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Quand Trump règle une crise avec la Corée du Nord en plein dîner

Des clichés publiés sur Facebook montrant Donald Trump et Shinzo Abe, samedi 11 février, à Mar-a-Lago, au moment où ils apprennent que la Corée du Nord a tiré un missile balistique.

Des clichés publiés sur Facebook montrant Donald Trump et Shinzo Abe, samedi 11 février, à Mar-a-Lago, au moment où ils apprennent que la Corée du Nord a tiré un missile balistique. - Capture d'écran ; montage BFMTV.com

Donald Trump a-t-il suivi et dirigé une crise sensible au beau milieu de ses invités, samedi soir, en Floride? C'est ce que portent à croire des clichés pris par un membre de son club, et postés sur Facebook, avant d'être supprimés.

Un président suivant et commentant une crise diplomatique en train de se produire, au vu et au su de tout le monde? L'idée parait irréaliste. C'est pourtant que ce semble avoir fait Donald Trump, il y a trois jours. 

Tout est parti d'une publication sur Facebook. Samedi soir, en plein milieu du dîner organisé en l'honneur du Premier ministre japonais, Shinzo Abe, dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, le président américain et son invité ont été informés du tir de missile balistique réalisé par la Corée du Nord en direction de la mer du Japon.

Une crise réglée à table?

Et à en croire des photos postées sur le réseau social par un membre du club de Donald Trump présent à la soirée, les deux responsables politiques semblent s'être retrouvés à gérer ce dossier à table, au beau milieu des invités, alors que ce genre de situation est toujours traité dans des lieux ultra-sécurisés, à l'abris des regards. 

"Bigre!!! C'était fascinant d'observer l'intense activité au dîner, lorsque l'information selon laquelle la Corée du Nord avait lancé un missile est tombée. Le Premier ministre du Japon se réunit avec son équipe, et le président est au téléphone avec Washington. Les deux leaders se sont ensuite entretenus, avant d'aller dans une autre pièce pour une conférence de presse organisée à la hâte. Wow... le centre de l'action!!!", a ainsi écrit Richard DeAgazio sur son compte Facebook, accompagnant son message de trois photos montrant Donald Trump et Shinzo Abe en train d'évoquer la crise en cours et de regarder des documents, assis à table, entourés d'une foule visiblement curieuse.

Autrement dit, et comme le laisse sous-entendre le message de Richard DeAgazio, leur conversation et leurs coups de téléphone étaient parfaitement audibles pour les personnes présentes aux alentours sur la terrasse. 

Dans la même soirée, cet homme d'affaires à la retraite, qui a rejoint le club de Donald Trump à Mar-a-Lago il y a trois mois, a également révélé le visage et l'identité du porteur de la mallette nucléaire, photo à l'appui. Son compte Facebook a depuis été supprimé, mais de nombreuses captures des ces publications contenant des informations sensibles circulent sur Internet. 

"Pas d'excuse"

Mais pour les observateurs de la vie politique américaine, cette seconde publication est moins grave que la preuve que le président évoque publiquement un dossier ultra-sensible, tel que celui de la Corée du Nord, et plus particulièrement un incident pouvant menacer la sécurité nationale du pays. 

"Il n'y a pas d'excuse à laisser une crise internationale se jouer devant un groupe de membres d'un country club, comme dans un café-théâtre", a ainsi tweeté la représentante démocrate Nancy Pelosi. 

Dans un communiqué, deux sénateurs démocrates ont quant à eux rappelé au président américain qu'il s'agit de "la politique étrangère de l'Amérique, pas d'un épisode de Saturday Night Live". L'indignation s'est également faite sentir du côté du camp républicain. Le sénateur de Floride Marco Rubio a ainsi rappelé que ce "n'est pas le genre d'endroit où faire ce genre de choses". 

Du jamais vu

Cité par le New York Times, Michael J. Morell, un ancien directeur de la CIA sous l'ère Obama, ne se souvient pas avoir assisté à une telle scène lorsqu'il était en poste. "Chaque président avec qui j'ai travaillé serait allé dans une pièce privée pour avoir ce qui était potentiellement une discussion classifiée", fait-il remarquer.

Une analyse que partage le Guardian. "Dans les administrations précédentes, les chefs d'Etats auraient été rapidement emmenés dans la Situation Room de la Maison Blanche, ou dans le lieu sécurisé le plus proche. Les documents et informations qu'ils reçoivent dans ce genre de moment font souvent partie des secrets les mieux gardés du pays", écrit le journal britannique.

"Un homme du peuple"

Le Washington Post, qui rappelle que le président a attaqué Hillary Clinton sur l'affaire des e-mails durant toute sa campagne, a réussi à contacter l'auteur des clichés. Donald Trump "a choisi d'être dehors, sur la terrasse, avec les membres du club. Cela montre juste qu'il est un homme du peuple", a justifié Richard DeAgazio auprès du quotidien américain. 

De son côté, le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer a tenté de minimiser l'affaire, lundi, en assurant qu'"aucun élément classifié" n'avait été partagé à la table du dîner, et que Donald Trump avait été briefé dans un endroit sûr. 

Comme un pied de nez, Pete Souza, photographe officiel de Barack Obama à la Maison Blanche, a ressorti un cliché de ses archives, lundi. Pris en mars 2011, il montre l'ancien président démocrate en train de discuter avec ses conseillers. "Quand nous étions en déplacement, les discussions sur la sécurité nationale et les coups de téléphonesimportants étaient menés dans un lieu privé et sûr. Tout le monde devrait laisser son Blackberry en dehors de ce lieu", explique Pete Souza dans la légende.