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Débarquement: 75 ans après, l'entente entre les Alliés bat de l'aile

Le couple Trump et la reine Elisabeth II à Portsmouth le 5 juin.

Le couple Trump et la reine Elisabeth II à Portsmouth le 5 juin. - Tolga AKMEN / AFP

Le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Union soviétique, c'est ce trio devenu quatuor grâce à la France libre qui a défait l'Allemagne nazie, et l'Axe, plus largement. Mais, alors que l'on célèbre ce jeudi les 75 ans du débarquement en Normandie, les relations entre ces quatre puissances se sont détériorées.

Entre la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Russie, les nuages sont partout. Tensions, incompréhensions, oppositions règnent entre les anciens Alliés de la seconde guerre mondiale, dont les représentants se sont rassemblés ce jeudi en Normandie, à l'exception des dirigeants russes, pour commémorer le débarquement en Normandie le 6 juin 1944. 

Le mariage de raison déraisonne 

Il ne s'agit pourtant pas d'idéaliser l'histoire des relations entre ces quatre géants mondiaux. Dès la contraction de l'alliance contrebalançant l'Axe, la France libre, cette France en exil fuyant le discrédit de Vichy et l'URSS communiste semblaient des partenaires un peu à part aux Anglo-Américains. Et puis, si les deux hommes aboutiront à une estime commune, Churchill a multiplié les mots d'esprit terribles à l'égard du général de Gaulle, cet individu aux airs selon lui de "lama femelle surpris dans son bain", cet "homme fini" se comportant comme s'il était "Staline avec 200 divisions derrière lui". Les Américains quant à eux ne cachaient pas leur méfiance à l'égard d'un Charles de Gaulle, auquel ils préféraient ostensiblement son rival, le général Giraud. 

Cette animosité électrisant un mariage de raison avait survécu à la guerre, le premier président de la Ve République décidant de quitter l'OTAN en 1966, plus de quarante avant que Nicolas Sarkozy choisisse de renfoncer la France sous la férule américaine en la réintégrant dans le commandement intégré de l'organisation du traité de l'Atlantique nord. Toutefois, la continuité des relations entre ces nations n'était jamais sérieusement remise en cause. Ces relations sont quasiment au point mort aujourd'hui.

L'amertume russe

Mercredi, alors que la Britannique Theresa May, l'Américain Donald Trump et le Français Emmanuel Macron se retrouvaient à Portsmouth en préambule des célébrations du D-Day, la patronne de la diplomatie russe, Maria Zakharova, appelait à ne pas "exagérer" l'importance du volet normand de la guerre contre les nazis et "minorer par là-même la signification des efforts titanesques de l'Union soviétique, sans laquelle cette victoire n'existerait tout simplement pas". Une déclaration qui traduit le sentiment d'ostracisation souvent mis en avant par la Russie, soupçonnée au contraire par l'opinion américaine et certaines institutions des Etats-Unis de tentatives d'ingérence dans sa dernière présidentielle. ce jeudi, en marge du forum économique de Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine a balayé le sujet de son absence à ces commémorations internationales devant la presse: "Pourquoi devraient-ils toujours m'inviter partout? Je suis quoi, un général d'opérette? J'ai assez de choses à faire ici, ce n'est absolument pas un problème". 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que les Américains ne sont pas non plus blancs comme la crème chantilly couronnant un milk-shake au moment d'examiner la déperdition de l'ancienne alliance. La politique "America first" ("l'Amérique d'abord") de Donald Trump a d'emblée placé son mandat sous le signe de l'isolationnisme. Celui-ci a abouti au retrait de son pays de l'Accord de Paris sur le climat, au renversement de négociations internationales conclues de haute lutte notamment autour du nucléaire iranien, ou encore à des tensions commerciales avec l'Union européenne. Et les liens de Donald Trump avec ses homologues n'ont cessé de se détériorer depuis deux ans et demi.

L'éloignement américain 

L'ancien Premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, s'est même montré très alarmiste ce jeudi matin sur l'antenne de CNews: "S’il y avait besoin de l’Amérique aujourd'hui, je ne suis pas sûr que l’Amérique serait au rendez-vous. C’est un allié de l’Histoire, ce n’est pas nécessairement un allié de l’avenir. En tout cas, ce n’est pas un allié de l’actualité." Auprès du Parisien ce jeudi, un proche du pensionnaire de l'Elysée confiait dans la même veine: "Notre histoire structure notre relation. Mais on doit gérer un homme qui a été élu sur une promesse de sortie de l’ordre mondial." Il faut cependant admettre que les allusions fort peu voilées d'Emmanuel Macron à son collègue d'outre-Atlantique au détour de discours sur le "nationalisme" ou le "populisme", comme en novembre dernier, n'ont rien fait pour apaiser les discussions. 

En-dehors même des saillies twittesques qui ont illustré sa défiance grandissante envers Emmanuel Macron, le président américain s'est peu à peu perdu dans une atmosphère exécrable avec la plupart de ses partenaires européens, au premier rang desquels Angela Merkel. Il a aussi, et de manière répétitive, traité Theresa May avec une grande condescendance, expliquant notamment au Sun en 2018 qu'il lui avait dit comment faire pour mener à bien le Brexit pour déplorer aussitôt qu'elle ne l'ait "pas écouté". 

Theresa May dirige d'ailleurs, pour quelques heures encore, la puissance alliée la plus malmenée par l'époque. Si le Royaume-Uni était parvenu en 1973, après moult difficultés, à rejoindre la communauté économique européenne, devenue depuis Union européenne, il se promet désormais d'en sortir, comme son peuple l'a demandé clairement il y a près de trois ans. La rupture s'avère plus difficile que prévu, mais elle a quand même une date: le 31 octobre 2019. 

Robin Verner