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Nouvelle guerre froide contre la Russie, une réelle possibilité

Vladimir Poutine, François Hollande et Angela Merkel à Moscou le 6 février 2015.

Vladimir Poutine, François Hollande et Angela Merkel à Moscou le 6 février 2015. - Maxim Zmeyev - Pool - AFP

Vladimir Poutine tire son pays vers un long affrontement avec l'Occident, alors que les Occidentaux redoutent une nouvelle guerre froide.

L'initiative diplomatique franco-allemande pour sortir de la crise en Ukraine de l'Est montre le peu de goût qu'ont François Hollande et Angela Merkel pour une nouvelle guerre froide dirigée contre la Russie de Poutine.

Depuis vingt ans, les dirigeants successifs français et allemands ont misé gros sur le rapprochement économique avec la Russie. La deuxième et sanglante guerre de Tchétchénie, en 1999 a été pardonnée à Poutine. Mais son hostilité aux droits de l'homme en général, ressemblant à une répudiation de l'influence occidentale, a commencé à irriter.

Pour Poutine les idées occidentales doivent être filtrées, diminuées, restreintes. Les Occidentaux n'ont pas eu le problème inverse puisque les idées russes n'ont qu'une faible influence et ne menacent pas les cercles du pouvoir. Certes le sentiment pro-russe en France et dans la Vieille Europe est fort, mais c'est surtout un sentiment anti-américain. Les pro-russes européens n'ont pas spécialement envie de vivre dans une autocratie de type poutinien.

Poutine craint l'occidentalisation de l'Ukraine 

Aujourd'hui, l'Ukraine devient une ligne de front: si la mouvance du président Porochenko se maintient, les idées du Maidan se maintiendront aussi, et le pays s'orientera vers l'Occident, tant l'UE que l'OTAN. Une idée insupportable pour Poutine, qui a bâti sa politique étrangère sur la récupération de l'influence du Kremlin et quelques beaux restes de l'URSS, Ukraine en tête.

Afin de rendre l'Ukraine inassimilable pour les Occidentaux, Poutine a fomenté une guerre dans l'est de l'Ukraine, la zone la moins fortement ukrainienne mais pas encore une zone russe. Aujourd'hui, l'économie ukrainienne est grevée par la guerre dans l'est, et ni l'OTAN ni l'UE ne veulent, ni même ne peuvent, inviter la République d'Ukraine en leur sein car il est impossible d'assimiler des membres qui sont en guerre interne. En maintenant cette guerre contre le pouvoir central à Kiev, Poutine reporte donc indéfiniment l'entrée de l'Ukraine dans l'UE et l'OTAN.

Jeux immatures du Kremlin

Un jeu immature, qui répond éventuellement à un certain manque de tact occidental lors du renversement de l'ancien président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, en janvier 2014. Jeu immature aussi parce que Poutine prétend que le mouvement du Maidan tout entier est un phénomène secondaire, voire une simple manipulation occidentale.

Qui a payé les sandwiches des manifestants, qui a tiré sur la police antiémeute, si ce n'est l'Occident et ses pantins ukrainiens? Jamais, au Kremlin, on ne croit à quoi que ce soit de populaire et de spontané. Accepter que le pouvoir à Kiev puisse avoir gain de cause est non seulement un recul géopolitique, mais aussi une contre-démonstration insupportable sur la nature du pouvoir face au peuple.

Les Occidentaux appréhendent une nouvelle guerre froide

Malgré tout, ni Hollande ni Merkel ne veulent affronter directement la Russie de Poutine. Notamment à cause de l'entente avec le pouvoir russe dans la lutte anti-jihadiste, et de leur gaz. Hollande et Merkel tenteront d'éviter le dérapage, ils tenteront même de protéger Poutine contre lui-même.

Poutine, lui, pourrait trouver qu'une nouvelle Guerre froide est positive. Le peuple russe serait alors la seule force capable d'avoir un jugement définitif. Veut-il vraiment entrer en lutte froide contre tout l'Occident simplement parce que le Kremlin en a décidé ainsi?

Pendant un an ou deux, peut-être, mais cela risque d'être intenable pour le Kremlin. S'ils ne donnent pas cette impression, Hollande et Merkel savent tout de même que Poutine est plus fragile qu'eux, et que le système russe souffrirait bien plus que celui des Occidentaux, pour peu que ces derniers restent solidaires. En venant ensemble à Kiev puis à Moscou, ils se serrent les coudes.

Harold Hyman