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Londres s'excuse pour les soldats morts des colonies victimes de "racisme généralisé"

Manifestation contre le racisme et les violences policières, le 13 juin 2020 à Londres (photo d'illustration.)

Manifestation contre le racisme et les violences policières, le 13 juin 2020 à Londres (photo d'illustration.) - DANIEL LEAL-OLIVAS © 2019 AFP

Le Royaume-Uni a présenté ses excuses après un rapport montrant que la mort de plus de 100.000 soldats de la Première Guerre mondiale ayant servi dans les colonies britanniques n'a pas été célébré à cause du racisme très prégnant dans le pays.

Le Royaume-Uni a présenté ce jeudi ses excuses après la publication d'un rapport accablant indiquant que la mort de plus de 150.000 soldats de colonies britanniques ayant combattu durant la Première Guerre mondiale n'avait pas été commémorée en raison d'un "racisme généralisé".

Au nom du gouvernement, "je veux m'excuser" et "exprimer mon profond regret, a déclaré le ministre de la Défense, Ben Wallace, devant les députés. "Nous ne pouvons pas changer le passé, mais nous pouvons nous racheter et agir", a-t-il ajouté.

Ce rapport a été commandé par la Commonwealth War Graves Commission (CWGC), organisme chargé d'honorer la mémoire des 1,7 million de soldats du Commonwealth morts durant les deux guerres mondiales, qui a également présenté ses excuses.

Il souligne que la mort de 45.000 à 54.000 soldats, principalement africains et indiens, pendant la Première Guerre mondiale, n'a pas été commémorée comme celle de leur camarades blancs en Europe, notamment via des monuments collectifs plutôt que des sépultures nominatives. Au moins 116.000 autres, et potentiellement jusqu'à 350.000, originaires surtout d'Afrique de l'Est et d'Égypte, "n'ont pas été commémorés par leurs noms ou peut-être pas du tout", selon le document.

Des préjugés profondément enracinés dans l'inconscient collectif britannique

À la base de ces décisions, se trouvent "les préjugés tenaces, les idées préconçues et le racisme généralisé des attitudes impériales contemporaines", souligne-t-il. Il cite notamment le gouverneur de la colonie devenue le Ghana, qui avait affirmé en 1923 que "l'indigène moyen (...) ne comprendrait ou n'apprécierait pas une stèle", plaidant à la place pour un monument commémoratif anonyme.

Cette publication intervient alors que le mouvement Black Lives Matters a provoqué un examen de conscience au Royaume-Uni sur le rapport du pays à son passé colonial.

Fin mars, le gouvernement avait toutefois provoqué un tollé en publiant un rapport semblant minimiser l'ampleur du racisme dans la société britannique, en concluant que le Royaume-Uni n'était pas "institutionnellement raciste". Pour le ministre Ben Wallace, il ne fait "aucun doute que les préjugés" ont joué un rôle envers les combattants décédés des anciennes colonies. Il a assuré que la CWGC œuvrerait à corriger le tir.

Une commémoration inégale de la mort selon les conclusions du rapport

Disant accepter "les conclusions et les manquements identifiés" dans le rapport, la commission a présenté des "excuses sans réserve", ayant manqué à son principe d'offrir un "traitement égal dans la mort", indifféremment de l'origine, de la religion ou du rang.

"Nous reconnaissons les erreurs du passé et sommes profondément désolés, et nous agirons immédiatement pour les corriger", a ajouté sa directrice générale, Claire Horton.

Ce rapport a été rédigé par un comité spécial mis en place par la CWGC à la suite d'un documentaire critique sur cette question, "The Unremembered", présenté par le député travailliste David Lammy. Pour ce dernier, "aucune excuse ne permettra de réparer l'indignité subie par ceux qui ont été oubliés". "Toutefois, ces excuses nous offrent l'occasion, en tant que nation, d'examiner ce chapitre affreux de notre histoire et de rendre hommage comme il se doit à chacun des soldats qui ont sacrifié leur vie pour nous", a-t-il ajouté sur Twitter.

S.B.M avec AFP