BFMTV

Corée du Nord: comment Hawaï se prépare à une attaque nucléaire

Si les menaces proférées par Pyongyang envers les Etats-Unis ciblent directement l'île de Guam, Hawaï, à mi-chemin entre les deux pays, est le premier Etat américain à se préparer officiellement au pire.

Depuis le 7 août, des exercices de simulation d'attaque nucléaire ont lieu dans les écoles publiques d'Hawaï, distillant dans l'archipel américain du Pacifique des relents de guerre froide. Washington et Pyongyang se livrent actuellement une guerre rhétorique à l'intensité croissante sur fond d'arsenal nucléaire nord-coréen. Mais la petite île de Guam, près de laquelle le régime de Kim-Jong-un menace d'envoyer 4 missiles, n'est pas la seule à se faire du souci. A quelques milliers de kilomètres de là, Hawaï se situe à mi-chemin entre les deux pays.

Elle pourrait, dans le cas d'une attaque nord-coréenne, être visée, au même titre que l'Alaska, à l'extrême ouest du continent nord-américain.

Hawaï se situe au milieu de l'Océan pacifique, à mi-chemin entre la Corée du Nord et les Etats-Unis.
Hawaï se situe au milieu de l'Océan pacifique, à mi-chemin entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. © Capture Google Maps

20 minutes entre le lancement et l'impact sur Hawaï

Comme le rapportent de nombreux médias outre-atlantique, Hawaï est le premier état américain à se préparer officiellement à une telle menace, qui vient s'ajouter à celles -nombreuses- pesant déjà sur l'île, mais qui sont toutes d'origine naturelle: tsunamis, inondations, activité volcanique et sismique mais aussi ouragans.

Les experts s'accordent à dire que les probabilités d'une agression nucléaire sont très faibles, mais le pire est envisagé. Au cas où.

"Si la Corée du Nord utilise un missile balistique intercontinental (ICBM), il faut compter environ 20 minutes du lancement à l'impact (sur Hawaï)", expliquait mercredi à CNN le lieutenant colonel Charles Anthony, qui dirige les affaires publiques au Département de la Défense.

Ecouter la radio et se trouver un abri

Comme le précise Vern Miyagi, de l'Agence hawaïenne de gestion des crises, la population disposerait d'une quinzaine de minutes au total pour se mettre à l'abri, cinq minutes étant nécessaires aux autorités américaines pour constater le lancement et vérifier la trajectoire du missile.

"Ce n'est vraiment pas beaucoup. Mais c'est assez de temps pour vous laisser une chance de survivre", ajoute-t-il, cité lui aussi par la chaîne américaine.

L'archipel, qui ne dispose pas d'abri anti-nucléaire, travaille donc à préparer ses 1,4 million d'habitants. Une mission qui passe d'abord par la pédagogie, et pour laquelle un document de consignes a été publié. La population est notamment appelée à écouter la radio, à se choisir le meilleur abri possible, de préférence en béton, afin de se protéger des débris provoqués par une explosion, mais aussi de la lumière causée par une attaque nucléaire, dont l'intensité peut endommager la vue.

Des sirènes bientôt testées

Sur le plan technique, un système d'alerte par sirènes devrait être mis en place, et testé régulièrement. Un dispositif comparable à celui utilisé pendant la Guerre froide, et qui n'a pas été testé depuis les années 80.

Un test est d'ores et déjà planifié pour le mois de novembre. La nouvelle sirène retentira après celles déjà en place pour les catastrophes naturelles, déclenchée le premier jour ouvré du mois, à 11h45. L'alerte sera donnée depuis le bunker aux murs de béton de 2 mètres d'épaisseur situé sous le cratère du volcan Diamond Head.

"Nous voulons simplement que les gens aient un plan tout prêt comme dans le cas d'un ouragan, d'un tsunami, ou d'un autre genre de désastre", tempère Vern Miyagi, se voulant sans doute rassurant.

Un radar anti-missile géant

Mais les mesures imaginées en cas d'attaque nucléaire dépassent celles en vigueur pour les catastrophes naturelles: un système d'alerte sur mobile est en cours d'élaboration, et les autorités conseillent à la population d'avoir chez eux des réserves de vivres pour 14 jours, et non plus 7 comme dans le cas d'un désastre climatique.

Comme le rapportait le New York Times fin juillet, les autorités réfléchissent à établir de nouvelles règles d'urgence depuis l'an dernier, après plusieurs tests de missiles effectués par la Corée du Nord. Mais c'était avant les lancements réussis du mois de juillet dernier. Dès 2009, l'administration Obama a annoncé que Pyongyang pourrait lancer un missile balistique en direction d'Hawaï, ce qui a poussé les Etats-Unis à renforcer leurs défenses dans l'archipel.

Depuis, la population s'est progressivement habituée à la vue du radar géant anti-missile rebaptisé "la balle de golf" et qui a quitté la base sur laquelle il était amarré pour gagner le large. Longtemps critiqué pour son coût astronomique, ce bijou de technologie fait l'unanimité depuis qu'il a permis d'intercepter un missile balistique test lancé depuis la Corée du Nord à la fin du mois de mai.

Le radar anti-missile SBX entrant dans Pearl Harbor à Hawaï, le 9 janvier 2006.
Le radar anti-missile SBX entrant dans Pearl Harbor à Hawaï, le 9 janvier 2006. © HO / US NAVY / AFP
Charlie Vandekerkhove