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Ukraine, Russie: la guerre ou la sortie de crise? Les cinq scénarios possibles

Un soldat de l'armée ukrainienne, à Donetsk (photo d'illustration).

Un soldat de l'armée ukrainienne, à Donetsk (photo d'illustration). - Manu Brabo - AFP

Un accord de paix, de nouvelles sanctions ou une guerre en Ukraine? Alors que François Hollande et Angela Merkel rencontrent Vladimir Poutine à Moscou pour tenter de mettre un terme au conflit ukrainien, BFMTV s'est penché sur les scénarios possibles pour les prochains mois aux frontières de l'Europe.

Après leur passage à Kiev jeudi, François Hollande et Angela Merkel se sont rendus ce vendredi à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine. L’objectif: parvenir à un accord de paix sur le conflit ukrainien. Mais après dix mois de tensions, les solutions pour mettre fin à la crise sont rares. Voici cinq scénarios envisageables.

Le meilleur scénario : un accord de paix

"Il ne peut y avoir de retour de la paix si Kiev ne fait pas de concessions et n’accepte pas de parler", insiste Philippe Migault, directeur de recherche sur la Russie à l'Institut de recherche sur les relations internationales et stratégiques (Iris). Tout comme, à l’inverse, si Vladimir Poutine refuse de céder. "L’idéal, évidemment, ce serait la paix", ajoute-t-il. Mais quelles seraient alors les conditions ? "Impossible de le dire. Il existe des milliers de schémas possibles." Et un scénario où séparatistes comme ukrainiens seraient comblés reste utopique, dans l’immédiat.

Le pire scénario : une guerre

Les Etats-Unis ont affirmé être prêts à envisager l’envoi d’armes létales à Kiev. Une proposition aussitôt refusée par le président français et la chancelière allemande. "Ce serait l’un des pires scénarios", affirme Philippe Migault. "Il ne suffit pas d’armer l’Ukraine pour que les pro-européens gagnent (…). Le risque, ce serait une intensification des combats."

Dans une interview pour La Croix, Philippe de Suremain, ancien ambassadeur de France en Ukraine, rejoignait Philippe Migault sur ce point: "armer l’Ukraine ne me semble pas une solution car ce serait entrer dans un affrontement direct."

Un avis que partage également Ulysse Gosset, éditorialiste chargé des questions internationales sur BFMTV. "Si les Américains livrent des armes, vous imaginez la réaction de Poutine ?", interpelle-t-il. "Il va lui aussi distribuer des armes aux nationalistes de l’est et on se retrouvera dans un conflit internationalisé." Le conflit prendrait alors une tout autre dimension, et les victimes, elles aussi, seraient plus nombreuses. Certes, il y aurait une issue – celle du plus fort sur le champ de bataille – mais elle serait sanglante.

Le plus probable : un renforcement des sanctions

Le scénario le plus probable est sans nul doute la mise en place de nouvelles sanctions envers la Russie. Le risque étant de rester dans une situation de statu quo, où seuls les combats s’arrêtent, grâce à un cessez-le-feu, sans pour autant lancer des discussions entre la Russie et l’Ukraine.

De telles sanctions ont d’ailleurs déjà été lancées contre la Russie, notamment lors de la signature du protocole de Minsk, en septembre 2014. Mais la trêve prononcée par cet accord n’a tenu que quelques heures avant que les combats ne reprennent. "Le plus probable serait de conclure un cessez-le-feu, souligne Philippe Migault. Mais il faudrait le faire de manière plus intelligente que lors du protocole de Minsk. Il faudrait mettre des observateurs entre les deux camps, ainsi qu’une force d’interposition, afin d’empêcher les gens de rentrer dans la zone de confiance, tout en appliquant le cessez-le-feu."

"Les sanctions européennes ont eu un impact mais elles ne feront pas céder Poutine", précise Ulysse Gosset. "Paradoxalement, elles renforcent sa conviction qui est celle de voir la Russie assiégée par un Occident qui envoie ses régions étrangères de l’Otan pour agresser la Russie."

Le moins probable : une intervention de l’Otan

Les ministres de la Défense de l’Otan ont annoncé vendredi la création d’une force rapidement mobilisable de 5.000 hommes, en réponse à l’agression de la Russie en Ukraine. Si certains affirment qu’une intervention extérieure est possible, l’Otan n’est pas libre d’intervenir comme bon lui semble. Car l’Ukraine ne fait pas partie de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Et en tant que tel, impossible pour l’organisation internationale d’envoyer des troupes sur le sol ukrainien, et ce même si elle soutient l’initiative lancée par François Hollande et Angela Merkel. "L’Otan ne peut pas agir en Ukraine, précise Philippe Migault, ce n’est pas légal à ce jour." Seule riposte possible : l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan, qui ne fait pas l’unanimité parmi les Etats membres.

"Ce qui peut faire les choses, c’est si on arrive à le convaincre que l’Europe n’a pas l’intention de faire la guerre à la Russie. (..) Il faut recréer un climat de confiance", estime Ulysse Gosset. Car si on n’y parvient pas, la solution la plus vraisemblable reste la guerre.

Le plus souhaitable : un accord politique

Angela Merkel et François Hollande vont tenter de trouver un accord politique et diplomatique pour que le conflit ukrainien cesse. Alors que Moscou semble camper sur ses positions et souhaiter une partition de l’Ukraine sous la forme d’une fédération, à Kiev, la situation ne semble pas plus aisée. "Si ça capote, ça peut capoter à Kiev et pas simplement à Moscou", explique Ulysse Gosset. "Il y a en Ukraine des ultras qui veulent la guerre, et qui veulent l’affrontement avec Moscou", précise-t-il.

Le but, pour les deux chefs d’Etats, sera de parvenir à trouver un accord, sans forcément penser à des sanctions. Mais même si Vladimir Poutine et Petro Porochenko empruntent la voie diplomatique, ces ultras, qui sont favorables à l’affrontement, pourraient très bien relancer le conflit. "Il faut compter avec toutes ces forces qui ont surgit en Ukraine au cours des deux dernières années, parfois très dures, à la limite des extrêmes, et qui veulent déclencher un conflit", insiste Ulysse Gosset. Mais là encore, la tâche n’a rien d’aisée et la trêve pourrait encore une fois être de courte durée.

Aude Deraedt