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Floride: des rescapés de la fusillade deviennent la cible de la droite dure américaine

Emma Gonzalez et David Hogg, rescapés de la fusillade de Parkland, sont devenus la cible de l'alt-right.

Emma Gonzalez et David Hogg, rescapés de la fusillade de Parkland, sont devenus la cible de l'alt-right. - AFP ; montage BFMTV

Survivants de la fusillade perpétrée dans un lycée de Floride la semaine dernière, Emma Gonzalez et David Hogg sont montés au créneau contre les armes à feu. Depuis quelques jours, ils sont ciblés par une campagne de déstabilisation venue de l'"alt-right", la frange la plus dure de l'extrême-droite américaine.

Ils ont survécu au massacre, et sont devenus le visage du combat contre les armes à feu, aux Etats-Unis. Les prises de position anti-armes d'Emma Gonzalez et David Hogg, deux jeunes Américains rescapés de la fusillade perpétrée le 14 février dans un lycée de Floride, leur valent désormais d'être pris pour cible par des partisans de la droite dure, par le biais d'une vaste campagne de cyber-harcèlement.

Le nouveau visage du combat contre les armes

Emma Gonzalez et David Hogg, ces deux lycéens de 18 et 17 ans, se trouvaient au lycée Marjory Stoneman Douglas, mercredi 14 février, lorsque Nikolas Cruz, 19 ans, a ouvert le feu. Contrairement à plusieurs de leurs camarades, morts sur le coup, Emma et David ont survécu, après s'être cachés. 

Témoins directs de la violence par balles, ils prennent très rapidement la parole dans les médias. Le lendemain de la tuerie, David Hogg profite du micro de CNN pour adresser un message aux autorités politiques sur la question des armes à feu. 

"Nous sommes les enfants. Vous êtes les adultes... Agissez, travaillez ensemble, surmontez vos idées politiques, faites que quelque chose soit fait", lance-t-il.

Emma Gonzalez, également militante LGBT, s'illustre lors d'un rassemblement contre les armes trois jours après la tuerie, en Floride. La colère dans la voix, elle critique ce jour-là les fonds reçus par de nombreux élus américains de la part du puissant lobby des armes, la NRA. "Honte à vous", s'exclame-t-elle. Les images font le tour du monde.

Une jeunesse post-Columbine

Aujourd'hui, une semaine après les faits, ils se retrouvent en première ligne face aux attaques de la frange la plus extrême de la droite américaine, fermement attachée au deuxième amendement de la Constitution, celui qui garantit aux citoyens américains le droit de porter des armes. En cause, leurs discours visant à dénoncer l'inaction de la classe politique face à la multiplication des fusillades, notamment dans les établissements scolaires. 

Nés après la fusillade de Columbine, qui avait traumatisé les Etats-Unis en 1999, ces jeunes Américains se font l'écho, dans les médias et les rassemblements, d'une génération marquée par ces fusillades à répétition, multiplient les prises de parole, et tentent d'initier un mouvement de mobilisation contre les armes qui irait au-delà des frontières de leur comté, en Floride.

Ils n'ont pas hésité à critiquer Donald Trump, auquel ils ont reproché n'avoir offert que "ses pensées et ses prières" après la fusillade du 14 février. De fait, le président américain n'a eu aucun mot sur les armes à feu durant les jours qui ont suivi le massacre.

Théories conspirationnistes

Mais leur combat n'est pas du goût de l'extrême droite américaine. De nombreux partisans de l'"alt-right" se sont en effet lancés dans une campagne de décrédibilisation de ces adolescents, sur les réseaux sociaux. 

En première ligne, les sites extrémistes Infowars ou the Gateway Pundit, prompts à relayer les théories du complot, y compris celles qui perdurent autour du massacre contre l'école primaire de Sandy Hook, qui a fait 26 morts en 2012. En l'espace de quelques jours, Emma Gonzalez et David Hogg sont devenus la cible des théories conspirationnistes les plus folles. Ces sites internet ont diffusé l'idée selon laquelle ils étaient manipulés, "utilisés comme outils politiques par l'extrême gauche pour faire avancer sa rhétorique anti-conservatrice et anti-armes".

Le site Infowars les a accusé d'avoir été "coachés" par CNN, média honni de la droite dure, considérant qu'ils étaient tellement bons devant les caméras qu'ils auraient été choisis pour jouer les "acteurs de crise" au service d'une cause progressiste.

David Hogg semble d'autant plus dans le collimateur que son père est un agent retraité du FBI. Les internautes partisans de ces théories sont allés dénicher des images d'archives de l'adolescent, qui avait participé dans le passé à une émission de CNN sur un sujet totalement différent, pour justifier leurs accusations. Et plusieurs vidéos conspirationnistes sur David Hogg ont commencé à fleurir sur Youtube, avec des centaines de milliers de vues au compteur pour certaines. 

Des théories relayées par le fils Trump

Suivi par plus de 2,6 millions de personnes sur Twitter, le présentateur conservateur Bill O'Reilly, débarqué de Fox News en avril dernier après des accusations de harcèlement sexuel, a lui aussi mis en doute les motivations des lycéens. Les médias veulent "détruire l'administration Trump par tous les moyens nécessaires. S'ils doivent utiliser des enfants pour y arriver, ils les utiliseront", a-t-il accusé.

Ces soupçons de manipulation sont remontés jusqu'à Donald Trump Junior. Le fils aîné du président, qui attaque volontiers les détracteurs de son père, a "liké" à deux reprises mardi deux tweets relayant les accusations du Gateway Pundit contre David Hogg. 

Par ailleurs, comme l'explique Le Monde, des "bots" russes, des programmes automatisés, se sont chargés de retweeter à outrance ces théories, afin qu'elles se diffusent au maximum. Le phénomène a été constaté par les chercheurs de l'organisme Hamilton 68, qui analysent près de 600 comptes identifiés comme des bots russes. Alerté, Twitter a assuré travailler "activement" sur la question.

"Je ne suis pas un acteur de crise"

Mercredi, David Hogg a été invité à réagir sur CNN à ces théories conspirationnistes montées à son encontre. Les accusations ont été qualifiées d'"incroyables" et "absolument troublantes" par le jeune homme. 

"Je ne suis pas un acteur de crise, je suis quelqu'un qui a dû assister à tout cela, et qui subit tout cela", s'est-il défendu. 

Mais malgré ce harcèlement 2.0, David Hogg n'abandonne pas le combat et ne compte pas se laisser intimider. Sur son compte Twitter, il multiplie les messages anti-armes et les appels à la mobilisation, qu'il accompagne du hashtag #NeverAgain, ("plus jamais"). Et le jeune homme de continuer d'attaquer la classe politique. "Les promesses sans action sont des mensonges qui coûtent des vies", tweetait-il encore ce jeudi.