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Des observateurs s'inquiètent d'une "extinction silencieuse" de la girafe

Des girafes, le 5 août 2019 à Nanyuki au Kenya.

Des girafes, le 5 août 2019 à Nanyuki au Kenya. - TONY KARUMBA / AFP

Le commerce international des girafes pourrait être plus régulé avec la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES) qui débute ce samedi à Genève.

Dans le cadre de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES) qui débute ce samedi, six pays africains proposent de classer la girafe dans la "liste des espèces qui, bien que n'étant pas nécessairement menacées actuellement d'extinction, pourraient le devenir si le commerce de leurs spécimens n'était pas étroitement contrôlé". 

L'annonce par l'IUCN du classement de la girafe dans la catégorie des espèces "vulnérables" avait été accueillie avec une relative surprise fin 2016. Lors de la précédente évaluation, en 2010, elle était encore classée comme "préoccupation mineure".

"La girafe est un grand animal que l'on voit assez facilement dans les parcs et réserves, ce qui a pu donner la fausse impression que tout allait bien", analyse Julian Fennessy, co-président du groupe de spécialistes de l'IUCN pour les girafes et okapis. "D'autant que le problème se situe principalement en dehors des espaces protégés". 

De nombreux observateurs évoquent pour ces raisons la menace d'une "extinction silencieuse", d'autant qu'historiquement, la girafe a rarement suscité beaucoup d'intérêt pour les chercheurs.

"On sait très peu de choses sur les girafes"

"Si on les compare à d'autres espèces charismatiques comme les lions, éléphants et rhinocéros, on sait très peu de choses sur les girafes", relève Symon Masiaine, coordinateur du programme d'étude et de protection des girafes "Twiga Walinzi" (Gardiens des girafes en swahili), au Kenya, débuté en 2016. "On reste en retard, mais les choses évoluent". 

"Sans données fiables, c'est difficile d'établir des mesures de protection adéquates", souligne Arthur Muneza, de la Fondation pour la préservation de la girafe.

La dernière proposition en date vise à réguler le commerce international des girafes dans le cadre de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (Cites), qui se réunit du 17 au 28 août à Genève. Des responsables politiques et des experts de la conservation se réunissent à partir de samedi en Suisse pour renforcer les règles du commerce de l'ivoire, des cornes de rhinocéros et d'autres espèces végétales et animales menacées d'extinction. 

Pendant 12 jours, des milliers de délégués venus de plus de 180 pays vont discuter à Genève de 56 propositions visant à modifier le degré de protection accordé aux animaux et aux plantes sauvages par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Mais là aussi, un manque cruel de données occupe le devant de la scène.

Six pays africains, dont le Tchad et le Kenya, proposent de classer la girafe dans la "liste des espèces qui, bien que n'étant pas nécessairement menacées actuellement d'extinction, pourraient le devenir si le commerce de leurs spécimens n'était pas étroitement contrôlé". Des "permis d'exportation ou de réexportation" seraient dès lors obligatoires.

Peu de "données fiables" sur le commerce des girafes

Sauf qu'il n'y a "pas suffisamment de données fiables" sur le commerce international des girafes, qu'il s'agisse des trophées, des parties de corps ou d'artefacts, souligne Arthur Muneza.

"Il faudrait d'abord une étude pour connaître l'ampleur du phénomène et son éventuelle influence sur les populations de girafes", a-t-il ajouté.

Les soutiens de la proposition invoquent le principe de "précaution" et soulignent qu'une classification obligerait les pays membres à récolter des données sur les exportations. Les critiques dénoncent une proposition guidée par "l'émotion" plutôt que les "faits scientifiques", et soulignent que le peu d'informations disponibles - les Etats-unis sont le seul pays répertoriant ces importations - indiquent que l'essentiel des trophées de girafes proviennent de pays où les populations de girafes augmentent (Afrique du Sud et Namibie).

Symon Masiaine, coordinateur du programme d'étude et de protection des girafes, estime que quelle que soit la décision prise à Genève, "cela veut dire qu'on parle de la girafe, et elle a bien besoin de cela".
Alexandra Jaegy avec AFP