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Du déni à l'alarmisme, le changement de cap de Donald Trump face au Covid-19

Longtemps réfractaire au port du masque comme moyen de lutte contre le Covid-19, le président des États-Unis recommande désormais son usage. Un revirement soudain, possiblement intéressé par l'approche de l'élection présidentielle.

Le retournement de situation est inattendu, mais il est bien réel. Depuis quelques jours, le président américain Donald Trump semble prendre la mesure dramatique du coronavirus aux États-Unis, pays le plus touché à l'échelle mondiale avec près de 4 millions de cas et plus de 142.000 morts depuis le début de la pandémie, selon le décompte de l'université Johns-Hopkins.

Geste "patriotique"

Dans les premiers jours de propagation du Covid-19 outre-Atlantique, l'homme fort de la Maison-Blanche avait tenté de tempérer, voire de minimiser, l'impact de la maladie sur le territoire américain. Pour lui, le nombre vertigineux de contaminés recensé au fil du temps était en fait dû à la politique de prévention menée par son administration et aux nombreux tests mis en place sur l'ensemble du territoire. Son comportement ambigu avait d'ailleurs été repris par bon nombre de ses soutiens, qui remettaient largement en doute la dangerosité et l'existence même du virus.

Pourtant, lors d'une conférence de presse tenue ce mardi, Donald Trump a surpris son monde en recommandant finalement le port du masque dans les situations où la distanciation sociale reste impossible.

"Adoptez le masque, que vous l'aimiez ou non, il a un impact, il fait effet. Nous en avons besoin", a-t-il déclaré, quelques heures seulement après un message diffusé sur Twitter où ce dernier assurait que le port de cette protection était un geste "patriotique" afin de se débarrasser du "virus chinois."

"Malheureusement, la situation va certainement empirer avant de s'améliorer. Ca n'est pas agréable à dire, mais c'est vrai", a-t-il également ajouté lors de sa prise de parole.

Un revirement intéressé?

Cette prise de conscience intervient à un peu plus de trois mois avant l'élection présidentielle américaine, où Donald Trump tentera de briguer un second mandat face au démocrate Joe Biden. Seul problème, l'actuel président est donné largement perdant dans les derniers sondages, et serait également en perte de vitesse dans différents États qui lui sont pourtant historiquement favorables, dont le Texas, où les Républicains modérés semblent avoir de plus en plus de mal à accorder leur confiance à Trump.

Il faut dire que de nombreux indicateurs sont au rouge pour l'ancien magnat de l'immobilier. Accusé de déni et d'inaction, Donald Trump a vu sa cote de confiance s'étioler, à mesure que la crise sanitaire prenait de l'importance aux États-Unis. Selon les derniers chiffres de Rasmussen Reports, ils sont désormais 51% des sondés à désapprouver le travail de l'administration actuelle, un taux qui a bondi à 55% fin juin. Même son de cloche pour l'institut YouGov, où 56% des interrogés se disent mécontents.

Une méfiance qui s'illustre dans les sondages nationaux en prévision de la future présidentielle. Déjà en difficulté en juin dernier, Donald Trump se retrouve désormais relégué à près de 10 points derrière Joe Biden. Selon les dernières données de Real Clear Politics, ce dernier serait donné largement gagnant avec, à date, 8,6 points d'avance, sans même faire campagne. Avec ce changement de cap abrupt, Donald Trump espère probablement réduire cet important écart, que certains estiment déjà décisif.

Panique chez les Républicains

Pour autant, le mal pourrait déjà être fait pour Donald Trump, et ce revirement un poil trop tardif. Ces derniers jours, face à la résurgence du virus, plusieurs États du Sud du pays, gouvernés par des Républicains, se sont vus dans l'obligation de reconfiner une partie de leur population. Un coup dur pour Donald Trump, qui n'avait eu de cesse d'attaquer les Démocrates et leur gestion de la crise sanitaire.

"Le pire se passe dans le sud des États-Unis, dans des États qui sont tenus par des Républicains, alors que justement la stratégie de Donald Trump était d'expliquer que c'était une mauvaise gestion démocrate qui faisait que cette pandémie se répandait aux États-Unis", explique au micro d'Europe 1 le spécialiste des États-Unis, Jean-Éric Branaa.

Ainsi, la nouvelle ligne politique suivie par Donald Trump pourrait lui permettre de reprendre la main sur ses troupes les plus fidèles qui, ces derniers jours, se sont retrouvées "bien démunies", poursuit Branaa.

"C'est l'anti-Trump par rapport à ce qu'on a pu avoir depuis six mois. On retrouve celui qu'on avait vu très brièvement, qui expliquait que l'Amérique allait vivre des temps très difficiles. Ça avait duré deux semaines avant qu'il ne reparte en campagne et qu'il oublie totalement ce message pour prendre le contre-pied et affirmer que la pandémie n'existait pas", explique encore ce dernier.

Chassez le naturel...

Malgré cette volonté de Donald Trump et de son administration de montrer patte blanche, les vieilles habitudes ont la peau dure. Le Monde signale que le 15 juin dernier, dans les colonnes du Wall Street Journal, le vice-président Mike Pence avait jugé "exagérée" la panique liée à une possible deuxième vague de l'épidémie avant de vanter les mérites de Donald Trump.

"Grâce au leadership du président Trump et au courage et à la compassion du peuple américain, notre système de santé publique est bien plus fort qu’il ne l’était il y a quatre mois, et nous gagnons le combat contre l’ennemi invisible", estimait-il.

De son côté, le président avait, dans une interview diffusée dimanche, lui aussi qualifié d'"alarmistes" les propos d'Anthony Fauci, directeur de l’institut national des maladies infectieuses, qui avait évoqué une épidémie hors de contrôle sur le sol étasunien. Par précaution, Donald Trump est malgré tout dépisté plusieurs foir par jour, signalait cette semaine la porte-parole de la Maison-Blanche.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV