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Les pionnières: Hedy Lamarr, premier orgasme au cinéma et inventrice de génie

Hedy Lamarr, plus belle femme de son époque, actrice et inventrice de génie

Hedy Lamarr, plus belle femme de son époque, actrice et inventrice de génie - HO-AFP

3/5 - Cet été, BFMTV revient sur ces pionnières qui ont changé l'Histoire en faisant scandale. Première actrice à apparaître nue, icône hollywoodienne, mais aussi inventrice méconnue, la vie d'Hedy Lamarr a été réduite à son physique. Elle a pourtant inventé un système de transmission toujours utilisé aujourd'hui pour le wifi, les téléphones portables ou le GPS.

Elle est la première actrice à avoir joué un orgasme au cinéma et la première à être apparue nue dans un film non pornographique. Mais Hedy Lamarr n'était pas que la plus belle femme d'Hollywood de cette première moitié du XXe siècle.

Elle est aussi et surtout l'inventrice d'un système de transmission qui a permis à internet, au bluetooth ou encore aux liaisons militaires chiffrées de voir le jour. Bien qu'ayant déposé le brevet durant la Seconde Guerre mondiale, la maternité de cette invention ne lui sera attribuée qu'à la fin de sa vie. Elle ne touchera pas un dollar sur ce système de communication secrète qui révolutionnera le siècle suivant.

Le film est condamné par le pape

Hedy Lamarr est née Hedwig Eva Maria Kiesler en 1914 à Vienne, en Autriche. À peine adolescente, elle est repérée pour sa beauté. Cette fille unique d'un banquier juif s'intéresse très tôt à l'art dramatique. "Elle faisait le mur et imitait la signature de sa mère pour prendre des cours de théâtre", rapporte à BFMTV Vivianne Perret, historienne et romancière. Elle part à Berlin à la conquête du cinéma.

En 1933, Hedy Lamarr tourne dans Extase, "le tremplin de sa gloire et sa malédiction", juge Vivianne Perret. Elle n'a que 18 ans, elle apparaît nue à l'écran, une première dans un film non pornographique. Et simule un orgasme, du jamais-vu. Le scandale est international. Présenté à la Biennale de Venise, le film est condamné par le pape Pie XII. Aux États-Unis, il est qualifié de pornographique, interdit puis censuré.

Hedy Lamarr hérite d'une réputation sulfureuse qui ne la quittera jamais. "Ce film l'a poursuivie tout en lui donnant tout de même un certain avantage médiatique", remarque Vivianne Perret, auteure des Secrets des grandes amoureuses.

"Emprisonnée dans une cage dorée"

Elle se marie avec Friedrich Mandl, né juif mais converti au catholicisme. Un des quatre plus grands marchands d'armes du monde, connu pour fournir l'Italie de Mussolini et l'Allemagne. "Il épouse un trophée, elle se retrouve comme une poupée, faisant office de faire-valoir dans les dîners, emprisonnée dans une cage dorée", raconte pour BFMTV Véronique Le Bris, auteure de 50 femmes de cinéma. Pour cette jeune femme ambitieuse qui a de la personnalité et qui déteste les mondanités, le bonheur conjugal fait long feu. Sans compter que son mari est jaloux et extrêmement possessif. Une anecdote en témoigne.

"Il se passait en boucle Extase mais a essayé de racheter toutes les copies du film, poursuit Véronique Le Bris, fondatrice de Cine-woman, un web magazine féminin dédié au cinéma. Ça a même créé un marché, on produisait encore plus de copies, il tentait de les racheter les unes après les autres, ça aurait pu être un puits sans fond et il aurait pu y laisser sa fortune."

En réalité, la jeune femme est séquestrée par son mari. Sans compter que son rapprochement avec le régime nazi lui déplaît. Elle tente à plusieurs reprises de s'enfuir mais il la rattrape à chaque fois. Dans un livre qui se présente comme une autobiographie, Ecstasy and me, mais qu'Hedy Lamarr a ensuite désavoué -elle a poursuivi les auteurs en justice- elle fait le récit de sa fuite d'Allemagne.

"Elle aurait engagé une femme de chambre qui lui ressemblait, l'aurait droguée, aurait enfilé ses vêtements et aurait ainsi réussi à s'échapper. Il y a certainement du vrai et du faux dans ce livre. En réalité, elle a sans doute arrangé et peaufiné une histoire car elle savait que le scandale ferait vendre. Et elle a sans doute un peu pimenté sa vie", analyse Vivianne Perret.

"Condamnée à être une statue de beauté"

Elle décide de rejoindre les États-Unis. C'est durant la traversée de l'Atlantique que se joue son avenir. Sur le bateau, elle rencontre Louis B. Meyer, patron du studio du studio Metro-Goldwyn-Meyer et nabab d'Hollywood. Il la connaît déjà pour sa prestation dans Extase. Et lui propose un contrat.

"Un petit contrat. Mais durant toute la traversée elle fait monter les enchères en se mettant en scène. Elle parvient à multiplier par sept ce que Louis B. Meyer lui proposait", s'en amuse Véronique Le Bris.

Si elle tourne dans de nombreux films, dont Samson et Dalila et avec Clark Gable, elle n'aura jamais la grande carrière qu'elle espérait, cantonnée à des rôles exotiques, de sex-symbol et à incarner un objet de fantasme.

"Hollywood l'a condamnée à être une statue de beauté et ne lui a pas offert la satisfaction artistique qu'elle attendait, elle qui venait du théâtre et d'un milieu intellectuel. Après cet exil non voulu, elle a été chosifiée, lissée, pointe Vivianne Perret. Elle avait beaucoup d'humour, mais à cause de son accent et de cette étiquette de femme fatale qu'on lui a collée, elle n'a jamais vraiment pu s'exprimer. On a aussi dit qu'elle n'était pas une grande actrice. Mais encore aurait-il fallu lui laisser une chance."

"Une visionnaire avec une âme d'inventrice"

La légende dit qu'elle a été le modèle de Wonder Woman et de Blanche-Neige. "Elle disait que son visage était un masque qu'elle n'a jamais pu ôter. Hedy Lamarr a été incomprise toute sa vie, observe Véronique Lebris. Elle était insaisissable et avait de nombreuses facettes." Comme celle d'inventrice.

Car Hedy Lamarr n'était pas qu'actrice. Toute sa vie, elle n'a cessé d'inventer et de dessiner des prototypes, dont certains ont été retrouvés sur son lit de mort. "C'était une pionnière, une visionnaire avec une âme d'inventrice", s'enthousiasme Vivianne Perret. 

Parmi les inventions sur lesquelles elle a travaillé: un bouillon-cube de soda se diluant dans l'eau pour que les soldats n'en soient pas privés sur le front, un collier fluorescent pour chien, un système pour améliorer la sécurité des feux tricolore, un design plus aérodynamique pour les ailes d'avion ou encore un dispositif permettant aux personnes handicapées de sortir de leur baignoire. Son plus grand succès reste son système de communication secrète. 

Une invention révolutionnaire

Au début des années 40, avec son ami George Antheil, un compositeur d'avant-garde connu pour avoir créé un ballet mécanique coordonnant seize instruments, ils s'inspirent de cette technique pour mettre au point un système de communication indétectable par saut de fréquence permettant d'échapper aux radars. 

"Elle a été bouleversée d'apprendre que des bateaux étaient torpillés par les sous-marins allemands et voulait participer à l'effort de guerre. Et puis elle s'est souvenue de ces dîners, avec son premier mari, en présence de représentants des armées. Elle était très intelligente, elle a écouté et a appris sur l'armement", raconte Vivianne Perret.

Ils déposent le brevet de ce système de codage par étalement de spectre et proposent leur service à l'armée américaine. Mais ils ne sont pas pris au sérieux. On lui conseille plutôt d'aller inciter les jeunes hommes à s'engager. Leur invention tombe aux oubliettes. Ce n'est que vingt ans plus tard, lors de la crise des missiles de Cuba en 1962 et pendant la guerre du Vietnam, que son brevet est utilisé. Aujourd'hui, la plupart des téléphones portables utilisent cette "technique Lamarr" tout comme le GPS, le wifi ou le bluetooth.

"Elle avait un sens pratique hors norme. Elle n'a jamais voulu gagner d'argent avec cette invention, elle voulait en faire un don pour lutter contre le nazisme. Elle n'en a jamais parlé durant sa vie", confie Veronique Lebris.

"Me voilà intelligente soudainement"

Lorsque la maternité de cette invention lui est enfin attribuée, elle déclarera: "Me voilà intelligente soudainement". En 1997, elle reçoit un prix pour cette invention. À la fin de sa vie, obsédée par son physique, Hedy Lamarr vivait recluse après de nombreuses opérations de chirurgie esthétique ratées.

Elle est morte dans l'oubli en 2000. À titre posthume, Hedy Lamarr et George Antheil ont été admis au National Inventors Hall of Fame, qui honore les réalisations des inventeurs, en 2014. Et depuis 2005, en Autriche, en Allemagne et en Suisse, les inventeurs sont célébrés le jour de son anniversaire, le 9 novembre.

Céline Hussonnois-Alaya