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Assiste-t-on à un tournant dans la guerre en Syrie?

A Alep, des Syriens manifestent leur joie à la suite d'une victoire des rebelles, le 6 août 2016.

A Alep, des Syriens manifestent leur joie à la suite d'une victoire des rebelles, le 6 août 2016. - THAER MOHAMMED / AFP

Utilisation d'armes chimiques contre la population, terrorisme, jihadisme, la guerre civile en Syrie semble s'enliser et le nombre de morts augmente quotidiennement. Mais le rapport de forces est sur le point d'évoluer. Le point sur la situation.

L'évacuation vendredi 26 août de Daraya, l'un des berceaux de la révolte contre le régime syrien, illustre l'évolution du rapport de force entre les différents participants à une guerre qui dure depuis plus de cinq ans. 

Pour rappel, le conflit en Syrie débute en mars 2011, dans le sillage du Printemps arabe, lorsqu'une partie de la population se soulève contre Bachar al-Assad, qui réprime durement le mouvement.

Mais entre les différents courants religieux au sein de la population, la montée en puissance de groupe jihadistes et l’entrée en jeu d’acteurs extérieurs, le pays devient peu à peu une tourbière. Le point sur la situation actuelle, les forces en présence, et les alliances de circonstance. 

Des armes chimiques utilisées

Aujourd'hui, l'un des fléaux de ce conflit est la présence d’armes chimiques. Mercredi 24 août, un nouveau rapport de l’ONU a révélé que l’armée syrienne avait mené des attaques chimiques en Syrie, et que l’organisation de l’Etat Islamique (EI) avait eu recours à l’utilisation du gaz moutarde. Au total, neuf attaques chimiques ont eu lieu dans le pays. Lors des deux dernières attaques du régime, des hélicoptères auraient répandu du gaz de chlore sur deux villes de la province d’Idlib et Sarmin, en avril 2014 et mars 2015.

Le jour où l’ONU a annoncé l’utilisation d’armes chimiques dans le pays a aussi été marqué par une nouvelle offensive lancée par la Turquie. Des chars turcs et des centaines de combattants rebelles sont ainsi entrés dans le territoire syrien pour reprendre la localité de Jarablos, aux mains de Daesh. L’intervention turque soulève de nombreuses questions, notamment pourquoi intervenir maintenant, alors que Jarablos est occupée depuis 3 ans par l’EI. Il faut préciser qu’Ankara souhaite également empêcher la prise de contrôle de la ville par les Kurdes.

François Hollande a déclaré pouvoir “comprendre l’attitude” du président turc Recep Tayyip Erdogan tandis que la Russie s’est dite “profondément préoccupée” par cette intervention “inquiétante”.

"Une catastrophe humanitaire sans précédent"

Une mésentente qui n’a pas empêché les président turc et russe de tomber d’accord ce vendredi 26 août pour accélérer l’aide humanitaire dans la province d’Alep. L’ONU a averti qu’Alep est menacée d’”une catastrophe humanitaire sans précédent” depuis le début de la guerre en Syrie.

Parallèlement, la Chine, a annoncé cette semaine former dans son pays des membres de l’armée gouvernementale syrienne dans les domaines de la médecine et des soins. Pékin, soutien du régime syrien, est proche de Moscou. Ces deux derniers réalisent régulièrement des frappes aériennes en Syrie contre l’EI mais aussi contre les rebelles.

Cette fin de semaine a aussi été marquée par la reprise de la ville de Daraya, près de Damas, par le régime syrien. Ce vendredi 26 août, les premiers rebelles et leurs familles ont commencé à quitter la ville qu’ils ont défendue avec acharnement durant quatre ans face au régime. Fief rebelle très symbolique, Daraya a été l'une des premières villes à se soulever contre le régime en 2012, et l'une des premières aussi à être assiégées. La ville était quotidiennement visée par des barils d'explosifs.

Qui combat qui ?

Le principal front de la guerre en Syrie oppose le régime de Bachar al-Assad et les rebelles syriens. L’armée gouvernementale, composée de 300.000 hommes, fait face à une alliance anti-régime appelée l’Armée de la conquête. Cette armée de rebelles rassemble des islamistes, qui réclament la charia, comme Ahrar al-Cham ou Faylaq al-Cham et des jihadistes, comme le Front Fateh al-Cham (anciennement le Front al-Nosra, qui a renoncé à son rattachement au groupe terroriste Al-Qaïda).

L’objectif des deux groupes: s’emparer de la ville d’Alep, dans le nord du pays, aujourd’hui divisée et dévastée. La capitale économique du pays est occupée à l’Est par les rebelles, à l’Ouest par le régime.

Une seule guerre, plusieurs fronts

Le régime syrien combat aussi le groupe de l’Etat Islamique (EI). Si l’armée a réussi, fin mars, à chasser l’EI de la cité antique de Palmyre, Daesh occupe toujours la ville de Taqba, dans le nord du pays.

Le troisième front auquel s’attaque l’armée syrienne, ce sont les Kurdes. L’aviation syrienne a frappé les Kurdes à la mi-août, une attaque inédite qui a poussé les Etats-Unis à intervenir pour la première fois directement contre le régime syrien. En effet, des forces spéciales américaines conseillent les combattants kurdes dans le pays, le président Barack Obama a donc envoyé des avions pour protéger ses hommes.

Parallèlement en Syrie, les Kurdes combattent l’EI. Les Kurdes, dispersés dans quatre pays, forment le plus grand peuple apatride du monde. Depuis 2012, ce peuple a établi une semi-autonomie dans le nord et nord-est de la Syrie, région dans laquelle ils combattent l’Etat Islamique, sous la banderole du PYD, le Parti de l’Union Démocratique. Ce sont les Kurdes qui dominent les Forces démocratiques syriennes, une alliance antijihadiste qui comprend aussi des combattants arabes.

Les rebelles syriens, opposés au régime de Bachar al-Assad tentent aussi de combattre l’EI. 

Un pays dévasté économiquement

Une des victimes de la guerre civile est l’économie du pays. Depuis le début du conflit en mars 2011, la livre syrienne a perdu 90% de sa valeur par rapport au dollar.

La Syrie, qui produisait son propre carburant est maintenant obligée de l’acheter à l’étranger, car la plupart de ses champs pétroliers sont tombés en 2013 aux mains des jihadistes de l’EI ou des milices kurdes. Depuis deux semaines, la population se presse devant les stations essences du pays.

Avant la guerre, le pays fabriquait 380.000 barils de pétrole par jour, aujourd’hui la production est tombée à 8.120 barils quotidiens.

Marine Henriot