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D-Day: Trump et Macron, retrouvailles sur fond de tensions 

Ce jeudi, au moment de se souvenir du débarquement en Normandie, Donald Trump et Emmanuel Macron échangeront en tête-à-tête pour la première fois depuis les orageuses heures des commémorations du 11-Novembre, en France. La sympathie des débuts a laissé la place à une gestion résignée des tensions.

Ce n'est pas encore les vaches maigres entre Donald Trump et Emmanuel Macron, mais c'est déjà l'amour vache. Le temps où les deux hommes se broyaient la main devant les caméras, avant d'admirer le tombeau de Napoléon aux Invalides ou un défilé militaire du 14-Juillet, semble bien loin. L'heure où ils plantaient ensemble un chêne dans le jardin de la Maison Blanche, le 23 avril 2018, est tout aussi lointaine. Pire, l'arbre est mort à Washington, dévoile Le Monde ce jeudi, vaincu par une quarantaine phytosanitaire.

Alors que leur relation s'est brusquement dégradée ces derniers mois, ce jeudi marque les retrouvailles entre les deux dirigeants, sur fond de cérémonie de commémoration des 75 ans du Débarquement du 6 juin 1944 sur les plages normandes. 

La victoire des divergences 

Depuis plusieurs mois, les signes de cette froideur soudaine ne manquent pas. Les coups de fil entre les deux hommes - qui commençaient invariablement selon Le Parisien par un tonitruant: "Emmanuel, how are you today, my friend? Here, it's amazing! We never had such a great situation! The economy is doing great !" ("Emmanuel, comment ça va, mon ami? Ici, c'est incroyable! On n'avait connu une situation aussi belle! L'économie est au mieux!" en français) - se sont espacés.

Et le chef d'Etat américain a même renoncé à la délicate attention qu'il avait pour son homologue français aux premiers temps de leurs relations, note encore le quotidien: fini les valises diplomatiques remplies de coupures de la presse américaine, annonçant des bonnes nouvelles pour l'économie française, annotées joyeusement par un Donald Trump, mi-paternaliste mi-amical. Les divergences l'ont désormais emporté.

Premier tête-à-tête depuis 8 mois

Ce jeudi, à l'occasion des commémorations autour du débarquement en Normandie, ils se retrouveront cependant en tête-à-tête pour la première fois depuis huit mois. Donald Trump retrouve d'abord Emmanuel Macron au cimetière militaire de Colleville, pour rendre hommage aux soldats américains tombés au champ d'honneur, puis ils s'enfermeront une demi-heure tous les deux dans la préfecture de Caen, avant de partager un déjeuner de travail d'1h30. 

Ils devraient évoquer ensemble la menace terroriste mais aussi le nucléaire iranien, l'un des dossiers pourrissant les relations entre les deux nations, comme le retrait américain de l'Accord de Paris sur le climat, ou encore l'Union européenne. Et si l'on peut toujours discuter, le rabibochage est exclu.

"On peut dire que c’est la rencontre des divergences, la fin des illusions franco-américaines car ni du côté de Donald Trump, ni du côté d’Emmanuel Macron, on ne croit qu’on peut se réconcilier sur les dossiers chauds. A l’origine, quand Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche, ce n’était pas le grand amour mais il y avait l’expression d’une amitié réelle, presque physique et là on verra, on jugera mais on s’attend à un face à face assez tendu", a expliqué ce jeudi matin sur BFMTV notre éditorialiste sur les questions internationales, Ulysse Gosset.

La fin du "good guy

Dans le clan Macron, on pensait initialement rafler la mise géopolitique et diplomatique en se pliant au jeu si américain du "good guy". C'est râpé. "Dans une première phase, on misait côté français sur une proximité personnelle nourrie par une certaine similarité dans leurs parcours politiques disruptifs, sans pour autant se cacher les divergences de fond, mais il n’y a pas eu les résultats escomptés", a décrit Laurence Nardon, responsable du programme Etats-Unis à l’Institut français des relations internationales auprès du Monde

Dire qu'on n'a pas obtenu "les résultats escomptés" ressemble à une version bien pudique des choses. Non seulement, le président de la République n'a rien récolté de concret sur le fond mais la vitrine même est endommagée. En novembre dernier, on avait craint le point de non-retour.

Arrivant en France pour les célébrations de l'armistice du 11-Novembre, Donald Trump s'était déjà agacé sur Twitter du projet d'une armée européenne, y voyant des "propos insultants". Puis, le 13 novembre, de retour aux Etats-Unis, il avait expédié une rafale numérique bien peu amène à l'endroit d'Emmanuel Macron. Toujours au sujet d'une force européenne, il avait raillé: "Les Français commençaient à apprendre l'allemand à Paris avant que les Etats-Unis n'arrivent". Il s'était ensuite fait plus personnel: "Le problème est qu'Emmanuel Macron souffre d'une très faible cote de popularité en France, 26%, et un taux de chômage à près de 10%". Il avait également réclamé: "Make France great again!" (une formule inspirée de son propre slogan de campagne de 2016). 

Depuis, les deux présidents se sont revus à l'occasion de sommets internationaux, évitant cependant le face-à-face. Cette fois-ci, l'impasse est impossible. 

Robin Verner