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Italie: 250 ans de prison pour les 46 accusés du procès Mafia capitale

La salle d'audience du tribunal de Rome le jour de l'ouverture du procès de Mafia capitale, le 5 novembre 2015.

La salle d'audience du tribunal de Rome le jour de l'ouverture du procès de Mafia capitale, le 5 novembre 2015. - ALESSANDRO DI MEO / POOL / AFP

Le tribunal de Rome n'a pas retenu l'accusation d'"association mafieuse" dans ce procès qui a révélé les liens entre un vaste réseau criminel et l'administration de la capitale italienne entre 2008 et 2013.

C'est un procès monstre, comme l'Italie en a vécu plusieurs. Le procès de la corruption romaine a connu ce jeudi un tournant, avec la condamnation de ses 46 accusés en première instance. Surnommé Mafia capitale, il a mis au jour l'existence d'un vaste réseau de criminalité lié à la mairie de Rome. Jusqu'alors, les Italiens avaient coutume de dire que dans la Ville éternelle, la mafia n'existe pas, parce qu'il y a le Vatican. Depuis trois ans, cette blague a perdu tout son sel.

Ce jeudi, après deux ans et demi de procès, le tribunal de Rome a condamné les prévenus à un total de plus de 250 ans de prison, comme le précise l'agence de presse italienne Ansa, qui a fait le calcul. Un chiffre qui semble astronomique, mais qui n'est rien comparé aux cinq siècles qui avaient été requis. En effet, les principaux accusés ont reçu des peines moins lourdes que les réquisitions du parquet.

"Le Borgne" au coeur du procès

Parmi eux, Massimo Carminati, présenté comme la tête pensante du réseau, a écopé de 20 ans de prison. Agé de 59 ans, cet ancien militant d'extrême-droite a fait la une de tous les journaux en Italie. Surnommé "il nero" en raison de son passé au sein d'un groupuscule fasciste, il a inspiré le personnage du même nom dans le livre Romanzo Criminale et son adaptation au cinéma. Borgne depuis un échange de tir avec la police, il avait déjà été condamné pour appartenance à un groupe criminel romain dans les années 80, "la bande de la Magliana". Il a cette fois échappé à une peine de 28 ans de réclusion, comme l'avait requis le parquet, avec la confiscation de tous ses biens. 

Massimo Carminati
Massimo Carminati © Capture d'écran Internazionale.it

Depuis novembre 2015, il était jugé pour extorsion, corruption et détournement de fonds publics dans le cadre de ce réseau, opérant grâce à la complicité d'entrepreneurs véreux et d'hommes politiques de gauche comme de droite. Les prévenus étaient soupçonnés d'avoir truqué les marchés publics de la Ville éternelle dans différents domaines: le ramassage des ordures, l'entretien des espaces verts et l'accueil des migrants. Sous le mandat de l'ancien maire de Rome Gianni Alemmano (2008-2013), passé à droite après un passé d'activiste d'extrême droite radicale, le réseau avait infiltré l'administration de la mairie à tous les niveaux.

Une association criminelle mais pas "mafieuse"

Le bras droit de Massimo Carminati, Salvatore Buzzi, a été condamné à 19 ans de prison, contre les 26 ans et trois mois requis par le parquet. Patron d'une coopérative travaillant pour la municipalité de Rome, il a fait office de médiateur dans le "monde du milieu", entre la sphère politique et celle, plus obscure, gérée par Carminati. Salvatore Buzzi, incarcéré depuis son arrestation en décembre 2014 tout comme Carminati, avait été condamné à 30 ans de prison pour l'assassinat brutal d'un complice qui l'avait aidé à écouler des chèques volés. Il a ensuite été libéré pour bonne conduite au bout de six ans.

L'une des principales tâches des juges chargés du procès était de déterminer si le système mis en place par le duo Carminati-Buzzi était de type "mafieux". Les magistrats instructeurs avaient d'abord considéré qu'il s'agissait d'une "mafia originale et autochtone". Mais le tribunal, présidé par Rosanna Ianniello, a fait tomber l'accusation d'"association mafieuse", qui aurait aggravé le verdict des deux principaux protagonistes et d'une vingtaine d'autres accusés.

Charlie Vandekerkhove avec AFP