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Qui sont les candidats qui osent se présenter face à Vladimir Poutine?

Le président russe Vladimir Poutine lors d'un meeting de soutien à sa candidature à Moscou, le 3 mars 2018.

Le président russe Vladimir Poutine lors d'un meeting de soutien à sa candidature à Moscou, le 3 mars 2018. - Kirill Kudryavtsev - AFP

Si la réélection de Vladimir Poutine à la tête de la Russie n'est pas un mystère, sept candidats se présentent pourtant à ses côtés. Des vieux briscards de la politique comme Babourine ou Jirinovski à la jeune Sobtchak, franche mais impopulaire, qu'ont-ils à tirer de ce scrutin joué d'avance?

Le 18 mars se tiendra le premier - et peut-être l'unique - tour de l'élection présidentielle en Russie. Si huit candidats se présentent, l'issue semble bien certaine. Crédité de près de 70% des intentions de vote dans un dernier sondage, Vladimir Poutine devrait rempiler pour un quatrième mandat.

Hormis une ellipse de quatre ans, entre 2008 et 2012, où Dmitri Medvedev a endossé le costume de président et Poutine celui de Premier ministre, cela fait presque 19 ans que l'ancien officier du KGB est à la tête de la Russie.

Qui ose donc se présenter face à l'homme fort de la fédération depuis tant d'années, toujours aussi populaire auprès de son électorat? Factuellement, ils sont sept: Pavel Groudinine (Parti communiste), Vladimir Jirinovski, (Parti libéral-démocrate de Russie), Sergueï Babourine (Union nationale russe), Grigori Iavlinski (Iabloko), Boris Titov (Parti de la croissance), Maxim Souraïkine (Communistes de Russie) et Ksenia Sobtchak (Initiative civile).

Anna Colin Lebedev écarte d'emblée Titov et Souraïkine, "enregistrés mais pas de véritables candidats". "L'ensemble des candidats, à part Groudinine qui incarne le 'changement de visage' du Parti communiste et Sobtchak, sont très bien connus du peuple russe", commente la chercheuse sur la Russie contemporaine auprès de BFMTV.com.

"Ils rejouent en permanence le même jeu de rôles"

"Ce sont des vieux de la vieille qui étaient déjà là avant Vladimir Poutine. Ils rejouent en permanence le même sketch, le même jeu de rôles et sont vraiment là pour entretenir la place politique de leurs formations respectives", commente la maîtresse de conférences à l'université de Nanterre.

"De manière générale, ils ne font pas campagne contre Vladimir Poutine", précise-t-elle. Celui-ci ne participe pas aux débats entre candidats. Il ne l'a d'ailleurs jamais fait, de toute sa carrière présidentielle.

Pourquoi donc participer à une campagne dont il n'y a rien à retirer pour les candidats?

"Au-delà de Vladimir Poutine, il y a une classe politique et des rôles à distribuer, avec des ressources à la clé", explique la spécialiste à BFMTV.com. "Ce qui est important, ce n'est pas qui sera le n°1, mais qui sera le n°2 et avec quel score", illustre-t-elle, citant par exemple l'affaiblissement du Parti communiste, "éternel second".

Cette année, une personnalité se détache toutefois du théâtre politique habituel. Ksenia Sobtchak, 36 ans, fille de l'ancien maire de Saint-Pétersbourg et mentor de Poutine Anatoli Sobtchak. Là où le peuple et la classe politique russes attendaient une actrice et ancienne présentatrice de télé-réalité, c'est la diplômée en relations internationales, journaliste et militante politique qui s'affirme aujourd'hui dans la campagne présidentielle.

Ksenia Sobtchak, "une personnalité complexe et atypique"

"Ksenia Sobtchak est une personnalité complexe et atypique à plusieurs égards", commente Anna Colin Lebedev, qui a été sa professeure pendant un semestre.

"D'un côté, on a quelqu'un qui, du point de vue familial, est issue d'un milieu proche de Vladimir Poutine, (...) qui ne la touche pas trop par respect pour son mentor. Ça lui confère une certaine capacité à dire des choses que d'autres ne peuvent pas. D'une manière très privée et personnelle, elle est intouchable pour l'instant", juge-t-elle.

Après une carrière de "starlette de télévision", Sobtchak a "complètement changé de métier et d'attitude au moment où Poutine devenait de plus en plus autoritaire dans sa manière de gouverner", poursuit la chercheuse pour BFMTV.com. Déjà lors de la campagne de 2011-2012, elle avait été active dans les milieux d'opposition.

Ces derniers mois, elle a notamment dénoncé le caractère homophobe d'une vidéo incitant les Russes à aller voter, dans un pays où la "propagande homosexuelle" est interdite. Elle a aussi manifesté pour les droits de l'Homme en Tchétchénie, critiqué l'annexion de la Crimée et parle de protection sociale, jusqu'au fonctionnement même de la Russie. 

Du fait de son statut, elle peut se permettre d'aborder des sujets sur lesquels d'autres n'oseraient pas s'aventurer.

"Elle a un discours sur la nature du régime politique, de la démocratie, sur ce que Poutine n'arrive pas à faire, sur le type d'Etat dans lequel elle aimerait vivre et que ses enfants vivent", détaille Anna Colin Lebedev, qui estime que "son objectif est d'introduire un peu de politique dans cette campagne qui en a perdu et d'éveiller un peu les consciences".

La candidate ne manque pas non plus de répartie. Copieusement insultée par son rival, l'ultra nationaliste Vladimir Jirinovski à la télévision, elle lui a jeté un verre d'eau à la figure en plein débat.

"Les opposants radicaux ne sont pas admis à concourir"

Pour autant, "les opposants radicaux à Poutine ne sont pas admis à concourir", fait remarquer la chercheuse. Pour ne citer que lui, Alexeï Navalny a été déclaré inéligible en raison d'une condamnation judiciaire et est régulièrement interpellé en raison de manifestations interdites par le Kremlin.

Le principal adversaire de Poutine se retrouve être l'abstention, deuxième enjeu de la présidentielle pour la classe politique au pouvoir. "(Il) va être élu dès le premier tour de toute façon", avance la maîtresse de conférences, qui pense qu'il n'a pas besoin de falsification pour repasser.

"Mais l'idée est qu'il soit élu avec un beau score, par tout un tas de moyens légaux et illégaux", poursuit-elle. Et de citer les vidéos incitant à aller voter, les réunions d'information dans les écoles, l'obligation informelle pour les fonctionnaires d'aller voter, etc.

Mais au-delà du scrutin du 18 mars, c'est sur celui de 2024 que les regards se concentrent selon Anna Colin Lebedev: "Ce mandat est a priori le dernier de Poutine: il se passe quoi ensuite?"

Liv Audigane