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Typhon aux Philippines: pourquoi l’aide tarde à arriver

Un avion de la Croix-Rouge allemande quitte Berlin mercredi pour les Philippines. Les ONG ont du mal à accéder aux zones sinistrées aux Philippines.

Un avion de la Croix-Rouge allemande quitte Berlin mercredi pour les Philippines. Les ONG ont du mal à accéder aux zones sinistrées aux Philippines. - -

Cinq jours après le passage du typhon Haiyan sur les Philippines, les secours progressent lentement vers les zones sinistrées. Comment s’organisent les interventions, et pourquoi le bilan est-il si lourd? Eléments de réponses.

Haiyan, un nom qui laissera aux Philippins un souvenir tragique. Alors que l’ONU et les autorités philippines se contredisent sur le nombre de morts causés par le passage du typhon, les organisations non-gouvernementales tentent d’arriver sur place. Une mission compliquée, dans un pays fragile.

> Un bilan incertain

Le typhon Haiyan est "le plus violent de l’histoire des cyclones", explique Antoine Peigney, directeur des relations et des opérations internationales à la Croix-Rouge. "Il s’est abattu sur une zone fragile, et densément peuplée." Une zone par ailleurs atteinte régulièrement par les tempêtes tropicales, où l’habitat est souvent précaire: "certains quartiers sont vétustes, les gens vivent dans des cabanes de tôle", décrit Antoine Peigney. "Mais même les habitations solides ont été emportées. Vu la violence du vent, et la hauteur des vagues, tout a été balayé – solide ou pas."

Alors que les autorités locales et l’ONU évoquaient jusqu’à présent 10.000 morts, le président philippin a annoncé à CNN que le bilan pourrait être revu à la baisse – entre 2.000 et 2.500 personnes auraient perdu la vie pendant le passage du typhon, il y a cinq jours. Les autorités parlent de leur côté de 1.833 victimes, 2.600 blessés et 582.000 déplacés. Michel Janssens, directeur de la communication de Médecins sans frontières, voit dans ces bilans "une course macabre aux chiffres". "Il est de toute façon très difficile d’établir un bilan précis tant que les gravats n’ont pas été dégagés", explique-t-il.

Cependant, de nombreux villages côtiers sont toujours hors d’accès pour les sauveteurs, d’où la difficulté d’établir un bilan définitif. Au total, l'ONU estime que plus de 11 millions d'habitants, soit plus de 10% de la population du pays, ont été affectés par cette catastrophe, dont 673.000 ont été déplacés. Et selon l'Organisation internationale du Travail (OIT), quelque trois millions de personnes ont perdu temporairement ou définitivement leur moyen de subsistance.

> Un accès difficile aux zones sinistrées

L’aide intervient en deux temps: les militaires philippins interviennent les premiers, "parce qu’ils disposent d’hélicoptères et d’avions indispensables", explique Michel Janssens, directeur de la communication de Médecins sans frontières. Ils ont d’abord pour tâche de rendre de nouveau les routes praticables afin de faciliter l’organisation de l’aide humanitaire. Ils doivent aussi sécuriser les zones pour empêcher des pillages. Pendant ce temps, les rescapés s’entraident, "le temps que les organisations arrivent sur place", explique Michel Janssens.

L’arrivée sur place de l’aide internationale est rendue très compliquée par l’accès aux zones touchées. "Déjà parce qu’un typhon ne s’arrête pas du jour au lendemain: souvent, la météo est très mauvaise après son passage", rappelle Antoine Peigney, ce qui rend les atterrissages compliqués. "Et puis, on veut tous se poser le plus près possible des zones en question, mais cela constitue un embouteillage inévitable. D’autant plus que l’aéroport de Tacloban, le plus proche, n’est pas opérationnel. Il est petit, et endommagé. C’est une difficulté supplémentaire". Les ONG sont donc toutes à Cebu actuellement, en attendant

> Une aide en deux temps

Une fois sur place, les ONG prodiguent une aide d’urgence immédiate: "il s’agit de soigner les blessés, de fournir des tentes et de la nourriture aux survivants", précise Antoine Peigney. "On essaie également de regrouper les survivants et de mettre en place des services permettant de retrouver les disparus", renchérit Michel Janssens.

Dans un second temps, les ONG vont entrer dans une aide post-urgence. "Cela passe par la stabilisation des personnes soignées, la distribution alimentaire." Une aide qui peut durer plusieurs semaines, ou plusieurs mois. "Cela dépend de la pauvreté des gens sur place, et de la capacité du gouvernement à établir un plan de reconstruction". A ce moment, celui-ci peut faire appel à des ONG pour une troisième phase, celle de la reconstruction. "Mais certains pays ne le font pas", précise Antoine Peigney.

> Une capitale épargnée

Contrairement à Haïti, où la capitale Port-au-Prince abritant les institutions avait été quasiment rayée de la carte lors du séisme de janvier 2010, la capitale des Philippines, Manille, a été épargnée. "Cela rend clairement les choses plus simples", reconnaît Michel Janssens. "La coordination est plus organisée qu’en Haïti", reconnaît de son côté Antoine Peigney. "Les autorités philippines sont plus préparées, donc la mécanique de coordination et d’action est présente."

La catastrophe en Haïti avait laissé le souvenir amer d’un chaos total, alors que 70% des bâtiments avaient été détruits, et un tiers des fonctionnaires de Port-au-Prince avaient succombé au sésime. Le travail collectif avait été rendu très difficile. Même problème après le tsunami de fin décembre 2003 en Asie du Sud-Est. En Inde, "on avait vu des projets similaires se monter à quelques mètres d’écart", se souvient dans Le Parisien Martin Spitz, responsable des solidarités à la Fondation de France.

Ariane Kujawski