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Comment l'Etat Islamique se finance

Des images diffusées le 30 juin 2014 montrent des jihadistes de l'Etat islamique parader dans les rues de Raqqa, en Syrie.

Des images diffusées le 30 juin 2014 montrent des jihadistes de l'Etat islamique parader dans les rues de Raqqa, en Syrie. - Welayat Raqa - AFP

EDITO - L'Etat Islamique bénéficie-t-il de soutiens financiers extérieurs? C'est probable, mais cela ne constituerait pas leurs revenus principaux...

Depuis la mort de James Foley, otage américain dont la vidéo de l'exécution a été mise en ligne par l'Etat Islamique, le débat est relancé sur le versement des rançons que certains pays acceptent pour faire libérer leurs otages. Mais au-delà de ces rançons, comment se finance l'Etat Islamique? Deux façons de voir se bousculent.

> L'hypothèse du financement extérieur

C'est l'avis du ministre allemand de l'aide au développement Gerd Müller, qui pointe ouvertement l'État du Qatar. D'autres spécialistes estiment que le financement vient d'Arabie saoudite, mais non pas du Palais royal. En effet, des factions princières, et des prédicateurs influents ainsi que des directeurs d'œuvres charitables sont parfaitement capables de canaliser tout l'argent nécessaire vers l'État islamique.

Notons au passage que l'État du Qatar est davantage attiré par Jabhat al-Nosra, qui est le canal historique orthodoxe al-Qaïda en Syrie. Le pouvoir canalise vers ce groupe-là. Notons aussi qu'une guéguerre larvée entre la monarchie qatarienne et la saoudite fait rage, et que les décideurs au Qatar ne soutiennent jamais précisément le même groupe qu'en Arabie Saoudite. Le premier soutient les Frères Musulmans, le Hamas, et Jabhat al-Nosra, un joli trio. Le second soutient le président maréchal égyptien al-Sissi, et l'État Islamique. Résultat pour la Syrie et l'Irak: les djihadistes de tout bord trouvent du financement chez l'une ou l'autre des monarchies!

> L'hypothèse de l'autofinancement

Pour Romain Caillet, expert des mouvements islamistes cité par l'AFP, l'autofinancement est le pilier de l'État Islamique. Le financement extérieur de personnalités du Golfe représente seulement 5% de ses ressources. Il y a en revanche l'extorsion, les impôts, les taxes imposées aux populations locales, ce qui a rapporté près de 100 millions de dollars l'année dernière. À cela s'ajoutent la contrebande de pétrole et de pièces d'antiquité, les rançons pour des otages occidentaux et les réserves en liquide des banques de Mossoul raflés en juin en Irak, d'un montant de 400 millions de dollars.

Cet avis est partagé par Jean-Charles Brisard, spécialiste en questions de terrorisme et de droit, qui ajoute sur France Info que si il y a plusieurs années encore, l'ancêtre de l'État Islamique dépendait beaucoup de l'aide extérieure, la transition vers l'autofinancement est quasi totale. Et de conclure qu'aujourd'hui l'Etat Islamique risque de se retourner contre les monarchies du golfe, ce qui produit un revirement dans ces régimes qui commencent à réprimer. J'ai personnellement un léger doute là-dessus, car depuis les débuts d'al-Qaïda, les régimes ont réussi à exporter les djihadistes hors de leur royaumes, et l'Etat Islamique ne menace pas encore frontalement.

Harold Hyman