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Equateur: élection présidentielle clé pour la gauche d'Amérique Latine

L'Equateur doit désigner le successeur du président Rafael Correa, ici le 11 mars 2017 à Zumbagua

L'Equateur doit désigner le successeur du président Rafael Correa, ici le 11 mars 2017 à Zumbagua - RODRIGO BUENDIA, AFP/Archives

L'Équateur s'apprête à désigner son nouveau président, devant choisir entre la continuité socialiste ou le virage à droite, choix effectué par l'Argentine, le Pérou et le Brésil.

L'Equateur désigne dimanche le successeur du président Rafael Correa et va donc décider de poursuivre sur la voie socialiste ou de virer à droite, lors d'une élection cruciale pour une gauche affaiblie par les victoires conservatrices dans d'autres pays latino-américains.

Après les basculements de l'Argentine, du Pérou et du Brésil, les projecteurs sont braqués sur ce petit pays andin, où la campagne électorale a été imprégnée de références aux politiques diamétralement opposées du Vénézuélien Nicolas Maduro et de l'Argentin Mauricio Macri.

Quelque 12,8 millions d'électeurs doivent se prononcer entre l'ancien vice-président socialiste Lenin Moreno, 64 ans, et l'ex-banquier Guillermo Lasso, 61 ans, qui le 19 février ont respectivement remporté 39,36% et 28,09% des suffrages.

"Le 2 avril, nous n'avons que deux options : voter pour le +continuisme+ ou voter pour le changement", a lancé Guillermo Lasso jeudi lors de son dernier meeting.

Dénonçant "la dictature" corréiste, il a agité l'épouvantail de la crise vénézuélienne et du "coup d'Etat" dans ce pays, en référence à la décision de la Cour suprême de s'octroyer les pouvoirs du Parlement.

L'ancien vice-président socialiste Lenin Moreno, 64 ans, fait campagne pour succéder à Rafael Correa, le 30 mars 2017 à Quito
L'ancien vice-président socialiste Lenin Moreno, 64 ans, fait campagne pour succéder à Rafael Correa, le 30 mars 2017 à Quito © Juan Cevallos, AFP

Les sondages ne donnent pas de favori

Lenin Moreno a axé son ultime discours de campagne contre la corruption, allant jusqu'à promettre "une chirurgie radicale aux corrompus de ce gouvernement", "aux corrompus d'hier et de maintenant".

Crédité de 52,4% à 57,6% des intentions de vote, Lenin Moreno, candidat du parti au pouvoir Alliance Pais (AP - Patria Altiva i Soberana: Patrie altière et souveraine - acronyme qui joue sur le mot "pais", pays en espagnol), était en tête des derniers sondages publiés.

Guillermo Lasso, du mouvement Créant des opportunités (Creo, "Je crée/Je crois" en espagnol), affichait entre 42,40% et 47,6% selon ces enquêtes, dont la diffusion est interdite depuis le 22 mars.

De plus récents sondages "qui ne sont pas publics (...) font état d'un nul technique à quasiment 50/50 mais avec une légère tendance en faveur de Lasso qui pourrait aller en augmentant", a déclaré à l'AFP l'analyste Santiago Basabe, politologue de la Faculté latino-américaine de sciences sociales (Flacso).

Pétrole et corruption

Lors des législatives le 19 février, AP a perdu sa majorité des deux-tiers, conservant toutefois la majorité absolue à l'Assemblée. Et elle a le soutien des classes populaires, qui ont le plus bénéficié des programmes de la "Révolution citoyenne" corréiste.

Elu à trois mandats successifs depuis 2006, le président sortant a mis à profit la manne pétrolière pour moderniser le pays. Mais il lui est reproché de l'avoir gaspillée, outre les cas de corruption, impliquant d'anciens collaborateurs.

Guillermo Lasso séduit des classes moyennes affectées par la crise due à la chute des cours du brut et lasses de la confrontation de Rafel Correa avec les milieux d'affaires, les médias ou les Etats-Unis.

Lenin Moreno et les corréistes mettent en garde contre une "restauration conservatrice" et accusent "le candidat banquier" de s'être enrichi pendant la grave crise financière de 1999 alors qu'il était aussi ministre de l'Economie.

"Nous sommes face à deux miroirs qui demandent: 'Voulez-vous être comme Macri d'Argentine ou comme Maduro du Venezuela?' Deux craintes", a déclaré à l'AFP Napoleon Saltos, professeur de l'Université Centrale.

l'ex-banquier Guillermo Lasso, 61 ans, porte tous les espoirs de la droite, le 30 mars 2017 à Guayaquil
l'ex-banquier Guillermo Lasso, 61 ans, porte tous les espoirs de la droite, le 30 mars 2017 à Guayaquil © RODRIGO BUENDIA, AFP

Le sort d'Assange en jeu

Quant à Julian Assange, réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres, Guillermo Lasso estime qu'il faut "réviser l'asile" accordé au fondateur de WikiLeaks, réclamé par la Suède pour un viol qu'il nie. L'Australien craint aussi une extradition aux Etats-Unis pour répondre de la publication de documents confidentiels, notamment sur les guerres en Irak et en Afghanistan.

Lenin Moreno, paraplégique depuis une agression à main armée en 1998, a réaffirmé à l'AFP qu'il maintiendrait la décision "que Julian Assange reste dans l'ambassade tant qu'un sauf-conduit ne lui aura pas été accordé" pour se rendre dans le pays de son choix.

Mais les électeurs vont surtout se prononcer en fonction de leur propre situation économique, "thème le plus important à l'heure de voter", selon Paolo Moncagatta. Ce politologue de l'université privée San Francisco souligne le poids du "vote anti-corréiste" d'une classe moyenne par ailleurs "fatiguée (...) du style du président" sortant.

Le prochain président prendra ses fonctions le 24 mai. "Quel que soit le vainqueur, il y aura un ajustement économique", a averti de son côté Santiago Garcia, économiste de l'Université Centrale, relevant une légère différence: "un candidat propose un ajustement plus social, l'autre un peu plus dur" qui se base "sur la loi du marché".

G.D. avec AFP