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Fusillades à Hanau: les attentats d'extrême droite se multiplient en Allemagne

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Mercredi soir, deux fusillades ont fait neuf morts dans des bars à chicha à Hanau, en Allemagne. Les enquêteurs s'orientent vers la piste de l'extrême droite. Ces quatre dernières années, le terrorisme raciste a porté des coups répétés et meurtriers sur la population d'origine immigrée et juive du pays.

L'Allemagne semble s'enfoncer peu à peu dans un nouveau cycle de violences déchaînées par l'extrême droite. Mercredi soir, deux fusillades ont fait neuf morts à Hanau, dans le centre du pays, lors d'attaques dirigées contre des bars à chicha. L'auteur présumé des tueries, retrouvé mort à son domicile, Tobias R., avait rédigé un manifeste raciste où il crachait sa haine des "non-blancs". Et ce drame, loin de résonner comme une déflagration isolée, s'affirme comme un brasier supplémentaire dans la flambée d'actes racistes ou xénophobes ayant ensanglanté l'Allemagne ces dernières années. 

  • 22 juillet 2016: la fascination Breivik frappe à Munich

"Le racisme est un poison, la haine est un poison. Et ce poison existe dans notre société, des actes de la NSU jusqu'au meurtre de Walter Lübcke et aux assassinats de Halle", a d'ailleurs commenté Angela Merkel, chancelière de la République fédérale allemande, ce jeudi. Si les faits-divers comportent toujours leur lot de crimes racistes, ceux-ci vont crescendo depuis l'accueil, décidé par la cheffe du gouvernement, en 2015 de 800.000 migrants sur le sol allemand. 

Le 22 juillet 2016, David Ali Sonbaly, un Allemand d'origine iranienne, tuait neuf personnes aux abords d'un centre commercial munichois avant de se suicider. La police, citée à l'époque par Le Figaro, évoquait le "lien évident" entre le jeune meurtrier de 18 ans et Anders Breivik, auteur du massacre d'Utoya en Norvège en 2011. Celui-ci s'était même retrouvé en photo de profil de David Ali Sonboly sur le compte WhatsApp de ce dernier. 

  • 26 septembre 2016: l'écho de Pegida 

Le 26 septembre 2016, Nino Köhler choisissait lui de s'en prendre à une mosquée et au Palais des congrès de Dresde, grande ville de l'est du pays. Il avait déposé une bombe devant chacun de ces deux lieux. A l'époque âgé de 29 ans, il se montrait alors assidu aux rassemblements anti-immigrés organisés par le mouvement Pegida, tristement célèbre pour avoir été l'artisan des manifestations de Chemnitz, dans la Saxe, en août 2018.

Il a été condamné en août 2018, comme l'a relevé ici Europe 1, à neuf ans et huit mois de prison. 

  • 2 juin 2019: le traumatisme Lübcke 

Les répercussions de l'assassinat par balle à son domicile le 2 juin 2019 de Walter Lübcke, élu de la CDU - la formation d'Angela Merkel - et haut fonctionnaire connu pour ses options favorables aux immigrés, ont pris quant à elles des airs de traumatisme.

Son meurtrier, le néonazi Stephan Ernst, s'était auparavant signalé lors d'une opération coup de poing très violente contre une manifestation syndicale en 2009 et l'attaque d'un foyer d'immigrés en 1993, rappelée ici par Le Monde.

  • Le 9 octobre 2019: meurtres et négationnisme en streaming à Halle

Le 9 octobre 2019, jour de la fête juive du "Grand pardon" ou Yom Kippour en hébreu, Stephan Balliet, 27 ans, a quant à lui tenté de s'introduire, sans succès, dans une synagogue de Halle. Après son échec, il a tourné sa colère contre des clients d'un restaurant de kebabs, tuant deux personnes, et en blessant grièvement deux autres. Lors de son équipée meurtrière retransmise sur la plateforme de streaming Twitch, il niait la Shoah. Il avait au préalable publié sur internet un manifeste antisémite. 

Selon l'Agence France Presse ce jeudi, le ministère de l'Intérieur allemand a noté, pour l'année 2018, une augmentation de 20% des actes criminels xénophobes ou antisémites dans le pays, soit un contingent de 7701 pour les premiers et 1799 pour les seconds. Et ces intentions assassines peuvent être collectives: la semaine dernière, la police a arrêté 12 personnes soupçonnées d'avoir voulu mettre sur pied une volée d'attaques de grande ampleur contre des mosquées. 

Juguler ces menées de l'extrême droite apparaît désormais comme un enjeu majeur pour les autorités allemandes, comme l'a noté ce jeudi sur notre antenne notre éditorialiste pour les questions internationales, Patrick Sauce:

"Les autorités allemandes ont décidé de muscler leur arsenal juridique. On estime que le terrorisme de l’extrême droite se nourrit surtout d’internet, c’est pourquoi Angela Merkel et son gouvernement ont décidé d’être beaucoup plus durs sur la haine en ligne."

Il est grand temps, car la poussée de fièvre a quelque chose de vertigineux. "En 2010, il y avait 5600 militants d’extrême droite considérés comme violents, ils sont 12.700 en 2019 mais seulement 50 d’entre eux sont surveillés", a poursuivi le journaliste, qui a souligné un manque de moyens pour lutter contre ce phénomène. 

Robin Verner