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Areva, EDF et la Chine : discussions nucléaires sous haute tension

Ce partenariat nucléaire entre la France et la Chine risque d'accroître la pression sur la filière française.

Ce partenariat nucléaire entre la France et la Chine risque d'accroître la pression sur la filière française. - -

Au delà d'un éventuel modèle de réacteur nucléaire franco-chinois, les discussions entre Areva, EDF et la Chine pourraient donner lieu à de possibles transferts de compétences et de technologies. "Des craintes infondées", selon EDF.

Les discussions entre le fabricant français de réacteurs nucléaires Areva, l'opérateur historique EDF et la Chine sont un feuilleton sensible dans un domaine stratégique, qui ne s'est pas limité à un possible nouveau modèle de réacteur franco-chinois.

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Un accord préliminaire tripartite - sur lequel enquêtait, selon Libération, une syndicaliste d'Areva agressée mi-décembre - a été discrètement signé en octobre, à la suite du premier Conseil de politique nucléaire du quinquennat Hollande en septembre, avec le feu vert du gouvernement.

Ce partenariat confidentiel "est conforme aux nouvelles pratiques", selon un responsable gouvernemental, interrogé mercredi. Des syndicats du groupe Areva s'inquiètent toutefois de cet accord, notamment d'éventuels transferts de technologies.

"Accords sur la propriété intellectuelle"

Selon un responsable d'EDF, Hervé Machenaud, directeur de production, "ces craintes sont infondées. Ce texte fera l'objet d'accords explicites complémentaires, sur la propriété intellectuelle, entre Areva et CGNPC", le groupe nucléaire chinois signataire de l'accord.

La convention est, selon EDF, "un avant-projet sommaire" en vue du développement d'un nouveau réacteur de taille intermédiaire (1.000 à 1.100 mégawatts) commun à EDF, Areva et CGNPC.

Cette puissance, inférieure à celle de l'EPR d'Areva (1.600 MW), est aussi celle de l'Atmea, un nouveau réacteur porté par Areva et le japonais Mitsubishi Heavy Industries. Chez Areva, on précise que l'accord doit notamment permettre de voir "s'il y a des possibilités de convergences avec l'Atmea".

Pression sur la filière française

La Chine, qui a confirmé un grand plan nucléaire malgré la catastrophe de Fukushima, est de très loin le principal débouché de l'industrie nucléaire dans les années à venir, devant le Royaume-Uni.

Or tant l'EPR que l'Atmea ont pour l'instant des performances commerciales décevantes (quatre contrats - dont deux en Chine - décrochés pour le premier, aucun pour le second), ce qui accroît la pression sur la filière française.

Car en plus de l'accord sur le projet de réacteur, EDF a depuis 2010 mené en parallèle des discussions directes avec CGNPC sur des "modalités de collaboration" entre deux exploitants nucléaires, notamment sur "le retour d'expérience de leurs centrales", selon le groupe.

Enquête

Mais l'Etat, qui a bloqué par deux fois des "brouillons" d'accord fin 2010 et en avril 2012, estime ne pas avoir été suffisamment informé et une enquête sur les conditions de ces négociations vient d'être ouverte par l'Inspection générale des Finances.

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EDF estime avoir été suffisamment transparent. "Ce projet d'accord a été soumis aux autorités françaises fin octobre 2010. C'est un document de travail qui a évolué dans le temps et qui finalement n'a pas été accepté en avril 2012", selon une porte-parole.
Ces discussions étaient bien distinctes de celles qui ont débouché sur l'accord tripartite avec Areva, selon l'entreprise.