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Crash du Boeing 737 en Iran: pourquoi l’enquête s’annonce compliquée

La catastrophe du Boeing 737 de la compagnie Ukraine International Airlines (UIA) s'est produite dans un contexte de graves tensions entre les Etats-Unis et l’Iran, ce qui risque d’entraver la coopération pour faire avancer l’enquête.

L’enquête pour déterminer les causes du crash du Boeing 737 sur le territoire iranien s’avère délicate. Les tensions entre l'Iran et les Etats-Unis risquent en effet d’enrayer la coopération entre les pays concernés par le drame survenu mercredi, peu après le décollage de l’avion de la compagnie ukrainienne.

L’appareil a décollé mercredi à 3h40 (heure française), de l'aéroport Imam Khomeiny de Téhéran, en direction de l'aéroport Boryspil de Kiev. Le vol PS752 d'Ukraine International Airlines a disparu des écrans radars après deux minutes de vol alors qu'il avait atteint une altitude de 8000 pieds (environ 2400 mètres).

"Selon des témoins oculaires [...] un incendie a été observé dans l'avion et a gagné en intensité", précise l’Organisation de l'aviation civile iranienne (CAO). Après ce départ de feu d'origine encore indéterminée, l'avion a changé de direction, et, selon la CAO, il "était sur le chemin du retour à l'aéroport" quand il s'est écrasé, avec 176 personnes à bord, dans un parc de loisirs près de Chahriar, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Téhéran.

"Cela risque d'être un peu compliqué"

Qu’est-ce-qui a pu causer cet incendie à bord? En théorie, la responsabilité des investigations incombe à l'Etat où s'est produit l'accident, en l'occurrence l'Iran. Le pays où a été conçu et construit l'appareil (ici les Etats-Unis) et celui de l'exploitant (l'Ukraine) "ont chacun la faculté de désigner un représentant accrédité qui participera à l'enquête", stipule la convention de Chicago de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).

Le Conseil de la sécurité des transports américain (NTSB) devrait donc y participer en faisant appel à l'expertise de Boeing, observe Jean-Paul Troadec, ancien directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), l’équivalent français du NTSB. Mais "là, ça risque d'être un peu compliqué", estime-t-il.

"Pour participer à l'enquête, les Etats-Unis doivent être invités par les Iraniens", ajoute un responsable américain sous couvert d'anonymat.

Reste que l’Iran ne semble pas vouloir jouer le jeu de la collaboration. Si le chef de l'Organisation iranienne de l'aviation civile, Ali Abedzadeh, a indiqué que "les Ukrainiens pourraient participer" à l'enquête, il a refusé d'envoyer les boîtes noires aux Etats-Unis. Or, lire les données des enregistreurs de vol peut s’avérer compliqué "s’ils sont en très mauvais état; il faut des laboratoires qui aient une expérience, des capacités, des moyens". Et ils sont peu nombreux en dehors du NTSB américain, du BEA français, de l'AAIB britannique, de leur homologue allemand et "peut-être des Russes", souligne Jean-Paul Troadec.

"A ce stade, le BEA n'envoie pas d'enquêteurs sur place et n'a pas reçu de demande d'assistance de la part des autorités iraniennes", a commenté l'organisme français.

Les boîtes noires envoyées "à l'étranger" 

L'Organisation de l'aviation civile iranienne (CAO) a toutefois indiqué que les boîtes noires, retrouvées dès mercredi, seraient envoyées "à l'étranger". Les Etats-Unis ont de leur côté appelé à la "pleine coopération avec toute enquête sur les causes."

En attendant plus de précisions, "ce qui va être dans l'immédiat plus important que la lecture des enregistreurs, c'est l'examen des débris de l'avion", qui peuvent donner des indications sur les causes du crash, note Jean-Paul Troadec.

En l’absence de réponses concrètes, plusieurs hypothèses apparaissent. Les autorités ukrainiennes étudient notamment la piste d'un tir de missile antiaérien, de l'explosion d'une bombe placée à bord, de la collision de l'avion avec un drone ou encore d'une déflagration du moteur "pour raisons techniques". Mais pour l'instant, "aucune n'est prioritaire", précise Serguiï Danylov, secrétaire du Conseil ukrainien de sécurité et de défense nationale.

Ambre Lepoivre avec AFP