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La nouvelle charge violente de Donald Trump contre les médias

Le président américain Donald Trump, lors d'un discours de soutien à candidat républicain au Sénat, le 2 août 2018 en Pennsylvanie.

Le président américain Donald Trump, lors d'un discours de soutien à candidat républicain au Sénat, le 2 août 2018 en Pennsylvanie. - Rick Loomis - Getty Images North America - AFP

Lors d'un discours jeudi soir, le président américain s'en est pris pendant une quinzaine de minutes aux médias, désignant parfois directement les journalistes installés devant lui.

"Des informations fausses, fausses et dégoûtantes", des gens "horribles, affreux", des huées et des attaques directes: Donald Trump s'est une nouvelle fois lancé dans une diatribe contre la presse ce jeudi soir. Lors d'un discours pour soutenir un candidat républicain au Sénat en Pennsylvanie, le président des États-Unis a passé pas moins de 15 minutes selon le Guardian à vivement critiquer le traitement médiatique de son actualité.

S'adressant à la foule, il a directement désigné les journalistes en face de lui, les traitant notamment de gens "horribles, affreux", provoquant ainsi les huées de la foule contre la presse rassemblée dans la salle. Dans une vidéo diffusée par le quotidien britannique, Donald Trump est revenu sur un large éventail de sujets dont la couverture ne lui a pas plu: son rendez-vous avec la reine d'Angleterre, sa rencontre avec Kim Jong-Un ou encore le sommet avec Vladimir Poutine.

Le président américain s'est notamment défendu d'avoir été en retard ou d'avoir abusé du temps de la souveraine britannique et a déploré avoir lu "seulement de la négativité" dans les compte-rendus de sa rencontre avec le dictateur nord-coréen. Quant au sommet avec le chef d'Etat russe:

"Ils voulaient me voir monter sur l'estrade et me lancer dans un match de boxe", a-t-il assuré.

Lors de ce sommet en question, Donald Trump avait lancé, au côté de Vladimir Poutine, qu'il ne voyait "aucune raison pour laquelle cela serait la Russie" qui avait interféré avec l'élection présidentielle américaine de 2016, contrairement aux conclusions du renseignement américain. Il s'était ensuite rétracté et avait plaidé le lapsus, affirmant qu'il avait voulu dire exactement l'inverse.

Un discours plus modéré d'Ivanka Trump

En parallèle, sa fille Ivanka Trump a assuré jeudi soir lors d'une conférence à Washington DC qu'elle ne considérait pas les journalistes comme "l'ennemi du peuple", une expression chère à son père.

"Il y a certainement des choses qui ont été écrites sur moi qui ne sont pas entièrement exactes", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'elle était "sensible à ceux qui s'inquiètent et se plaignent, particulièrement lorsqu'ils se sentent visés". La conseillère du président a néanmoins assuré qu'elle "ne pensait pas que les médias étaient l'ennemi du peuple".

Donald Trump a sauté sur l'occasion pour renchérir sur Twitter: "Ils ont demandé à ma fille Ivanka si oui ou non les médias étaient l'ennemi du peuple. Elle a dit non, avec raison. Ce sont les FAKE NEWS, qui constituent un gros pourcentage des médias, qui sont les ennemies du peuple!", a-t-il vitupéré.

La liste des organes de presse contre lesquels le président américain a une dent ne cesse pourtant de s'allonger avec son mandat: ABC News, CBS News, CNN, NBC, The New York Times, The Washington Post

Ce jeudi, deux experts de l'ONU ont publié un communiqué pour exprimer leur inquiétude quant aux piques de Donald Trump envers les journalistes, qui pourrait selon eux se traduire par une violence physique.

"Ces attaques vont à l'encontre des obligations de ce pays: respecter la liberté de la presse et les droits de l'Homme", ont écrit David Kaye et Edison Lanza. Ces attaques sont pour eux "stratégiques, créées pour miner la confiance en les articles et soulever des doutes sur des faits vérifiables", relevant au passage que le président américain n'avait "pas une fois réussi à montrer qu'un reportage en particulier avait été déterminé par des motivations inopportunes".

Un journaliste de CNN pris à partie, hué et insulté

"Nous sommes particulièrement inquiets que ces attaques augmentent le risque de violences contre les journalistes", ont-ils ajouté.

Mardi, un journaliste de CNN s'est retrouvé pris à partie lors d'un meeting par des militants pro-Trump qui l'ont hué et insulté. L'année dernière, une journaliste de Reuters avait relayé le cliché d'un photographe de l'agence: on y voit un homme porter un t-shirt où il est écrit "Corde. Arbre. Journaliste."

Toujours ce jeudi, la porte-parole de la Maison Blanche n'a de son côté pas nié que les médias étaient "l'ennemi du peuple". Interrogé par le journaliste de CNN insulté mardi sur cette question précise, Sarah Huckabee Sanders a mis en avant les propres critiques dont elle a été la cible et n'a pas nié.

Après que le reporter a plusieurs fois posé la question, elle a déclaré: "J'apprécie votre passion. Je la partage. J'ai déjà répondu à cette question, ai exprimé mon point de vue. Je suis ici pour parler au nom du président. Il a été clair sur ce point."

Liv Audigane