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Le président d'Interpol a-t-il été victime de la purge politique en Chine?

Meng Hongwei (au centre) en juillet 2017.

Meng Hongwei (au centre) en juillet 2017. - Roslan Rahman - AFP

Le désormais ex-patron d'Interpol, d'origine chinoise, disparu depuis plus de dix jours, pourrait avoir payé les frais de la purge politique impitoyable mise en place par Xi Jinping.

Un simple émoticône "couteau". Depuis ce dernier message inquiétant reçu le 25 septembre dernier, l'épouse de Meng Hongwei, le président d'Interpol, n'a plus reçu aucun signe de vie de la part de son mari, dont elle a finalement signalé la disparition auprès de la police française jeudi dernier.

Ce Chinois de 64 ans, arrivé à la tête de l'organisation internationale basée à Lyon en novembre 2016, avait soudainement disparu fin septembre, alors qu'il venait d'arriver en Chine. A l'heure où sa disparition devenait particulièrement étrange, les dernières déclarations venues de Pékin, qui accuse Meng Hongwei de corruption, dessinent progressivement le scénario.

> Accusé de corruption

Selon les autorités chinoises, le désormais ex-patron d'Interpol, dont la démission subite a été annoncée dimanche soir, aurait accepté des "pots-de-vin". Autrement dit, il est directement accusé de corruption par Pékin.

Meng Hongwei "a accepté des pots-de-vin et est soupçonné d'avoir violé la loi", a annoncé dans un communiqué le ministère de la Sécurité publique, où il occupait la fonction de vice-ministre. Ce communiqué est présenté comme un compte-rendu d'une réunion organisée lundi dans la cellule du Parti communiste chinois (PCC) du ministère.

> Visé par une enquête

Le texte ne précise toutefois pas si les accusations imputées à Meng Hongwei relèvent de ses fonctions ministérielles ou bien de celles qu'il exerçait à Interpol. Il n'est pas non plus précisé s'il a, ou non, été placé en détention. Mais la Commission centrale d'inspection disciplinaire du PCC, qui se charge de la répression de la corruption de fonctionnaires, a fait savoir que l'ancien numéro un d'Interpol est visé par une enquête en Chine.

L'enquête "illustre clairement la détermination du camarade Xi Jinping", le président chinois, à combattre la corruption, précise le ministère de la Sécurité publique. "Nul, sans exception, n'est au dessus des lois. Quiconque viole les lois fera l'objet d'une enquête approfondie et sera sévèrement puni", avertit en outre le communiqué. 

> Une véritable purge politique 

Meng Hongwei pourrait donc être la dernière victime en date de la vaste campagne anti-corruption mise en place par Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir fin 2012, qui se caractérise dans les faits par une véritable purge politique qui ne porte pas son nom.

En l'espace de six ans, cette campagne, menée par la Commission de discipline du Parti communiste, a entraîné la destitution de plusieurs dizaines de hauts responsables en Chine, mais aussi l'imposition de sanctions à plus de 1,5 million de fonctionnaires. Comme le précisait Courrier International en mars 2018, 527.000 d'entre eux se sont ainsi vus imposer des sanctions au cours de la seule année 2017.

Populaire dans l'opinion publique, cette campagne est également soupçonnée d'être un prétexte pour éliminer des opposants internes à la ligne de Xi Jinping. 

> Pas une première 

Le cas de Meng Hongwei n'a en réalité rien d'exceptionnel, et ce n'est pas la première fois que des personnalités de haut rang de la diaspora chinoise, en France ou dans d'autres pays, manquent subitement à l'appel sur fond de campagne anti-corruption menée par Pékin. C'est en revanche la première fois que cela concerne le dirigeant d'une grande institution internationale.

En France, en 2015, l'homme d'affaires Mike Poon, alors au centre du rachat de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, avait disparu des radars pendant plusieurs mois, expliquant à son retour avoir été interrogé dans le cadre d'une enquête sur le secteur aéronautique. La même année en Chine, c'est le président du conglomérat Fosun, propriétaire du Club Méditerranée, le milliardaire Guo Guangchang, qui avait disparu de façon énigmatique pendant quelques jours.
A.S.