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En plein débat sur le port du voile, des mères voilées invitées au Sénat

Des femmes voilées dans le groupe invité au Sénat par Samia Ghali.

Des femmes voilées dans le groupe invité au Sénat par Samia Ghali. - Photo de Pierre Trembaly sur Twitter.

Une trentaine de personnes, dont des femmes voilées, ont été reçues ce mardi au Sénat, à l'invitation de la sénatrice des Bouches-du-Rhône Samia Ghali. Ce déplacement, prévue de longue date selon elle, intervient alors que la proposition de loi visant à interdire le port de signes religieux aux parents accompagnant des sorties scolaires est examinée par la Chambre haute.

La sénatrice des Bouches-du-Rhône Samia Ghali, ex-PS, a accueilli ce mardi au Sénat une trentaine de femmes et enfants des quartiers populaires de Marseille, dont certaines mères voilées, alors que les sénateurs examinaient une proposition de loi LR visant à interdire le port de signes religieux aux parents accompagnant des sorties scolaires.

Si le texte a été déposé dès juillet dernier par la sénatrice du Val-d'Oise, Jacqueline Eustache-Brinio, il a pris un écho particulier depuis une quinzaine de jours, après qu'un élu du Rassemblement national a exigé que l'une des accompagnatrices d'une classe en visite auprès du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, à Dijon, retire son voile. L'échange, houleux, a frappé les esprits.

"Hasard du calendrier" mais un "moment particulier" 

"Un hasard du calendrier" selon la sénatrice, la visite de ces mères au palais du Luxembourg étant prévue depuis plusieurs mois. "J'ai l'habitude de recevoir des mamans" des quartiers populaires de Marseille, a précisé Samia Ghali.

"Elles viennent dans un moment particulier", a cependant reconnu la sénatrice. Selon cette dernière, la proposition de loi portée devant le Sénat ce même jour "n'a pas lieu d'être". Elle a ajouté qu'"un débat pour dire qu'une partie de la France n'est pas désirée, ce n'est pas un bon débat".

Elle a posté par ailleurs une photo du groupe sur Twitter. "Parce que nous ne reconnaissons qu’une seule communauté, la République. Je suis fière d’accueillir au #Sénat des femmes de toutes confessions et de toutes origines. L’occasion de rappeler à ceux qui en doutent encore qu’elles sont Françaises avant d’être musulmanes. #voile", a-t-elle écrit. 

Les femmes voilées ne pouvant entrer dans l'Hémicycle, elles ont donc assisté au débat via un écran de télévision, comme l'a relevé un journaliste présent sur place sur Twitter.

Une loi "contre-productive" pour Blanquer

Le sujet est d'autant plus sensible que l'examen du texte intervient au lendemain d'une attaque menée contre la mosquée de Bayonne par un ancien candidat du Front national (devenu Rassemblement national), faisant deux blessés graves.

Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, s'est exprimé ce mardi devant les sénateurs. Il y a deux semaines, sur notre plateau, deux jours après la scène au Conseil régional de Dijon, il avait affirmé: "Le voile n’est pas souhaitable dans notre société. Ce n’est pas quelque chose à encourager. Ce que ça dit sur la condition féminine n’est pas conforme à nos valeurs."

Une opposition qu'il ne tient toutefois pas à transformer en une loi prohibant ce signe religieux durant les sorties scolaires. Devant la Chambre haute, il a ainsi déclaré ce mardi que la mesure avancée était "contre-productive", enchaînant: "Je vous le dis d'emblée, ma position n'a pas changé. [...] Je pensais d'ailleurs que nous en resterions là, et je regrette d'avoir aujourd'hui à revenir sur tout cela". 

Robin Verner avec AFP