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Au Brésil, Dilma Rousseff joue sa présidence

Dilma Rousseff, le 12 avril 2016.

Dilma Rousseff, le 12 avril 2016. - Evaristo Sa - AFP

Les députés du Parlement de Brasilia ont commencé à voter ce dimanche sur la question de la destitution de la présidente Dilma Rousseff, accusée par la droite d'avoir maquillé des comptes publics.

Un dimanche historique au Brésil. La présidente brésilienne Dilma Rousseff joue son mandat à quitte ou double au Parlement de Brasilia où les députés se prononcent ce dimanche sur sa destitution. Plus exactement, les députés ont commencé à voté, lors d'une séance plénière houleuse, pour demander ou non au Sénat d'ouvrir formellement un procès en destitution de la dirigeante de gauche, accusée par l'opposition de maquillage des comptes publics.

Le premier député à voter, le centriste (PMDB) Washington Reis, s'est prononcé "pour". L'opposition doit obtenir 342 votes pour que la procédure soit renvoyée au Sénat.

L'une des pires crises de l'histoire politique du Brésil

La police est en état d'alerte aux quatre coins du géant émergent d'Amérique latine (200 millions d'habitants, 8,5 millions de kilomètres carrés), plongé dans l'une des pires crises, à la fois politique, économique et morale, de sa jeune histoire démocratique. Les autorités craignent des affrontements lors de grandes manifestations de partisans des deux camps programmées à Rio de Janeiro, Sao Paulo et Brasilia.

Dilma Rousseff et ses alliés s'efforcent en coulisse d'inverser une dynamique très défavorable. La chef de l'Etat a appelé les Brésiliens "à suivre de près les événements" mais "surtout dans le calme et la paix".

Depuis vendredi, les 513 députés s'affrontent en séance plénière dans des joutes enflammées pour ou contre l'impeachment qui sera soumis au vote ce dimanche à 14 heures locales (19 heures à Paris). Mais les débats ont pris du retard et le verdict pourrait tomber tard dimanche soir, voire lundi.

Deux tiers des votes pour valider la procédure de destitution

L'opposition devra s'assurer de deux tiers des votes des membres de la chambre basse (342 sur 513) pour que la procédure de destitution soit soumise à l'approbation du Sénat. Dans le cas contraire, Dilma Rousseff sauverait immédiatement son mandat.

Elle a annoncé qu'elle proposerait "un grand pacte national sans vainqueur ni perdant" pour sortir le Brésil de l'ornière. En cas de défaite, la première femme élue à la tête du Brésil, en 2010, se retrouverait dans une posture très critique: il suffirait ensuite d'un vote à la majorité simple des sénateurs, en mai, pour qu'elle soit mise formellement en accusation et écartée du pouvoir pendant au maximum six mois dans l'attente d'un jugement final.

Son ancien allié centriste, le vice-président Michel Temer, 75 ans, qui brigue désormais ouvertement son fauteuil, la remplacerait dans l'intervalle et formerait un gouvernement de transition.

Offensive de la gauche

Les dernières estimations des quotidiens Folha de Sao Paulo et Estado de Sao Paulo donnaient dimanche une courte victoire des pro-destitution. La gauche ne s'avoue pas vaincue et a lancé depuis vendredi une offensive, dirigée depuis un hôtel de Brasilia par l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, au pouvoir de 2003-2010.

Lula tente de convaincre des députés de centre-droit appartenant aux formations ayant abandonné la coalition présidentielle la semaine dernière. "C'est une guerre de chiffres qui montent et qui descendent comme à la Bourse", a expliqué Lula, toujours populaire et influent malgré les soupçons de corruption qui pèsent sur lui dans le scandale Petrobras.

Dilma Rousseff est accusée par l'opposition de droite d'avoir truqué les comptes publics du Brésil pour dissimuler l'ampleur des déficits et favoriser sa réélection en 2014. Elle conteste, accusant une opposition revancharde de fomenter un coup d'Etat institutionnel pour l'évincer, au mépris des 54 millions de Brésiliens qui l'ont réélue. Sa popularité s'est effondrée en 2015 à un plancher historique de 10% et est légèrement remontée en avril à 13%. Plus de 60% des Brésiliens souhaitent son départ.

A.S. avec AFP