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Salvador: violée pendant des mois, elle accouche d'un enfant mort-né et est condamnée à 30 ans de prison

Une militante pour l'assouplissement de la loi sur l'avortement devant l'Assemblée à San Salvador, le 23 février 2017. (photo d'illustration)

Une militante pour l'assouplissement de la loi sur l'avortement devant l'Assemblée à San Salvador, le 23 février 2017. (photo d'illustration) - Marvin RECINOS / AFP

De très nombreuses adolescentes et femmes ont été condamnées dans le pays pour avoir perdu un enfant. Certaines sont accusées d'avoir avorté, alors que la loi salvadorienne sur l'avortement est l'une des plus restrictives au monde.

Depuis 1998, il est strictement interdit d'avorter au Salvador, petit pays d'Amérique centrale d'un peu plus de 6 millions d'habitants en grande majorité catholiques. Même dans le cas d'une grossesse consécutive à un viol, ou en présence d'un danger pour la mère et l'enfant.

L'une des conséquences de cette loi draconienne est le nombre alarmant d'avortements clandestins, mais cette législation est aussi à l'origine d'une grande suspicion portée sur les mères et les personnels soignants quand, au cours ou à l'issue d'une grossesse, des complications surviennent. Des femmes sont régulièrement condamnées à des peines de prison extrêmement lourdes, parce qu'elles sont accusées d'avoir voulu sciemment tuer l'enfant après une fausse couche ou parce qu'elles ont mis au monde un enfant mort-né. 

Elle accouche dans les toilettes

Le cas le plus récent de ce type de condamnations est rapporté ce jeudi par The Guardian. Le quotidien britannique explique qu'une jeune Salvadorienne de 19 ans a été condamnée mercredi à 30 ans de prison pour meurtre, après avoir accouché d'un enfant mort. La lycéenne, âgée de 18 ans au moment de la naissance de l'enfant, a expliqué n'avoir pas réalisé sa grossesse jusqu'au jour de l'accouchement, qui a eu lieu dans les toilettes de chez elle. Avant cette grossesse non désirée, la jeune fille a été violée pendant de longs mois par un homme appartenant à un gang. 

Au tribunal, la juge en charge de l'affaire a estimé que la jeune femme n'avait eu aucun suivi prénatal parce qu'elle ne voulait pas de l'enfant, et qu'elle l'avait jeté dans les toilettes dans le but de le tuer. Les experts médicaux n'ont pas réussi à déterminer si l'enfant était déjà mort à la naissance ou s'il est décédé ensuite.

On lui reproche une absence de soins prénataux

La juge a même suggéré que la jeune fille n'avait pas pu agir seule et que sa mère l'avait aidée à se débarrasser de l'enfant. La jeune femme a été arrêtée après que la police a trouvé le foetus, alors qu'elle avait été transportée à l'hôpital par sa mère. Elle a dû y être soignée menottée, pendant une semaine, et est restée incarcérée depuis. Son avocat a dénoncé une décision "injuste et illégitime" et a annoncé vouloir faire appel. 

Le Salvador fait partie des cinq pays où l'avortement est interdit dans tous les cas de figure. Comme le rapporte Amnesty International dans un article datant de 2014, "des femmes ayant subi une fausse couche ont été inculpées d’homicide avec circonstances aggravantes, une infraction passible d’une peine de 50 ans d’emprisonnement.

"Amnesty International a récolté des informations sur de nombreuses femmes qui ont été condamnées à des dizaines d’années d’emprisonnement à la suite d’une fausse couche". 

Vers un assouplissement de la loi?

D'après l'organisation internationale, le Salvador est en outre le pays d'Amérique latine qui affiche le plus fort taux de grossesse chez les adolescentes.

"Selon une enquête nationale sur la santé familiale, plus d’un cinquième (23%) des adolescentes salvadoriennes âgées de 15 à 19 ans ont été enceintes au moins une fois. Dans près de la moitié des cas elles avaient moins de 18 ans et n’avaient pas prévu la grossesse", précise Amnesty. 

L'Assemblée s'est saisie de la pénalisation de l'avortement en initiant un débat, dans le cadre duquel de nombreuses auditions ont eu lieu, et qui a pris fin au mois de mars. Un projet de loi assouplissant la législation actuelle est à l'étude, mais il n'a pas encore abouti et n'a pas été soumis au vote des députés. Il permettrait de légaliser l'avortement dans le cas de grossesses résultant d'un viol ou de trafic d'être humains, mais également si le foetus n'est pas viable, ou pour protéger la santé ou la vie de l'enfant. 

Charlie Vandekerkhove