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Frappes en Irak: comment l'aviation civile évite les zones de guerre

Selon le pilote Gérard Arnoux, il y a un vide juridique concernant les interdictions de survol.

Selon le pilote Gérard Arnoux, il y a un vide juridique concernant les interdictions de survol. - ANDRES NIETO PORRAS - CC FLICKR.

L'accident du vol MH17, abattu en plein vol au-dessus de l'Ukraine, est toujours dans les esprits. Et avec les frappes menées par la coalition en Irak et en Syrie, certains passagers des vols en direction de l'Asie peuvent s'inquiéter. Que risque-t-on si l'on va à Bombay ou Singapour ?

Un vol depuis la France en direction de l'Inde ou de l'Asie du sud-est, s'il prend le chemin le plus court, sera théoriquement amené à survoler la Syrie ou l'Irak. De même, en allant vers la Chine ou la Russie, certains vols pourraient passer au-dessus de l'Ukraine. À chaque fois, des pays en guerre.

Dans les faits, très peu d'appareils survolent ces zones (la plupart du temps pour des vols dans la région).

Pourtant, aucune interdiction n'a été décrétée. Les compagnies aériennes ont toutefois transmis des consignes à leurs pilotes. Et le 18 septembre, la Federal Aviation Administration a recommandé d'éviter la Syrie. Alors, est-ce risqué? Interview de Gérard Arnoux, pilote de l'air, porte-parole du Comité de veille sur la sécurité aérienne. 

 > Pourquoi n'y a-t-il pas une interdiction de survoler les zones actuellement en conflit ?

Il y a un vide juridique. En principe, seul le pays concerné peut décréter ce qu'on appelle une "No fly zone", c'est-à-dire une interdiction de survol aussi bien civile que militaire. Mais cela devrait être du ressort de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), qui dépend des Nations unies. Dans les faits, ce sont souvent les États-Unis qui en sont à l'initiative, comme en Irak en 1991. Il y a également eu une "No fly zone" sur la Bosnie Herzégovine en 1993. Et plus récemment, en 2011, au-dessus de la Libye, cette fois-ci à l'initiative de la France. Dans le cas de la Syrie, son allié la Russie refuse que soit décrétée une "No fly zone", car cela reviendrait à interdire au président Bachar el-Assad d'utiliser son armée de l'air.

Les compagnies qui survolent la Syrie sont le plus souvent libanaises.
Les compagnies qui survolent la Syrie sont le plus souvent libanaises. © CAPTURE - FLIGHTRADAR24.COM.

> Le 3 juillet 1988, le vol Iran Air 655 est abattu au-dessus du golfe Persique par méprise de l'armée américaine. Cette situation peut-elle se reproduire aujourd'hui ?

Tout d'abord, la Syrie et la zone contrôlée par Daesh en Irak sont assez éloignées du golfe Persique. Ensuite, nous ne sommes pas dans la même situation que lors de la première Guerre du Golfe. La coalition contre l'État islamique ne se bat pas contre une armée régulière, comme celle de Saddam Hussein qui était dotée de nombreux avions de chasse, ce qui n'est pas le cas de Daesh. Donc il n'y a pas de raison, a priori, pour que les vols commerciaux soient visés dans le Golfe. Quant à l'Ukraine, les vols évitent déjà la région à risque, à l'est du pays, il y a donc peu de chance pour qu'un avion de ligne soit pris pour cible. Il ne faut pas avoir d'inquiétude.

> Cela ne va-t-il pas créer un embouteillage des couloirs aériens?

Les déviations ne devraient pas poser de problèmes particuliers. Les avions vont simplement contourner la zone comme ils le font déjà par la Turquie notamment et il n'y a pas de saturation à ma connaissance. Au pire, les appareils consommeront simplement un peu plus de carburant.

Propos recueillis par Rémy Demichelis