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Contre l'Etat islamique, quelle stratégie pour les Etats-Unis?

Le président américain Barack Obama lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le 18 août 2014.

Le président américain Barack Obama lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le 18 août 2014. - Saul Loeb - AFP

Le président américain Barack Obama doit annoncer, dans la nuit, son plan d'action contre l'Etat islamique, qui contrôle de larges pans de territoires en Irak et en Syrie.

La stratégie des Etats-Unis contre l'Etat islamique passera-t-elle par des frappes en Syrie? Le Président américain doit présenter ce mercredi soir sa stratégie contre le groupe jihadiste qui sévit en Irak et en Syrie, au cours d'une allocution solennelle à la Maison Blanche. Déterminé à combattre l'EI partout où se trouvent ses cibles stratégiques, Barack Obama devrait annoncer, selon la presse américaine, qu'il autorise des frappes aériennes en Syrie, un mois après avoir lancé une campagne de frappes au-dessus de l'Irak. Quelle peut être la stratégie des Etats-Unis, et plus largement, de la coalition dont fait partie la France, en Irak et Syrie? BFMTV.com fait le point.

• Que peut faire Barack Obama contre l'EI?

Pour les experts, Barack Obama n'a pas d'autre choix que de répliquer par la force à Daech (le nom arabe de l'Etat islamique). "La stratégie contre l'EI ne peut être que militaire puisque les jihadistes gagnent du terrain en permanence, avec des phases d'avancée et de recul. Ils menacent des populations, les Kurdes au Nord et les Irakiens au Sud", rappelle à BFMTV.com Jean-Claude Allard, directeur de recherche à l'IRIS, spécialiste des questions de défense et de sécurité.

De plus, le président américain s'est déjà engagé sur ce terrain en menant, depuis le 8 août, 148 bombardements en Irak pour frapper les jihadistes, et en déployant 800 conseillers militaires et soldats. "Ce qu'il lui fallait, et il est en train de l'obtenir, c'est un soutien politique. Les alliés vont l'aider. Son action est donc confortée", fait valoir Jean-Claude Allard.

Barack Obama est également assuré du soutien de l'opinion publique puisque selon un sondage publié mardi par le Washington Post, 91% des Américains estiment que l'EI représente une menace sérieuse pour les intérêts nationaux, et 65% pensent qu'il faut étendre les frappes à la Syrie.

• Quel type de réponse militaire les Etats-Unis peuvent-ils apporter?

"La réponse étant déjà enclenchée depuis un mois, ce qu'Obama va annoncer comme étant une 'stratégie', c'est la continuation de ces frappes, assortie d'un renforcement et d'hommes au sol, chargés de conseiller les Kurdes et l'Etat irakien, mais aussi de recueillir des renseignements et de guider des avions pour les frappes", détaille Jean-Claude Allard. Une stratégie déjà rodée en Afghanistan, au début de la guerre.

Quant à savoir si une intervention au sol est possible, l'expert est formel sur sa dangerosité: "Ces hommes au sol ne participeront pas aux combats et il ne faut surtout pas qu'ils soient en première ligne, car si un seul soldat américain est fait prisonnier, il sera décapité en public", estime-t-il.

Pour le général Vincent Desportes, spécialiste des questions militaires, l'action doit se faire en deux étapes. "Dans un premier temps, il faut endiguer le développement de l'Etat islamique, et dans un second temps, il va falloir le refouler. Il est évident que les frappes aériennes ne suffiront pas pour la phase de refoulement. Il faudra donc que des troupes au sol interviennent. S'agira-t-il de troupes occidentales? Rien n'est moins sûr. La manœuvre va certainement consister à aider l'armée irakienne et les combattants kurdes", a-t-il expliqué, sur BFMTV.

• Des frappes sur la Syrie sont-elles envisageables?

Selon le Washington Post et le New York Times, qui citent des experts ayant dîné avec le Président en début de semaine, Barack Obama devrait notamment annoncer l'extension des frappes aériennes à la Syrie. "C'est absolument indispensable", estime Vincent Desportes. "Cela n'aurait aucun sens d'aller uniquement frapper l'adversaire en Irak, quand on sait qu'il ne tient pas compte des frontières".

Toutefois, la décision est lourde pour Barack Obama, étant donné que combattre l'EI en Syrie revient à porter secours à Bachar al-Assad, ennemi désigné, qu'il était encore question de frapper il y a tout juste un an. De plus, Damas a prévenu Washington que des frappes américaines sur le territoire syrien sans son aval seraient considérées comme une "agression"

"Les Etats-Unis disposent de trois options militaires en Syrie", explique Jean-Claude Allard. "Ils peuvent se coordonner avec Damas, ce qui semble exclu. Ils peuvent aussi tenter d'envoyer des avions en Syrie, en menant au préalable une 'opération de suppression des défenses aériennes', c’est-à-dire une destruction de tous les sites de lancement de missiles de la Syrie, pour assurer la sécurité des pilotes contre d'éventuels tirs. Enfin, ils peuvent opter pour le tir de missiles de croisière, des missiles à longue portée non pilotés, que la Syrie serait incapable d'arrêter".

• Quel rôle pour la coalition et pour la France?

La coalition internationale, composée, pour l'heure, de plus de 40 pays, apporte un appui politique de taille à Barack Obama. Si la plupart des pays se sont engagés à livrer du matériel militaire ou humanitaire, la France et le Royaume-Uni, qui ont livré des armes aux peshmergas kurdes, sont en première ligne pour aider militairement les Etats-Unis en participant aux frappes au-dessus de l'Irak.

François Hollande doit notamment se rendre en Irak vendredi pour rencontrer son homologue Fouad Massoum, à qui il apportera son soutien dans la lutte contre Daech. Le chef de l'Etat devrait sans nul doute profiter de cette visite pour faire une annonce et rappeler que la France est aux côtés des Etats-Unis dans le combat contre l'EI. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a d'ores et déjà indiqué, ce mercredi, que la France serait prête à agir en Irak via une action militaire aérienne "si nécessaire", et dans des "modalités" différentes en Syrie. 

Adrienne Sigel