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Covid-19: ces pays qui se laissent tenter par les vaccins russes et chinois

Un médecin en train de tenir une dose du vaccin russe Spoutnik V en décembre 2020.

Un médecin en train de tenir une dose du vaccin russe Spoutnik V en décembre 2020. - Pavel KOROLYOV

Face au manque de doses pour pouvoir vacciner en masse, certains pays européens ne ferment plus la porte aux vaccins russes et chinois. Après la Hongrie, l'Allemagne s'intéresse à son tour au Spoutnik V, surtout après la parution de résultats positifs sur son efficacité.

Face à la résurgence du virus et de ses variants sur le continent européen, l'urgence est à la vaccination massive. Mais la campagne vaccinale de l'Union européenne piétine, en raison d'un manque de doses, notamment dû à des retards de livraison des laboratoires, notamment ceux du britannique AstraZeneca.

Pour tenter de contenir la grogne européenne, une réunion au sommet s'est d'ailleurs tenue lundi à Berlin sous la présidence d'Angela Merkel et plusieurs groupes pharmaceutiques en vue de tenter de relancer la campagne de vaccination. Et ces derniers jours à la surprise générale, l'Allemagne n'exclut plus d'avoir recours au vaccin russe, au sujet duquel la Russie avait été accusée de manquer de transparence, ni même au vaccin chinois pour pallier le manque de doses.

"Qu'importe le pays où il est produit"

Dans une interview en direct à la télévision ce mardi, la chancelière Angela Merkel s'est dite ouverte à l'idée, sous conditions. "Toux ceux qui obtiennent une autorisation de l'Agence européenne des médicaments seront absolument bienvenus", a-t-elle déclaré, affirmant avoir parlé précisément "de ce point avec le président russe".

"Si un vaccin est sûr et efficace, qu'importe le pays où il est produit, il peut évidemment nous aider dans notre lutte contre la pandémie", avait également déclaré Jens Spahn, le ministre de la Santé allemand dimanche au journal Krankfurter Allgemeine.

La semaine dernière, la Russie s'est dite prête à fournir 100 millions de doses de son vaccin Spoutnik V à l'Europe d'ici le deuxième trimestre de 2021, ce qui pourrait permettre de vacciner 50 millions de citoyens européens. D'abord accueilli avec scepticisme, le vaccin russe a depuis convaincu des experts de son efficacité. Une demande d'autorisation a d'ailleurs été déposée à l'Agence européenne du médicament (EMA) pour ce vaccin jugé efficace à 91% par la revue médicale The Lancet.

La Hongrie opère de son côté

Pour autant, le Spoutnik V n'est pas inclus dans les contrats de précommandes qui ont été signés par la Commission européenne, qui négocie au nom des 27. Cela s'explique par le fait qu'il était encore en cours de réalisation au moment des précommandes européennes: certaines données manquaient donc encore à l'appel pour l'UE.

Sur fonds de critiques à l'égard de la lenteur de Bruxelles, la Hongrie a été la première à donner son feu vert au produit développé par Moscou, séparément du reste de l'Union la semaine dernière. Un "premier lot" de 40.000 doses est arrivé ce mardi dans le pays, selon le ministre des Affaires étrangères, qui a tenu à rappeler que deux millions de doses devaient être fournies au total sur trois mois.

"Nous avons été les premiers dans l'UE mais nous ne serons probablement pas les derniers", a insisté ce proche du Premier ministre nationaliste Viktor Orban, évoquant les "voix qui s'élèvent en Europe occidentale pour demander l'examen des vaccins russe et chinois".

Bientôt d'autres pays, dont la France?

De la même manière, la Hongrie est devenue vendredi le premier pays de l'Union européenne à approuver le vaccin du laboratoire chinois Sinopharm, efficace à 79% contre le Covid-19, dont elle a aussitôt commandé 5 millions de doses. Dans une volonté de se démarquer au sein de l'UE, le Premier ministre souverainiste Viktor Orban est allé jusqu'à déclarer qu'il opterait pour ce vaccin quand son tour viendrait, étant celui en lequel il a "le plus confiance".

"Les Chinois ont la plus longue expérience de ce virus, ils sont donc probablement les mieux informés", a-t-il ajouté, défendant le droit de "se fournir partout". Pour accélérer le processus, le gouvernement prépare un décret qui permettra d'homologuer tout vaccin qui a déjà été reçu par plus d'un million de personnes.

Pour appuyer sa décision, le gouvernement hongrois cite volontiers l'exemple de son voisin serbe, premier pays d'Europe à administrer le produit chinois. La Serbie, qui ne fait pas partie de l'UE et soigne ses relations avec Moscou et Pékin, a commencé une campagne de vaccination à grande échelle avec le vaccin chinois Sinopharm, dont ce pays de sept millions d'habitants a reçu un million de doses. Le pays a aussi autorisé le vaccin russe Spoutnik, en plus de celui de Pfizer-BioNTech.

Mais contrairement au laboratoire russe, les laboratoires chinois Sinopharm ou Sinovac n'ont pas déposé de demande d'enregistrement à l'Agence européenne du médicament (EMA). Il n'est cependant pas impossible que dans les prochains mois, le vaccin russe - ou même les vaccins chinois, si leurs données étaient consolidées - soient validés par l'EMA, et viennent s'ajouter aux doses déjà distribuées en Europe, et donc en France.

Jeanne Bulant avec AFP Journaliste BFMTV