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Les derniers mois de James Foley avant d'être tué par l'Etat Islamique

James Foley, le 5 novembre 2012, à Alep, en Syrie, dix-sept jours avant son enlèvement.

James Foley, le 5 novembre 2012, à Alep, en Syrie, dix-sept jours avant son enlèvement. - Nicole Tung - AFP

Le photo-reporter James Foley a partagé sa cellule durant huit mois avec deux ex-otages français en Syrie. Récit.

La mâchoire anguleuse et le sourire franc de James Foley font la une des médias depuis mercredi, jour où a été authentifiée la vidéo de son exécution barbare, perpétrée par un fanatique de l’Etat Islamique. Le photo-reporter, âgé de 40 ans, avait été capturé le 22 novembre 2012 en Syrie, non loin de la frontière. Il s’apprêtait alors à quitter le pays pour la Turquie. Retour sur les derniers mois de la vie de James Foley.

22 novembre 2012. Ce jour-là, c’est Thanksgiving. James Foley prévoit de rejoindre la frontière turque dans la journée, après un reportage de plusieurs semaines dans la région aux côtés de rebelles syriens. Il s’arrête dans un cybercafé à Binnish pour échanger avec ses proches, puis embarque dans un taxi avec un journaliste britannique et leur "fixeur" syrien. En chemin, trois assaillants armés les arrêtent. Les journalistes et le traducteur se volatilisent.

Mystérieux kidnappeurs

Pendant de longs mois, rien ne filtre sur le sort de James. Les ravisseurs ne communiquent pas avec ses proches. En mai 2013, Philip Balboni, le directeur général du Global Post, média pour lequel il travaillait, rompt le silence et affirme que selon plusieurs sources concordantes, le journaliste est retenu en otage par le régime syrien, près de Damas, et que tout est fait pour les convaincre de le relâcher.

Mais un an plus tard, un journaliste indépendant, James Harkin, contredit cette version. Le reporter est parti sur les traces de James Foley en Syrie. Il publie une longue enquête dans Vanity Fair, repérée par Slate, dans laquelle il affirme être convaincu que le photo-reporter est en réalité détenu par des islamistes syriens d’Al-Nosra, groupe concurrent de l’Etat Islamique.

C’est cependant ces derniers qui ont revendiqué l'exécution de James Foley mardi soir. L’enquête judiciaire en cours devra donc retracer son parcours exact depuis le premier jour de sa captivité, et établir si des liens ont existé entre le régime syrien et l’Etat islamique à son sujet.

"Le souffre-douleur des geôliers"

Mercredi, Didier François, ex-otage français en Syrie, a révélé avoir passé près de huit mois en cellule avec James Foley, de septembre 2013 à sa libération en avril 2014. "C’est un garçon extraordinaire, un superbe journaliste, qui n’a jamais craqué malgré les conditions difficiles", explique-t-il à Europe 1. Il se souvient de quelqu’un "d’extrêmement calme", qui "gardait la tête froide dans les moments de tension", et qui "n’hésitait pas à réclamer à manger" pour ses compagnons de cellule quand la faim se faisait ressentir.

Détail glaçant, Didier François reconnaît que James Foley a plus souffert que les autres détenus du fait de sa nationalité américaine. Nicolas Hénin, ex-otage français, lui aussi détenu avec Didier François et James Foley, confirme dans les colonnes de l’Express. "Il était vraiment plus maltraité. En fouillant dans son ordinateur, ils ont découvert que son frère travaillait dans l’US Air Force. A cause de tout cela, il est devenu le souffre-douleur des geôliers. Il s’en prenait plein la gueule mais restait impassible."

Le Global Post, pour qui travaillait James Foley, a mis à la une de son site une sélection des meilleurs reportages de James Foley, en Libye et en Syrie. Des reportages forts et humains.