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Chemnitz: un Syrien condamné à 9 ans de prison pour le meurtre d'un Allemand

Alaa Sheikhi à Dresde, le 22 août 2019, au dernier jour de son procès.

Alaa Sheikhi à Dresde, le 22 août 2019, au dernier jour de son procès. - MATTHIAS RIETSCHEL / POOL / AFP

Il y a un an, le meurtre avait provoqué des violences à l'encontre des étrangers et des manifestations d'extrême droite.

Un an après les faits, la justice allemande a rendu son verdict dans le procès d'Alaa Sheikhi. Ce Syrien de 24 ans, accusé d'avoir tué à coups de couteau Daniel Hillig, un Germano-Cubain de 35 ans, a été condamné jeudi à 9 ans et demi de prison.

Le meurtre de Daniel Hillig était survenu à Chemnitz (Saxe), le 26 août 2018 aux alentours de 3 heures du matin. Les faits s'étaient déroulés après une dispute dont l'origine n'a jamais pu être établie, rapporte l'Agence France-Presse (AFP).

Alaa Sheikhi, coiffeur, comparaissait devant la justice depuis le mois de mars. Au cours de son procès, il a clamé son innocence. Face au tribunal, cite Die Welt, le Syrien a déclaré qu'il ne souhaitait pas être "la deuxième victime". Le parquet avait requis 10 ans de prison, et la défense avait plaidé en faveur d'un acquittement, faute de preuves.

Un dossier lacunaire, selon la défense

Un Irakien de 22 ans, en fuite depuis un an malgré un mandat d'arrêt international, a, selon le tribunal, aussi participé à l'agression. Il aurait réussi à rentrer en Irak, selon des médias. 

Alaa Sheikhi était lui arrivé en Allemagne en 2015, comme des centaines de milliers d'autres demandeurs d'asile lorsque Angela Merkel a refusé de fermer les frontières de son pays.

Le procès, déplacé pour raisons de sécurité à Dresde, a mis toutefois en évidence des lacunes dans le dossier d'accusation. Les preuves contre le Syrien étaient en effet ténues: aucune trace de son ADN n'a été retrouvée ni sur le couteau, ni sur la victime.

Le principal témoin du meurtre, un employé libanais d'un snack de kebabs, a multiplié les versions contradictoires. La défense de l'accusé a mis en garde durant le procès contre la tentation de prononcer une condamnation pour "apaiser Chemnitz" et éviter des incidents.

Actes anti-étrangers et manifestations d'extrême droite

Le meurtre avait été le point de départ de manifestations d'extrême droite et de violences anti-étrangers. Quelques heures après cet homicide, un millier de hooligans et de néo-nazis s'étaient rassemblés à Chemnitz, ville moyenne de l'ex-RDA communiste, une manifestation émaillée de violences xénophobes.

Des vidéos amateur tournées ce jour-là montrant des étrangers insultés et pris en chasse dans la rue ont alors provoqué une onde de choc en Allemagne et fait le tour du monde. 

La chancelière Angela Merkel avait à l'époque dénoncé "la haine" et les "chasses collectives" contre des étrangers.

Le jugement survient à dix jours d'élections dans la Saxe, et dans la région voisine du Brandebourg, deux Länder de l'ex-RDA devenus des bastions du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD). 

Clarisse Martin avec AFP