BFMTV

Naufrage en Corée du Sud: qu'est-il reproché à l'équipage?

Des proches des disparus du ferry naufragé attendent des nouvelles, sur la jetée de l'île voisine de Jindo.

Des proches des disparus du ferry naufragé attendent des nouvelles, sur la jetée de l'île voisine de Jindo. - -

Les membres d'équipage du ferry sud-coréen qui a sombré la semaine dernière, faisant plusieurs centaines de victimes, sont pointés du doigt par les autorités et les proches des disparus pour leur responsabilité dans l'ampleur de la catastrophe.

Après le choc, la colère. Les critiques contre l'équipage du Sewol, le ferry naufragé en Corée du Sud, mais aussi contre les équipes de secours, ne cessent de croître, six jours après le drame qui a fait plus de cent morts, selon un bilan toujours provisoire. Autour de l'épave, les plongeurs s'activent toujours pour repêcher les corps des quelque 200 disparus, et les espoirs de retrouver d'éventuels survivants réfugiés dans des poches d'air sont désormais nuls. Lundi, la présidente de Corée, Park Geun-Hye, a comparé les actes du capitaine et de l'équipage du navire à un "meurtre". Que leur est-il reproché? Quelles erreurs ont été commises? BFMTV.com fait le point.

> L'absence du pilote à la barre

Deux jours après le naufrage, les premiers éléments de l'enquête ont permis de prouver que le capitaine Lee Joon-Seok, âgé de 69 ans et fort d'une solide expérience, ne se trouvait pas à la barre au moment de l'accident. Un élément particulièrement accablant, puisqu'un officier subalterne, en l'occurrence le troisième lieutenant, dirigeait le ferry à quatre ponts lors du choc fatal qui a provoqué son immobilisation immédiate.

> Un équipage paniqué

Selon l'analyse des échanges avec les autorités maritimes, rendus publics (et retranscris ici par CNN), l'équipe de bord, prise de panique face à l'accident et au choix de la démarche à suivre, n'a pas été capable de prendre une décision. Ainsi, alors que les autorités au sol ordonnent de s'assurer que tous les passagers portent un gilet de sauvetage, l'équipage, complètement affolé, ne cesse de demander quand vont arriver les bateaux de secours. "Faites-leur au moins porter une bouée de sauvetage et laissez-les flotter! Tout de suite!", lance un responsable des secours à terre.

> Une évacuation retardée

C'est l'erreur principale de l'équipage, et celle qui a sans nul doute entraîné le terrible bilan. Selon les témoignages des rescapés, l'équipage a ordonné aux passagers de ne pas bouger, et ce pendant plus de 40 minutes après le choc, audible par tous. Des minutes précieuses, puisque lorsque le navire commence à piquer du nez, il est déjà trop tard pour évacuer, les passagers ne parvenant pas à remonter les couloirs glissants et déjà très inclinés, où l'eau rentrait à flots.

Même échec lorsque l'équipage tente, tardivement, d'accéder aux canots de sauvetage. L'un des marins a expliqué que le navire "penchait trop", et qu'il était donc impossible de les décrocher. Un seul des 46 canots dont était équipé le ferry est lancé à la mer.

> Abandon du navire

En plus de son absence des commandes, le capitaine est accusé d'avoir fui le ferry, qui sombrait progressivement, alors que des centaines de passagers se trouvaient coincés à bord. Lee Joon-Seok, qui s'est dit "sincèrement désolé et profondément honteux" a été arrêté, ainsi que six membres d'équipage rescapés, dont l'officier qui se trouvait à la barre lors du drame. Ils doivent répondre des accusations de négligence et de carence dans la sécurité des passagers, en violation du code maritime.

Ironie du sort, Lee Joon-Seok est la vedette d'une vidéo promotionnelle datée de 2010, dans laquelle il vante la sécurité qui caractérise les voyages en ferry "à partir du moment où vous suivez les instructions de l'équipage".

> Lenteur des opérations de sauvetage

Par ailleurs, parallèlement aux erreurs de l'équipage, les proches des disparus se sont dits frustrés de la lenteur des opérations de secours. A cause des courants violents, qui ont réduit la visibilité, les plongeurs dépêchés en très grand nombre (plus de 500 plongeurs venus de tout le pays, des volontaires civils pour la plupart, se sont joints aux recherches), ont mis trois jours avant de pouvoir accéder à l'intérieur de l'épave, totalement submergée. Quant à la coordination des différentes équipes de secours, plongeurs, militaires et garde-côtes, elle s'est également révélée très brouillonne.

Adrienne Sigel et avec AFP