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Retrouvé inconscient sur un banc, un ex-espion russe du MI6 mystérieusement empoisonné

Un ancien espion russe qui travaillait pour les services d'espionnage anglais a été exposé à une substance toxique non identifiée. L'homme, arrêté en Russie, avait été libéré en 2010. Il se trouve actuellement dans un état critique.

Un scénario et une intrigue dignes d'une aventure de James Bond. Un ancien espion russe, qui oeuvrait pour les services de renseignement anglais, a été hospitalisé après avoir été probablement exposé à une substance toxique non-identifiée. Pris en charge à l'hôpital de Salisbury, à 140 km au sud-ouest de Londres, l'homme, âgé d'une soixantaine d'années, se trouve dans un état critique.

Dimanche, aux alentours de 16h15, les services de police de Wiltshire ont reçu un appel d'urgence. Un homme, âgé de 66 ans, et une femme, âgée elle d'une trentaine d'années, sont retrouvés inconscients sur un banc dans un centre commercial de Salisbury. Selon la BBC, il s'agirait de la fille de l'ex-espion. "Les deux individus, dont nous pensons qu'ils se connaissent, n'avait aucune lésion visible", a précisé la police du comté de Wiltshire, qui reste prudente.

"Nous en sommes au tout premier stade de l'enquête, nous ne sommes pas en mesure de déterminer si un crime a eu lieu ou non", précise Craig Holden, le chef de la police, indiquant que les faits étaient pris "très au sérieux".

"Substance inconnue"

Si les autorités se refusent à communiquer le nom des victimes, les médias britanniques sont moins discrets. L'homme serait Sergueï Skripal, un ancien agent russe au service de la Reine. Les témoignages rappellent alors des scènes de la Guerre froide. "On aurait dit que la femme était morte, ses jambes étaient très raides, décrit un jeune homme. Quand elle était au sol, ses yeux étaient complètement blancs, grand ouvert. L'homme aussi s'était raidi, ses bras ont arrêté de bouger, il était droit."

Hospitalisé, "l'homme et la femme sont traités pour une exposition présumée à une substance inconnue", consent toutefois la police du comté de Wiltshire. Un restaurant du centre-ville de Salisbury a été fermé par précaution le temps de l'enquête.

Si aucun risque sanitaire public n'a pour le moment été constaté, les services de santé conseillent à la population d'appeler les urgences "si votre état de santé ou celui de quelqu'un d'autre se détériore rapidement".

Vie sans histoire

Une précaution de mise tant la personnalité de la victime de 66 ans pourrait avoir une influence. Sergueï Skripal, agent du renseignement militaire russe jusqu'en 1999 puis employé au ministère des Affaires étrangères du pays jusqu'en 2003, a été arrêté un an plus tard soupçonné de travailler pour les services secrets britanniques depuis 1995. Il a reconnu avoir empoché 100.000 dollars en échange de renseignements avant d'être condamné pour espionnage à 13 ans de prison en 2006.

Sergueï Skripal a été libéré en 2010 dans le cadre d'un échange de quatre espions, dont Skripal, contre dix agents "dormeurs" russes basés aux Etats-Unis. Selon The Guardian, à l'époque, Skripal était considéré comme le plus important des espions ayant rejoint le Royaume-Uni. Depuis quelques années, l'ex-espion, installé à Salisbury probablement sous une fausse identité, semblait mener une vie sans histoire.

Des précédents

Le probable empoisonnement de l'ex-espion russe ravive les souvenirs de la Guerre froide et n'est pas sans rappeler le destin d'Alexander Litvinenko qui collaborait avec les services secrets britanniques et enquêtait sur d'éventuels liens entre le Kremlin et des réseaux mafieux. Il avait quitté la Russie en 2000 pour rejoindre sa famille installée à Londres. L'homme a été empoisonné en 2006 au polonium-210 versé dans un le thé qu'il buvait en compagnie de deux ressortissants russes. 

"Cela ressemble à ce qui est arrivé à mon mari mais nous devons attendre plus d'informations", a déclaré sa veuve, interrogé sur l'affaire Sergueï Skripal. Pour elle, si l'empoisonnement est confirmé, cela prouvera que "rien n'a changé depuis la mort" de son mari. D'autant que l'enquête sur sa mort avait fait dire que l'utilisation d'une substance fabriquée "dans un réacteur nucléaire" suggère que les auteurs du crime "agissaient pour le compte d'un État plutôt que d'une organisation criminelle".

Les autorités russes ont d'ores et déjà fait savoir qu'elles n'avaient aucun lien avec cette affaire.

Justine Chevalier