combats font rage pour le contrôle de la ville-martyre Marioupol

Marioupol, port du sud-est ukrainien, fait face au siège russe depuis maintenant plusieurs semaines. Depuis vendredi, la bataille entre les forces locales, les Russes et leurs alliés séparatistes se porte dans le centre-ville.

Odessa menacée, Kiev soumise à un siège, Lviv, dans l'ouest du pays, désormais frappée. Si la ligne de front semble figée depuis près d'une semaine, l'effort de guerre russe s'intensifie en Ukraine. Dans l'est du pays, Marioupol aux prises avec l'armée du Kremlin depuis douze jours et bombardé depuis le 1er mars, tient toujours.

Mais depuis vendredi, la ville-martyre est entrée bien malgré elle dans une nouvelle phase de sa guerre.

Les Russes revendiquent le contrôle de "90% du centre-ville"

L'état-major russe a ainsi affirmé que ses troupes avaient réussi à pénétrer le centre et y combattaient aux côtés des soldats de la "république" séparatiste de Donetsk. Dans des vidéos, on peut notamment voir des unités tchétchènes venues épauler les militaires russes, et se mettre en scène en train de procéder à des évacuations de civils.

A en croire, les officiers russes, ils auraient déjà la mainmise - de concert avec les alliés séparatistes - sur 90% du centre-ville.

Il faut dire que Marioupol revêt aux yeux de Moscou un puissant attrait stratégique et géopolitique. La prise de ce port adossé à la Mer d'Azov - qui comptait environ 400.000 habitants avant l'invasion et en hébergerait encore 350.000 selon les autorités ukrainiennes - serait un important tournant dans la guerre et permettrait à la Russie d'assurer une continuité entre ses forces venues de Crimée annexée et les troupes du Donbass.

"Marioupol est un caillou dans la chaussure de Vladimir Poutine. C'est la dernière ville sous contrôle ukrainien le long de la Mer d'Azov donc il faut impérativement que la ville tombe pour assurer une continuité territoriale", a confirmé le général Jérôme Pellistrandi ce samedi matin sur notre plateau.

Théâtre bombardé: un bilan qui demeure incertain

Outre cette bataille, les autorités ukrainiennes ont accusé l'aviation russe d'avoir "sciemment" bombardé mercredi le théâtre de Marioupol, ce que la Russie a démenti. "Plus d'un millier" de personnes avaient trouvé refuge dans un abri antiaérien sous ce bâtiment, essentiellement des "femmes, enfants et personnes âgées", selon la mairie de ce port sur la mer d'Azov. Les réfufgiés du Théâtre dramatique avaient pourtant pris soin d'inscrire en grandes lettres blanches, à l'arrière du bâtiment et sur son parvis, le mot "Enfants" en russe afin de se prémunir contre une frappe éventuelle, mais en vain.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a rendu hommage à l'héroïsme local dans une vidéo enregistrée à Kiev dans la nuit de vendredi à ce samedi, a affirmé que plus de 130 survivants avaient pu être extirpés des décombres. "Certains souffrent malheureusement de blessures graves. Mais, à ce stade, nous ne disposons pas d'informations sur le nombre de décès" éventuels, a-t-il indiqué, précisant que "les opérations de secours se poursuivent". Des centaines de personnes se trouvent encore prisonnières des ruines, d'après les autorités locales qui n'ont pas fourni d'éléments plus précis.

"Enfer"

Fuyant "l'enfer" de Marioupol, des familles ont raconté les cadavres gisant plusieurs jours dans les rues, la faim, la soif et le froid mordant des nuits passées dans des caves avec des températures inférieures à zéro. "Ce n'est plus Marioupol, c'est l'enfer", dit Tamara Kavunenko, 58 ans. Les Russes "ont tiré tant de roquettes", ajoute-t-elle, "les rues sont jonchées de nombreux cadavres de civils".

Selon Volodymyr Zelensky, grâce aux couloirs humanitaires instaurés dans le pays, plus de 180.000 Ukrainiens ont pu s'éloigner des combats dont plus de 9.000 personnes de Marioupol.

Robin Verner avec AFP