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Etats-Unis: arrêtées pour avoir parlé espagnol, deux femmes poursuivent la police des frontières

Photo de l'ACLU des deux femmes mexicaines, arrêtées par un police garde-frontière.

Photo de l'ACLU des deux femmes mexicaines, arrêtées par un police garde-frontière. - HO - ACLU of Montana - AFP

Les deux femmes échangeaient en espagnol dans un magasin quand un policier leur a demandé leur lieu de naissance, ainsi que leurs documents d'identité.

"C'est lié au fait que vous parlez espagnol." Deux femmes arrêtées dans le Montana ont lancé des poursuites en justice contre l'agence fédérale des douanes et de protection des frontières (CBP). Elles avaient été retenues 40 minutes par un agent de la police des frontières en mai dernier, car il les avait entendues parler espagnol dans un magasin.

Une vidéo de l'incident, qui s'est déroulé dans la petite ville de Havre, située non loin de la frontière canadienne, montre l'agent Paul O'Neal expliquer à Ana Suda et à Martha Hernandez la raison pour laquelle il leur a demandé leurs papiers d'identité.

"C'est lié au fait que vous parlez espagnol dans un magasin au sein d'un État où l'on parle en grande partie anglais", dit-il. "Ce n'est pas illégal, c'est simplement très inhabituel ici", ajoute l'agent.

Quand l'un des femmes lui demande si elles sont contrôlées à cause de leur "profil racial", il assure toutefois, "ça n'a rien à voir avec cela".

La puissante organisation de défense des libertés civiles Aclu a intenté jeudi une action en justice au nom des deux femmes contre l'agence fédérale. Ana Suda et Martha Hernandez expliquent dans la plainte que l'agent O'Neal les a retenues pendant quarante minutes. Elles soulignent également que la première est née au Texas et la seconde en Californie.

"Des tactiques abusives"

Les deux femmes racontent dans la plainte qu'elles étaient en train d'attendre leur tour pour acheter du lait et des oeufs quand cet officier a fait un commentaire sur l'accent de Martha Hernandez et a demandé aux femmes leur lieu de naissance, puis leurs papiers d'identité.

"Cet incident fait partie d'une tendance plus large que nous avons observée de tactiques abusives utilisées par les agents aux frontières, qui se sont aggravées sous l'administration Trump", a indiqué Cody Wofsy, avocat de l'Aclu. "Ca a été épouvantable" pour elles, a-t-il ajouté, rapportant qu'elles s'étaient senties "mal accueillies dans leur propre ville et dans leur propre pays". L'une raconte à Aclu que sa fille a désormais peur de parler espagnol en public.

Il a noté que les Etats-Unis n'avaient pas de langue officielle et que l'espagnol était, de loin, la deuxième langue la plus parlée dans le pays après l'anglais. Contacté par l'Agence France-Presse (AFP), un porte-parole du CBP s'est refusé à tout commentaire sur cette affaire. Les policiers à la frontière "ne peuvent pas retenir quelqu'un juste parce qu'il parle espagnol", a rappelé l'Aclu, à propos de cette affaire.

Salomé Vincendon avec AFP