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Espagne: un projet d'un diplôme de "torero" fait polémique

Le matador espagnol Jose Marie Manzanares lors d'une corrida à Nîmes le 20 septembre.

Le matador espagnol Jose Marie Manzanares lors d'une corrida à Nîmes le 20 septembre. - Pascal Guyot - AFP

Le ministère espagnol de l'Education nationale projette de créer une formation diplômante pour devenir "torero". De quoi hérisser le poil des anti-corridas. 

Depuis quelques années maintenant, la tauromachie fait l'objet de nombreuses divisions tant au sein de la population que de la classe politique espagnoles. Dernière provocation en date pour les anti-corrida: le projet de l'Education nationale espagnole (article d'El Pais en anglais repéré par Rue89) de créer un programme pour des étudiants désireux de devenir un professionnel de la banderille. Pétition, tweets enflammés: la création d'un diplôme de "torero" suscite une vague d'indignation... mais dénote aussi d'une volonté politique. Explications.

La tauromachie à la place de la philo

Si dans certaines régions d'Espagne la corrida jouit toujours d'une grande popularité, dans d'autres, les mentalités ont évolué, voyant dans cette pratique non pas une manifestation culturelle, mais un acte de barbarie. A l'image de la Catalogne qui l'a définitivement bannie de son territoire en 2010, prenant exemple sur l’archipel des Canaries, où la corrida est interdite depuis 1991.

C'est dans ce contexte tendu que l'idée d'une formation professionnelle aux métiers de la tauromachie est née. Le 19 octobre dernier, le quotidien espagnol El Pais révélait les grandes lignes du projet. Le programme étalé sur 2.000 heures proposerait aux futurs diplômés de devenir soit banderilleros (celui qui pique le taureau avec des banderilles), soit picadores (celui qui pique le taureau alors qu'il est à cheval), soit encore novilleros (celui qui tue uniquement de jeunes taureaux).

Après la publication de l'article, le hashtag #FPtauromaquia, du nom du programme, s'est mué en tendance nationale sur Twitter, entraînant des réactions moqueuses...

"Les enfants! Interro surprise! (Ils abandonnent un taureau dans la salle de classe): 15 blessés, 2 morts, (rires, applaudissements)", plaisante un internaute. 

... et des images chocs à l'instar de ces photos d'enfants toreros postées par la Pacma, le Parti animalier contre les mauvais traitements envers les animaux.

Mais ce n'est pas uniquement le fait d'enseigner la tauromachie à des jeunes étudiants qui est montrée du doigt. Les internautes dénoncent également les choix idéologiques du gouvernement, alors que le baccalauréat espagnol a vu des matières comme la philosophie devenir une option.

"Nous avons enlevé la philosophie pour la tauromachie. C'est ainsi qu'évolue la société", légende amer le caricaturiste espagnol Alejandro Cervantes.

Dans la foulée, une pétition a même été lancée sur le site spécialisé Change.org, demandant au gouvernement et au ministère de l'Education le retrait du projet. A ce jour, la pétition a déjà recueilli plus de 330.000 signatures. 

Un choix politique

Que l'actuel ministère espagnol de l'Education crée un programme d'éducation autour de la tauromachie n'est finalement pas si surprenant. En effet, le projet est porté par le Parti populaire (PP), formation politique de droite du chef du gouvernement actuel Mariano Rajoy, lui-même grand supporter de la corrida. Sa position amène par ailleurs de nombreux votes de la part des conservateurs, souligne El Pais, alors que la gauche radical, elle, veut en finir avec les corridas. 

Pour preuve, en septembre, la municipalité de Madrid, dirigée depuis mai par des membres du parti de gauche Podemos, avait annulé la subvention de 60.000 euros destinée à l’école de toreros Marcial Lalanda. "Les cours et les ateliers qui y sont donnés ne sont pas compatibles avec les droits des animaux", avait-on expliqué. La décision n'avait pas plu au gouvernement. Ce lundi, le ministère espagnol de la Culture a ainsi voulu réparer cette "injustice" en remettant à cette institution un prix de 30.000 euros...soit la moitié de la subvention.

Mélanie Godey