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PORTRAIT - Beate Zschäpe, meurtrière néonazie

Beate Zschäpe, 38 ans, était l'intendante, la "mère au foyer" du groupe néonazi, qui a tué 10 personnes et braqué une quinzaine de banques.

Beate Zschäpe, 38 ans, était l'intendante, la "mère au foyer" du groupe néonazi, qui a tué 10 personnes et braqué une quinzaine de banques. - -

L’Allemagne a les yeux braqués sur elle. Lundi, le procès de Beate Zschäpe commence à Munich, en Allemagne. Seule survivante d’un trio néonazi, elle est accusée du meurtre de dix immigrés turcs.

"Je suis celle que vous cherchez". C’est avec ces simples mots que Beate Zschäpe se présente à la police allemande, le 8 novembre 2011 à Jena, à l’Est de l’Allemagne. Ses deux compagnons, coresponsables des meurtres de huit Turcs et un Grec, ainsi que d’une policière et d’une quinzaine de braquages, se sont donné la mort quelques heures plus tôt. Il ne reste qu’elle. Depuis son arrestation, elle se mure dans le silence. Mais Beate Zschäpe va devoir parler: son procès, l’un des plus importants de l’après-guerre en Allemagne, commence lundi.

Visage rond, petites lunettes, cheveux bruns, Beate Zschäpe n'a en rien l'apparence d'une skin. Elle est née il y a 38 ans à Iéna, en ex-RDA. Sa mère, Annerose, navigue entre son amoureux allemand et la Roumanie, où elle espère faire des études. Elle y a un amant, vraisemblablement le père de Beate.

L’enfance de Beate est chaotique. Sa mère perd son emploi à plusieurs reprises, les déménagements se succèdent – les hommes aussi. L’argent manque, et la petite fille apprend vite à se débrouiller avec pas grand-chose. Adolescente, elle vole, et se dispute violemment avec sa mère.

La rencontre avec "les deux Uwe"

Beate Zschäpe a 14 ans quand le mur de Berlin tombe. Elle traîne avec des punks de Jena, participe à quelques petites actions anarchistes, se cherche. En 1991, elle rencontre Uwe Mundlos, qui deviendra son premier complice. Ils tombent amoureux, se fiancent. C’est aussi le début de la relation de Beate avec l’extrême droite.

En parallèle commencent ses tentatives de trouver du travail. Elle essaie plusieurs formations, échoue et quitte Uwe Mundlos. Elle en a rencontré un autre, plus jeune: Uwe Böhnhardt, le meilleur ami du premier, qui deviendra l'autre complice. Mais le premier Uwe refuse de se laisser quitter, et recherche sa compagnie coûte que coûte. C’est ainsi que le trio va voir le jour.

A partir de 1995, "les trois", comme ils s’appellent, se radicalisent. Ils commettent leurs premiers attentats à Iéna de 1996 à 1998. Mais ces actions ne leur suffisent plus. Mundlos lit Mein Kampf, et les trois réfléchissent à de plus amples actions. Lorsque la police découvre le garage que Beate a loué pour préparer les attentats de Iéna, les trois interrompent leurs relations avec familles et amis, et passent dans la clandestinité. Nous sommes en 1998.

La cellule de Zwickau

Le trio loue un appartement à Zwickau, en Saxe. "Dès le début, les rôles sont clairs, explique l'hebdomadaire Die Zeit: Mundlos est l’idéologue, Böhnhardt le bras armé, et Zschäpe l’intendante". Elle fait la cuisine pour ses deux hommes, loue des films, et gère l’argent du groupe. Elle s’occupe de l’aspect matériel des attentats, loue des voitures sous des faux noms, paie les factures en cash. Beate est une sorte de mère pour ceux qu’elle nomme "sa famille", poursuit l'hebdomadaire.

Si les deux hommes sortent peu et discrètement, elle assure le lien avec l'extérieur. Souriante, affable, elle se présente sous un faux nom et passe pour "une gentille fille", appréciée des voisins.

Le 4 novembre 2011, apprenant la mort de ses deux compagnons, Beate Zschäpe met le feu à l’appartement. Après avoir prévenu la mère d’Uwe Mundlos de la mort de son fils, elle fuit.

Le 8 novembre, alors que la police fédérale vient de lancer une recherche sur l’ensemble du territoire allemand, Beate Zschäpe est à Jena et a trouvé un avocat. Avec lui, elle pousse la porte du commissariat. Calmement, elle s'adresse aux policiers et leur dit droit dans les yeux: "je suis celle que vous cherchez".