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JO de Sotchi: faut-il prendre au sérieux la menace terroriste?

Les islamistes du Caucase ont menacé à plusieurs reprises de perpétrer des attentats sur Sotchi.

Les islamistes du Caucase ont menacé à plusieurs reprises de perpétrer des attentats sur Sotchi. - -

A quatre jours de l'ouverture des Jeux olympiques, la station balnéaire des bords de la mer Noire s'est transformée en un véritable bunker. Athlètes et journalistes arrivent au compte-goutte à Sotchi et se plient à de lourds contrôles de sécurité. Principale inquiétude des autorités russes: les menaces terroristes proférées à plusieurs reprises par les islamistes du Caucase.

Les Jeux olympiques n'ont pas encore commencé, mais les yeux sont déjà rivés sur Sotchi. La station balnéaire située au bord de la mer Noire, sur laquelle les islamistes du Caucase agitent depuis plusieurs mois la menace terroriste, doit accueillir les JO d'hiver à partir de vendredi.

Malgré le dispositif de sécurité sans précédent déployé par Moscou, les angoisses restent très présentes, au point que l'événement sportif se retrouve quelque peu éclipsé. Des attentats peuvent-ils vraiment être perpétrés contre la forteresse Sotchi? La sécurité des athlètes français sera-t-elle assurée? BFMTV.com fait le point.

> Faut-il réellement craindre la menace terroriste sur Sotchi?

Appels à torpiller l'organisation des Jeux, vidéos de menace postées sur Internet: les islamistes du Caucase ont multiplié les messages à l'égard de la tenue de la compétition sportive, ces derniers mois. Dans un clip mis en ligne le 20 janvier, deux islamistes appellent ainsi à "porter le jihad pas seulement dans le Caucase mais aussi dans les grandes villes de Russie". Ils sont présentés comme les auteurs des attentats de Volgograd, ville du sud-ouest de la Russie, qui ont fait 34 morts fin décembre. Une autre vidéo, plus récente, réitère des menaces explicites. "Vous voulez organiser ces Olympiades dans notre Caucase, vous aurez de nos nouvelles", y clament ainsi les protagonistes. Dès le mois de juillet dernier, le chef de la rébellion islamiste caucasienne Dokou Oumarov, avait lui-même appelé les combattants clandestins à mener des actes pouvant nuire à la tenue des JO.

Des menaces à répétition qui sont à prendre au sérieux, selon les experts. "Il y a des antécédents liés aux événements d'Ossétie. On a vu, avec la prise d'otages de Beslan, en 2004, et celle de Moscou, en 2002, qu'il y a une activité très importante des islamistes radicaux en Russie", rappelle Christophe Caupenne, ancien chef des négociateurs du RAID, interrogé par BFMTV.com. "Les Jeux de Sotchi vont être la meilleure vitrine pour une action de ce type. Les islamistes ont été spectaculaires il y a quelques années, ils cherchent donc à reprendre le haut de la tribune", fait-il valoir.

> Sotchi, forteresse inviolable?

Des policiers russes patrouillent dans la station de montagne de Sotchi, le 2 février.
Des policiers russes patrouillent dans la station de montagne de Sotchi, le 2 février. © -

Les autorités russes ont pris ces menaces au pied de la lettre. En témoignent la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne, les 100.000 policiers et militaires mobilisés 24 heures sur 24 dans la ville, les patrouilles et contrôles incessants, les examens et photographies de matériel à l'aéroport, ou encore les autoroutes filtrées que seules les personnes accréditées aux JO ont l'autorisation d'emprunter. Autant de mesures inédites jusqu'alors pour des Jeux olympiques, auxquelles vient bien évidemment s'ajouter une surveillance renforcée des communications.

Des allures de bunker qui, à première vue, pourraient dissuader n'importe quel terroriste. Mais pour Christophe Caupenne, il est tout à fait envisageable que les islamistes aient préparé des attaques à l'avance. "A Beslan, par exemple, les terroristes avaient pré-positionné des armes à l'intérieur du bâtiment de l'école", rappelle-t-il. "On peut donc tout à fait imaginer que des moyens de nuire aient été déjà installés dans Sotchi, en prévision des événements, plusieurs mois voire plusieurs années à l'avance. Ce sont des méthodes déjà observées".

Compte tenu de la zone et de ses caractéristiques, la principale menace qui plane sur ces JO reste de possibles attentats. "Le deuxième risque est la prise d'otages", affirme Frédéric Gallois, ancien commandant du GIGN, à BFMTV.com. "Il y a une véritable culture de la prise d'otages en Russie, comme l'ont démontré les événements de la décennie 2000".

> Comment réussir à contrôler un tel site?

La tâche est rendue particulièrement difficile par la taille du site olympique, qui est loin de se limiter à Sotchi. La ville accueille en effet les patinoires, alors que le village olympique est basé à Adler, une autre station balnéaire située à une trentaine de kilomètres plus au sud, qui abrite également l'aéroport. Quant aux épreuves de neige, elles auront lieu dans la station de montagne de Krasnaya Polyana, à 50 kilomètres.

"La sécurisation de ce genre de zone étalée fonctionne par cercles concentriques, avec différents types de contrôles", indique Frédéric Gallois. "Tout cela marche par contrôles successifs. Aussi, lorsque l'on veut pénétrer de l'extérieur vers le cœur de la zone, en l'occurrence, pour Sotchi, le lieu où seront concentrés le public et les athlètes, il faut passer un certain nombre de contrôles. Tout le dispositif sécuritaire de ces Jeux repose sur des contrôles redondants et permanents qui ne doivent laisser passer personne sans vérification", détaille l'ancien chef du GIGN.

> Pourquoi entourer les athlètes français du GIGN et du RAID?

A l'instar des Etats-Unis, qui ont annoncé le déploiement de deux de leurs navires de guerre en mer Noire, qui pourraient notamment leur servir à évacuer leurs athlètes en cas d'attaque, la France a indiqué, de son côté, que la délégation nationale sera accompagnée d'hommes du GIGN et du RAID. Si le dispositif semble impressionnant, voire démesuré, ces hommes auront surtout une mission de contrôle, la sécurité à proprement parler étant assurée par les Russes.

"Ils sont là pour vérifier que les procédures qui ont été annoncées par les forces de sécurité locales sont bien respectées", précise Frédéric Gallois. "Ils sont aussi chargés de faire de la coordination entre les équipes et les organisateurs, et servent ainsi d'interface sur l'aspect sécuritaire. Enfin, ils ont aussi un rôle psychologique puisqu'il sera important, tout au long de ces JO, de rassurer les athlètes sur leur sécurité".

Adrienne Sigel