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Salvador: une femme libérée après 10 ans de prison pour une fausse couche

Teodora Vasquez avait été condamnée à 30 ans de prison après avoir perdu son deuxième enfant à la naissance.

Teodora Vasquez avait été condamnée à 30 ans de prison après avoir perdu son deuxième enfant à la naissance. - MARVIN RECINOS / AFP

Teodora Vasquez avait été condamnée à 30 ans de prison en 2008 après avoir perdu son deuxième enfant dans les toilettes de son lieu de travail.

Teodora Vasquez a été libérée jeudi après avoir passé 10 ans en prison pour une fausse couche, considérée par la justice comme un homicide au Salvador, où la législation anti-avortement est parmi les plus strictes du monde. Elle avait été condamnée en 2008 à 30 ans de prison et sa peine avait été confirmée en décembre dernier. Mais le Tribunal suprême et le ministère de la Justice ont finalement décidé de commuer cette peine, selon son avocat, Victor Hugo Mata.

Cette femme de 34 ans a quitté dans la matinée la prison pour femmes d'Ilopango, à l'est de la capitale San Salvador. Elle a été reçue par des acclamations et des accolades de sa famille, dont ses parents et son fils de 14 ans, qu'elle n'a vu qu'en moyenne une fois par an pendant sa peine, ainsi que des membres d'associations ayant lutté pour sa libération.

Au moins 27 femmes emprisonnées pour les mêmes raisons

En larmes face aux journalistes, Teodora Vasquez a dit vouloir "lutter" pour que les autres femmes emprisonnées pour avoir perdu leur bébé - au moins 27 dans tout le pays d'après Amnesty International - soient elles aussi libérées. "Je vais travailler, lutter pour que d'autres femmes condamnées injustement pour des cas comme le mien puissent un jour retrouver leur liberté", a-t-elle déclaré.

"Je suis heureuse, j'ai perdu beaucoup d'années de ma vie, mais je suis heureuse car je vais commencer une nouvelle vie", a ajouté Teodora, qui a passé son baccalauréat en prison et espère désormais "aller à l'université.

Une fausse couche à son travail

Elle était enceinte de près de neuf mois quand elle avait appelé les urgences le 14 juillet 2007 pour d'intenses douleurs. Elle était alors dans les toilettes du collège de San Salvador où elle était employée. N'obtenant pas de réponse, elle avait été victime d'une grave hémorragie et son bébé était mort-né. En découvrant le cadavre, un autre employé du collège avait prévenu la police et la jeune femme, encore inconsciente et dans une mare de sang, avait été arrêtée.

Plusieurs organismes internationaux, comme Amnesty International, lui avaient apporté leur soutien, alors qu'elle a toujours clamé son innocence.

"Il est temps d'en finir avec cette situation de criminalisation des femmes", a déclaré Morena Herrera, membre d'une association luttant pour la dépénalisation de l'avortement thérapeutique, estimant que la libération de Teodora Vasquez est "une lueur d'espoir".

Faire reconnaître son innocence

Dans un communiqué, l'association rappelle que la jeune femme a été "emprisonnée 11 ans pour un crime qu'elle n'a pas commis" et souligne que le Tribunal suprême a estimé que dans ce dossier "il existe des raisons de justice, d'équité et de caractère juridique qui justifient de lui faire bénéficier de la commutation" de sa peine. Les avocats de Teodora Vasquez veulent désormais faire reconnaître son innocence et obtenir une compensation pour les 10 années de sa vie passée derrière les barreaux. 

Le code pénal salvadorien prévoit une peine de deux à huit ans de prison pour les cas d'avortement, mais dans les faits, les juges considèrent l'avortement ou la perte du bébé comme un "homicide aggravé", puni de 30 à 50 ans de réclusion.

En 2013, une jeune femme de 22 ans n'avait pas été autorisée à avorter d'un foetus dépourvu de cerveau. Après une intervention de la Cour interaméricaine des droits de l'homme, l'Etat avait finalement autorisé qu'on lui pratique une césarienne. Le nouveau-né était décédé au bout de quelques heures.

Charlie Vandekerkhove avec AFP