BFMTV

Daesh: une puissante capacité de financement fondée sur le pétrole

Daesh se finance également par les enlèvements et le trafic d'œuvres d'art.

Daesh se finance également par les enlèvements et le trafic d'œuvres d'art. - HO - IS RAQQA - AFP.

Qatar? Arabie saoudite? Enlèvements? Quelles sont les sources de financement de l'État islamique, aussi appelé Daesh?

Daesh, qui contrôle actuellement un territoire à cheval sur la Syrie et l'Irak, apparaît aujourd'hui largement autosuffisant grâce à l'argent du pétrole. Son budget est évalué entre 1 et 2 milliards de dollars. Pour affaiblir le groupe terroriste, les États-Unis et la Jordanie ont bombardé, dans la nuit de mercredi à jeudi, 12 de ses raffineries en Syrie.

Si pendant longtemps, il a été question pour Daesh d'un financement provenant des monarchies du Golfe Persique, cette source de revenus s'est tarie, selon le Wall Street Journal.

> L'argent de l'Arabie saoudite

Le vent a tourné quand l'Arabie saoudite a qualifié Daesh d'organisation terroriste, en mars dernier. Dans le même temps, huit recruteurs étaient arrêtés, indique Le Figaro.

Pourtant, ce grand pays pétrolier qui pratique un islam sunnite (le wahhabisme), souhaitait par tous les moyens faire tomber le régime chiite alaouïte de Bachar el-Assad. Et cela, quitte à "laisser les imams appeler les jeunes à aller combattre en Syrie, et d'autres privés à financer la 'lutte contre le tyran'", relate le journaliste Georges Malbrunot.

> L'argent du Koweït

Le Koweït, quant à lui, a procédé à l'arrestation de trois personnes, dont un de ses ressortissants: cheikh Hadjaj al-Ajmi.

Les réseaux vers l'Etat islamique transitaient le plus souvent par ce petit pays du Golfe. Mais il vient de renforcer sa législation bancaire et sa surveillance sur les collecteur de fonds, selon le journaliste du Figaro.

> L'argent du Qatar

La situation est tout aussi complexe au Qatar, comme l'expliquait à RFI Alain Rodier, du Centre français de recherche sur le renseignement :

"On a fait des raccourcis extrêmement rapides en disant que l’Arabie Saoudite et le Qatar financent l’Etat islamique. Les gens imaginent une enveloppe. Il s’agit en réalité de tout un tas de choses, comme des dons de particulier, de l’armement ou même de l’humanitaire."

L'ONU mène aussi le combat sur ce terrain-là. Elle a infligé des sanctions, début août, à six particuliers de la péninsule arabique qu'elle estimait impliqués dans un soutien à Daesh. 

> Le pactole de Mossoul

L'Etat islamique (EI) a toutefois touché le pactole en prenant possession de la Banque centrale de Mossoul, en Irak, au mois de juin dernier. Le trésor de guerre était estimé à 313 millions d'euros par le gouverneur de la région, soit le budget d'un petit Etat comme le royaume de Tonga ou les Îles Marshall, précise Le Courrier international. Daesh est ainsi devenu le groupe terroriste le plus riche de la planète.

Avec ce butin, ainsi que ceux récoltés dans les banques d'autres villes, la prise de puits de pétrole ou de terres agricoles, le racket et la levée d'impôts, l'EI a pu se constituer un fonds suffisamment important pour payer les salaires des fonctionnaires, comme l'a raconté Libération.

> Trafic d'œuvres d'art

Le Guardian et le New York Times ont également révélé que le trafic d'œuvres d'art assurait une source de revenus à Daesh. Le pillage de la seule région d'al-Nabuk, en Syrie, aurait ainsi rapporté plus de 28 millions d'euros.

Les fouilles seraient simplement encadrées par les jihadistes, qui prélèvent un impôt sur la vente des objets.

> Les enlèvements

Les rançons des enlèvements constituent toujours une source de financement, mais elles ne représentent plus qu'une partie marginale de l'activité économique de Daesh, d'après le Wall Street Journal. L'organisation se concentre aujourd'hui sur le trafic de pétrole par des circuits aussi alambiqués que surprenants.

> 30.000 à 70.000 barils par jour

Selon le journal américain, le groupe jihadiste s'est emparé des champs pétrolifères et gaziers des provinces de Raqqa et de Deir Az-Zor, en Syrie. Il produirait 30.000 à 70.000 barils par jour, vendus de 26 à 35 dollars l'unité sur le marché local. Les acheteurs sont des hommes d'affaire turcs, libanais et irakiens qui détiennent des raffineries sur place.

L'EI possède aussi ses propres raffineries, mais douze d'entre elles ont été bombardées mercredi en Syrie. Préfabriquées et facilement transportables, ces installations sont capables de produire chaque jour pour l'équivalent de 2 millions de dollars (1,57 million d'euros) de recettes, rappelle Le Monde.

Mais le total des profits générés par le pétrole se monterait à 3 millions de dollars par jour selon Luay al-Khatteeb, du Brookings Doha Center, au Qatar.

Le pétrole est parfois acheminé au Kurdistan (qui lutte contre Daesh) par des marchands locaux qui le vendent ensuite à des négociants turcs ou iraniens. Ces derniers le revendent dans leur pays ou… au gouvernement syrien. Le ministère des Affaires étrangères turc reconnaît être dépassé:

"Nous essayons de mettre un terme à ce trafic, mais la frontière est difficile à surveiller".

Depuis le début de la rébellion, les quantités de pétrole saisies ont augmenté de 300% à la frontière turco-syrienne.

> Mesurer l'attaque

Tout le problème qui se pose maintenant à la coalition internationale est de savoir jusqu'à quel point elle peut s'attaquer aux sources de financement de Daesh, comme l'expliquait avant l'intervention militaire Alexander Evans, qui dirige l'équipe chargée du contrôle du financement de l'Etat islamique:

"Toute nouvelle sanction doit trouver un équilibre entre la nécessité de perturber le financement de l'État islamique et celle d'assurer les besoins humanitaires des populations qui souffrent sous sa domination".

Car Daesh, bon gré mal gré, a constitué petit à petit un embryon de structure étatique, ce qui rend à présent son arrachage aux territoires irakiens et syriens beaucoup plus compliqué.

Rémy Demichelis