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Manifestations au Venezuela: des "cacatov" contre les forces de l'ordre

Une manifestation à Caracas le 12 mai 2017

Une manifestation à Caracas le 12 mai 2017 - Juan Barreto-AFP

Au Venezuela, les opposants qui manifestent depuis le 1er avril et sont violemment réprimés par les forces de l'ordre ont troqué leurs cocktails Molotov contre des "puputov", des bombes à excréments.

Après six semaines de manifestations émaillées de violences au Venezuela, les opposants ont troqué leurs habituels cocktails Molotov contre des bombes d'excréments baptisées "cacatov". Comme quasiment chaque jour depuis le 1er avril, des milliers de Vénézuéliens défilent dans tout le pays. L'objectif principal de l'opposition, majoritaire au Parlement depuis fin 2015, est d'obtenir des élections générales anticipées pour faire partir le président socialiste Nicolas Maduro.

La mode des cocktails "cacatov" ("puputov" en espagnol) s'est répandue sur les réseaux sociaux. Selon El Pais, ils auraient provoqué des vomissements chez les policiers. Ces "bombes" ont été utilisées dans des manifestations à San Cristobal, Merida, Valencia ou encore Caracas. Elles ont été qualifiées d'"armes biochimiques" par le gouvernement, rapporte Newsweek.

Une affiche a été largement relayée sur les réseaux sociaux. Elle appelait les manifestants à participer le 10 mai dernier à une "marche de la merde": "Armons-nous! Ils ont du gaz, nous avons des excréments."

38 morts et des centaines de blessés

La crise politique et économique frappant le Venezuela s'est violemment accentuée le 1er avril, quand ont démarré les manifestations de l'opposition. La plupart des marches ont dégénéré en heurts, pillages, échanges de gaz lacrymogènes et de cocktails Molotov entre manifestants et forces de l'ordre.

À cela s'est ajoutée la violence exercée par les "colectivos", des groupes de civils armés par le gouvernement, assure l'opposition. Quelque 38 personnes sont mortes et des centaines d'autres ont été blessées. Le gouvernement vénézuélien a de son côté accusé les États-Unis de financer des "groupes violents" de l'opposition. 

155 civils emprisonnés de manière illégale

Vendredi dernier, ce sont les grands-parents qui ont défilé contre le président socialiste Nicolas Maduro. Appuyés sur une canne ou en fauteuil roulant, environ 2000 personnes âgées ont défié les barrages de policiers à Caracas.

Au total depuis le début de la vague de manifestations, 1990 personnes ont été interpellées, dont 650 sont encore incarcérées, assure l'ONG Foro Penal. Selon elle, au moins 155 civils ont été emprisonnés, de manière illégale, sur ordre de tribunaux militaires.

Hausse de 65% de la mortalité maternelle

Ruiné par la chute des cours de pétrole, le Venezuela souffre d'une grave pénurie d'aliments et de médicaments, ainsi que d'une inflation galopante, attendue à 720% à la fin de l'année par le FMI. Selon la Fédération médicale vénézuélienne, les hôpitaux fonctionnent avec seulement 3% des médicaments nécessaires.

La ministre de la Santé a d'ailleurs été limogée mi-mai après la publication de données en forte hausse sur la mortalité infantile, qui a fait un bond de 30,12% entre 2015 et 2016. Le même rapport indique également une hausse de 65,79% de la mortalité maternelle.

Céline Hussonnois-Alaya avec AFP