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Coronavirus: un "journaliste citoyen" chinois publiant des vidéos depuis Wuhan porté disparu

Chen Qiushi est venu à Wuhan la veille de la mise en quarantaine de la ville. Depuis, il publie régulièrement des vidéos pour rendre compte de la situation. Une action risquée alors que cet avocat de profession n'a aucun certificat officiel pour faire du journalisme.

Depuis plusieurs semaines, deux activistes chinois relatent depuis Wuhan, ville où a été détectée l'épidémie de coronavirus, le quotidien de la population totalement coupée du monde, à travers des vidéos filmées avec leur téléphone portable et postées sur les réseaux sociaux. Ce vendredi, la mère de l'un d'entre eux, Chen Qiushi, a lancé une alerte: son fils est porté disparu depuis près de 24 heures.

"Le journaliste citoyen chinois Chen Qiushi est disparu depuis 7h du soir hier. Il et venu à Wuhan pour couvrir l'épidémie de coronavirus. Sa famille et ses amis sont très inquiets", peut-on lire sur son compte Twitter.

Chen Qiushi est venu à Wuhan la veille de la mise en quarantaine de la ville. Depuis, il publie régulièrement des vidéos pour rendre compte de la situation. Une action risquée, alors que cet avocat de profession n'a aucun certificat officiel pour faire du journalisme, rappelle L'Obs. Si ces vidéos sont normalement bloquées en Chine, de nombreux internautes ont recours à des VPN pour y avoir accès.

Dans une vidéo publiée le 30 janvier dernier, Chen Qiushi, ému, décrit ainsi la situation dans un hôpital. Il montre une femme assise près du cadavre d'un homme sur un fauteuil roulant, qui multiplie les appels pour trouver quelqu'un pour l'aider à déplacer le corps, relate le site d'actualité américain Quartz

Arrêté par les autorités?

Interrogé par le magazine, Chen Qiushi a expliqué avoir peur des autorités. "La police de ma ville natale est allée voir ma famille car elle n'arrivait pas à me trouver. Ils n'ont pas osé venir à Wuhan. Ils leur ont dit de ne pas proférer de rumeurs...", explique t-il. "Si je dis où je suis, je risque d'être arrêté. Mais il ne faut pas que j'y pense, sinon je vais avoir peur de faire quoi que ce soit." 

Quelques jours auparavant, un autre activiste qui, lui aussi, s'est donné pour mission d'informer la communauté internationale sur la situation à Wuhan, avait été arrêté par la police. Fang Bin avait posté sur Twitter une vidéo prétendant montrer les cadavres de victimes du coronavirus, explique Amnesty International. Il avait été libéré quelques heures plus tard.

Depuis plusieurs jours, de nombreux Chinois accusent le gouvernement de cacher la réalité de l'épidémie, notamment dans les hôpitaux. La polémique a pris un nouveau tournant ce vendredi avec la mort de Li Wenliang, un ophtalmologue de 34 ans originaire de Wuhan. Il avait été l'un des premiers à avertir de la présence d'un nouveau coronavirus en Chine et avait été convoqué par la police, qui l'accusait de propager des rumeurs avec sept autres personnes. Quelques heures après l'annonce de sa disparition, de nombreux Chinois l'érigent en héros national. 

Cyrielle Cabot