BFMTV

Mort de George Floyd: sixième nuit de manifestations aux Etats-Unis, les couvre-feux se multiplient

Un manifestant à Miami en Floride, le 31 mai.

Un manifestant à Miami en Floride, le 31 mai. - Ricardo ARDUENGO / AFP

De nouvelles manifestations se sont déroulées dans de nombreuses villes aux Etats-Unis dimanche soir, pour la sixième nuit consécutive, après la mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, tué lors d'une intervention policière.

Une sixième nuit de manifestations a eu lieu dimanche soir aux Etats-Unis, après la mort, lundi dernier, à Minneapolis, dans le Minnesota, de George Floyd, un homme noir de 46 ans, aux mains d'un policier blanc. La colère qui avait explosé dans cet Etat du nord du pays s'est rapidement propagée à travers tous les Etats-Unis.

La situation a parfois dégénéré en émeutes en plusieurs endroits, forçant les autorités de plusieurs villes à imposer des couvre-feux et à faire appel aux soldats de la Garde nationale. Ces derniers ont été déployés dans 15 Etats et dans la capitale Washington .

Tout en disant comprendre leur colère, nombre de responsables locaux ont exhorté les manifestants à la retenue, tandis que Donald Trump, confronté aux désordres civils les plus graves de son mandat, fustigeait les "anarchistes". Retour sur les événements marquants de cette nouvelle nuit de protestations et sur les échéances à venir.

  • Un camion-citerne force un passage au milieu des manifestants à Minneapolis

Un camion-citerne a tenté dimanche de se forcer un passage au milieu d'un cortège de milliers de manifestants sur un pont du centre de Minneapolis, dans le Minnesota, provoquant une intervention massive des forces de l'ordre. "A priori aucun manifestant n'a été blessé", selon un communiqué de la police locale. 

Le chauffeur du camion, blessé, a été conduit dans un hôpital voisin puis placé en détention. Il fera l'objet de poursuites pénales, a déclaré le gouverneur du Minnesota Tim Walz lors d'une conférence de presse.

"A cette heure nous ne connaissons pas ses motivations", a-t-il ajouté en admettant que la situation aurait pu être dramatique. Le camion "semblait contenir une substance inflammable ou toxique (...). Qu'il n'y ait pas eu une tragédie et de nombreux morts est une chose incroyable", a-t-il souligné.

La manifestation était partie en milieu de journée du Capitole à Saint-Paul, où siège le parlement du Minnesota. Elle se dirigeait dans une ambiance pacifique vers le centre de Minneapolis en marchant sur une autoroute.

Les policiers et soldats de la Garde nationale avaient bloqué les accès et une enquête permettra de déterminer comment le camion a pu se trouver là malgré tout, a précisé le chef de la sécurité dans l'Etat, John Harrington.

Très rapidement, des dizaines de véhicules de police sont arrivés sirènes hurlantes et ont refoulé les manifestants hors du pont. Plusieurs centaines d'entre eux sont restés aux alentours. Quand le couvre-feu a débuté, à 20 heures, les forces de l'ordre ont lancé des grenades assourdissantes pour tenter de les disperser.

  • Des affrontements entre policiers et manifestants devant la Maison Blanche

La police a utilisé du gaz lacrymogène dimanche, aux alentours de 23 heures, près de la Maison Blanche pour disperser des manifestants n'ayant pas respecté le couvre-feu instauré dans la capitale.

Une foule de manifestants s'était rassemblée devant la résidence du président américain Donald Trump en scandant des slogans, en allumant des feux et en brandissant des pancartes, dans la capitale américaine soumise au couvre-feu jusqu'à 6 heures du matin. La maire de la ville, Muriel Bowser, a annoncé avoir ordonné le déploiement de la Garde nationale en renfort de la police.

Les forces de l'ordre étaient beaucoup plus fermes que les nuits précédentes, selon notre correspondant sur place, et ont, cette fois, repoussé les manifestants un peu plus loin de la Maison Blanche. C'est à ce moment-là qu'ils ont mis le feu à plusieurs bâtiments, comme l'église Saint-John, surnommée "l'église des présidents".

  • Des couvre-feux dans dans une quarantaine de villes des Etats-Unis

Un couvre-feu a été imposé dans une quarantaine de villes américaines pour empêcher que de nouvelles émeutes n'émaillent les manifestations contre les violences policières et le racisme auxquelles des milliers de personnes ont pris part dimanche à travers le pays.

Un couvre-feu a été ainsi été mis en place dans plusieurs villes en Californie (Los Angeles, San Francisco, Beverly Hills, Santa Monica, West Hollywood, San Jose), en Floride (Miami, Orange County, Jacksonville, Orlando) ou encore dans l'Ohio (Cincinnati, Cleveland, Columbus, Dayton, Toledo).

Washington DC, la capitale, s'est également vue imposée un couvre-feu, comme d'autres grandes villes à l'image d'Atlanta (Géorgie), de Chicago (Illinois) et de Dallas (Texas). 

Dans la ville d'Atlantic City (New Jearsey), le maire a décidé de généraliser le couvre-feu chaque nuit jusqu'au 8 juin, a indiqué ce lundi CNN.

  • De nombreux pillages en Californie et en Pennsylvanie 

Le déploiement des forces de l'ordre n'a pas empêché certains débordements, et des pilleurs se sont attaqués dimanche à des magasins d'un centre commercial huppé à Santa Monica, en Californie. 

La ville de Long Beach, au sud de Los Angeles, a également été l'un des points chauds de la journée de manifestations, selon l'un de nos correspondants, avec un centre commercial à ciel ouvert qui a été pris d'assaut par les pilleurs. Selon notre journaliste, présent sur place, ces actes feraient presque oublié que les manifestations ont eu lieu dans un climat paisible.

À Philadelphie (Pennsylvanie), sur la côte Est, plus de 50 personnes ont également été arrêtées pour pillages depuis samedi, selon la police.

  • Joe Biden manifeste dans l'Etat du Delaware

L'ancien vice-président américain de Barack Obama et candidat à la présidentielle de novembre, Joe Biden, a annoncé dimanche s'être rendu sur les lieux d'une manifestation qui s'est tenue samedi dans son Etat du Delaware.

"Nous sommes une nation qui souffre en ce moment, mais nous ne devons pas laisser cette douleur nous détruire. En tant que président, j'aiderai à mener cette conversation - et surtout, j'écouterai, tout comme je l'ai fait aujourd'hui lorsque je me suis rendu sur les lieux des manifestations de la nuit dernière à Wilmington", a-t-il tweeté.
  • Donald Trump souhaite désigner les "antifa" comme une organisation terroriste

Donald Trump a promis de "stopper la violence collective" et a dénoncé les agissements de "gauchistes radicaux", notamment la mouvance radicale "antifa" (antifasciste), qu'il a annoncé vouloir désigner comme une organisation terroriste.

Dimanche, il a notamment retweeté le message d'un animateur de radio conservateur affirmant: "Cela ne s'arrêtera que si les gens bien se montrent prêts à faire usage d'une force écrasante contre les méchants"

La maire d'Atlanta, Keisha Lance Bottoms, avait plus tôt comparé la situation aux affrontements de Charlottesville, où des heurts entre militants suprémacistes blancs et antifascistes avaient fait un mort et des dizaines de blessés en août 2017. Donald Trump avait alors jugé qu'il y avait "des gens très bien" des deux côtés.

"Le président Trump aggrave les choses", a déclaré la maire sur CBS. "Sa rhétorique ne fait qu'enflammer les choses et il devrait juste se taire".
  • Un des policiers impliqué dans la mort de George Floyd passe devant une tribunal ce lundi

Pour l'instant, parmi les policiers impliqués dans la mort de George Floyd, seul Derek Chauvin a été arrêté et inculpé d'homicide involontaire.

C'est lui que l'on voit dans une vidéo virale maintenir son genou sur le cou de George Floyd pendant de longues minutes, alors que ce dernier se plaint de ne pas pouvoir respirer.

Il doit comparaître ce lundi devant un tribunal pour la première fois. Mais pour nombre d'Américains, ce n'est pas assez: ils réclament son inculpation pour homicide volontaire et l'arrestation des trois autres agents impliqués dans le drame.

Clément Boutin avec AFP