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Législatives britanniques: la poigne de fer de Theresa May fragilisée pendant la campagne

Theresa May, le 7 juin 2017.

Theresa May, le 7 juin 2017. - Ben Stansall - AFP

Les Britanniques se rendent aux urnes ce jeudi pour des élections législatives cruciales en vue des négociations du Brexit, dans un climat de menace terroriste. Theresa May, qui avait elle-même convoqué des élections anticipées, s'est finalement retrouvée fragilisée durant sa campagne, face à un adversaire travailliste combatif, Jeremy Corbyn.

Elle avait choisi d'axer sa campagne électorale sur sa personnalité "solide et stable", pour convaincre les Britanniques de la reconduire au poste de Première ministre lors des législatives qui se tiennent ce jeudi au Royaume-Uni. Mais l'armure de la dirigeante conservatrice Theresa May, qui espérait remporter une majorité large, s'est fendue pendant la campagne.

Des failles apparues pendant la campagne

Agée de 60 ans, Theresa May est arrivée au pouvoir en juillet 2016 par un coup du sort, alors que le Royaume-Uni venait de voter le Brexit à la surprise générale. Le résultat avait obligé son prédécesseur David Cameron, désavoué par le résultat du référendum, à démissionner. S'employant à incarner dans une période turbulente une figure rassurante de femme sérieuse, honnête, sobre et pragmatique, cette fille de pasteur, deuxième femme à accéder au poste de Premier ministre au Royaume-Uni, après Margaret Thatcher, s'est donné pour tâche de négocier un Brexit "dur" avec Bruxelles.

Mais la campagne électorale a révélé des failles: peu à l'aise dans l'exercice, elle a évité le contact avec les électeurs, s'en tenant au texte préparé à l'avance de ses discours sans improviser, ou plaisanter, ou même dialoguer avec son public, laissant une image de froideur un peu mécanique. Elle s'est même dérobée à un face à face télévisé avec son rival travailliste Jeremy Corbyn.

Série d'attentats, le Brexit relégué au second plan

Se sont ajoutés deux revirements majeurs: d'abord la convocation d'élections anticipées contrairement à de précédentes assurances, puis une volte-face sur le financement des programmes sociaux.

Et la série d'attentats meurtriers qui a frappé le pays, avec trois attaques jihadistes en moins de trois mois, a mis sur le tapis les coupes dans les effectifs policiers que cette conservatrice a pratiquées, au nom de l'austérité, lorsqu'elle était ministre de l'Intérieur de 2010 à 2016. Des événements qui ont fait de la sécurité un sujet brûlant de la campagne. 

De fait, le Brexit, qui dominait initialement les débats et a motivé le déclenchement du scrutin, a finalement été relégué au second plan, ce qui n'a pas arrangé les affaires de Theresa May, qui voulait remporter une majorité claire pour négocier avec le bloc des 27 un Brexit sans concession.

Une personnalité froide mais "bosseuse"

Theresa May est élue en 1986 conseillère du district londonien cossu de Merton avant de devenir en 1997 députée conservatrice à Maidenhead, dans le sud du pays. De 2002 à 2003, elle devient la première femme secrétaire générale du parti conservateur. Elle cherche alors à casser l'image du "nasty party", corrompu et défenseur des riches. En 2005, elle prête main forte à David Cameron dans sa conquête du parti et obtient en 2010 le portefeuille de l'Intérieur, qu'elle occupera jusqu'à sa prise de pouvoir. Elle y tiendra une ligne très ferme, qu'il s'agisse des délinquants, des immigrés clandestins ou des prêcheurs islamistes.

C'est "une femme drôlement difficile", avait commenté l'ex-ministre Kenneth Clarke et député conservateur à son arrivée au pouvoir. Une de ses collaboratrices salue "sa capacité de travail incroyable" et son "exigence", soulignant qu'"elle déteste le risque". Elle est jugée "calme", "bosseuse", "réservée mais très abordable" par ses administrés interrogés après son arrivée au pouvoir.

En 2013, elle a révélé être diabétique mais a insisté sur le fait que cela n'affectait pas sa carrière même si elle est contrainte de s'injecter de l'insuline plusieurs fois par jour. Il faut "faire avec", avait-elle dit stoïquement. De même, évoquant un jour sa tristesse de ne pas avoir pu avoir d'enfant, Theresa May commentait: "Vous acceptez ce que la vie vous réserve".

Pour tenter de corriger un déficit en chaleur humaine, elle a donné une série d'interviews avec son mari pendant la campagne, mais sans beaucoup s'y livrer, évoquant son goût de la marche et de la cuisine.

A.S. avec AFP