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L'homme qui a livré Ben Laden à la CIA croupit en prison

Shakil Afridi (à droite) avec son frère Jamil (au centre).

Shakil Afridi (à droite) avec son frère Jamil (au centre). - SS Mirza - AFP

Shakil Afridi, un médecin pakistanais qui avait aidé les Etats-Unis à localiser le chef d'Al-Qaïda, a été emprisonné en 2011. Il a été condamné à une peine de 33 ans.

Le cas de Shakil Afridi au coeur des relations diplomatiques entre le Pakistan et les Etats-Unis. En 2011, grâce aux informations de ce médecin pakistanais, la CIA avait pu localiser Oussama Ben Laden et tuer l'ennemi public numéro 1 lors d'un assaut spectaculaire. Depuis cette date, Afridi croupit en prison. Une situation dénoncée par de nombreux défenseurs des droits de l'Homme.

En 2011, Shakil Afridi, médecin de campagne, qui a assisté à l'enracinement des talibans depuis les années 90 dans son pays, passe un marché, dont les conditions restent floues, avec la CIA. Sous le prétexte d'une fausse campagne de vaccination contre l'hépatite C, il sonne à la résidence où est supposé résider Ben Laden, dans la ville d'Abbottabad. L'ADN du chef terroriste récupéré et identifié, les Etats-Unis lancent l'assaut qui a conduit à sa neutralisation.

Placé à l'isolement

Quelques jour après cette fameuse nuit du 1er au 2 mai, les autorités pakistanaises procèdent à l'interpellation et l'emprisonnement de l'informateur, âgé d'une cinquantaine d'années. Ces dernières l'accusent d'avoir des liens avec les extrémistes. Jugé pour "implication dans des activités hostiles à l'Etat", il est condamné à 33 ans de prison. "Shakil est devenu un bouc émissaire", estime un militant des droits de l'homme, Zar Ali Khan Afridi, sans lien de parenté avec le médecin, cité par RFI.

Aujourd'hui, la procédure judiciaire est à l'arrêt. En 2014, un procès en appel a bien débuté. Mais il a été ajourné à plusieurs reprises. Même si Shakil Afridi continue de recevoir la visite des membres de sa famille, selon son avocat, repris par France 24, le médecin est placé à l'isolement dans une petite pièce. Pour autant, sa sécurité est menacée par les Talibans.

"Je n'ai aucun espoir de le voir, je n'attends plus rien de la justice", estime Jamil Afridi, son frère aîné.

Trump le libérerait en "deux minutes"

Pour Me Nadeem, qui défend l'informateur, une issue ne pourra être trouvée qu'avec une intervention de Washington. En 2012, sa peine a été réduite à 23 ans après le vote de la réduction de 33 millions de dollars de l'aide américaine accordée au Pakistan, soit un million par année infligée à Shakil Afridi. Depuis, le médecin semble avoir été oublié.

C'était sans compter sur l'homme fort du moment aux Etats-Unis: Donald Trump. Le candidat à la primaire républicaine a déclaré vendredi dernier pouvoir faire libérer Shakil Afridi "en deux minutes" s'il était élu président.

"Je leur dirais de (le) faire sortir et je suis sûr qu'ils le feraient. Car nous versons beaucoup d'aide au Pakistan", a lancé le milliardaire.

De quoi raviver les tensions entre Washington et Islamabad. "C'est le gouvernement pakistanais et non Donald Trump" qui décidera du sort du docteur Shakeel Afridi, a rappelé le ministre de l'Intérieur pakistanais, Chaudhry Nisar Ali Khan. Qualifiant au passage Trump d'"ignare".

J.C.