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Algérie: des centaines de manifestants pour s'opposer à Bouteflika

Depuis vendredi passé, de nombreux rassemblements ont eu lieu à travers le pays et des dizaines de milliers de personnes, répondant à des appels lancés par des anonymes sur les réseaux sociaux.

A un peu moins de deux mois des élections présidentielles algériennes qui doivent se tenir le 18 avril prochain, la situation se tend à Alger et dans les principales villes du pays. Ce dimanche, plusieurs centaines de personnes ont manifesté, malgré un important dispositif policier, dans les rues de la capitale pour s'opposer à un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika.

Ce dernier, au pouvoir depuis 1999, est arrivé dans la soirée à Genève pour des examens médicaux souligne le site Alg24

Depuis vendredi passé, de nombreux rassemblements ont eu lieu à travers le pays et des dizaines de milliers de personnes, répondant à des appels lancés par des anonymes sur les réseaux sociaux, étaient alors descendues dans la rue, notamment dans la capitale, où les manifestations sont pourtant strictement interdites et où la police, débordée par le nombre, n'avait pu les en empêcher.

"Le peuple algérien a vaincu la peur, il est sorti pour refuser ce système, il lutte pour toutes les libertés" souligne une manifestante au micro de BFMTV.

Une quinzaine de cadres de l'opposition interpellés

Dimanche midi, répondant à l'appel du collectif d'opposition Mouwatana, le petit groupe de protestataires, initialement une cinquantaine, n'a toutefois cessé de gonfler jusqu'à atteindre plusieurs centaines, malgré les jets de gaz lacrymogènes de la police pour les disperser et des arrestations, selon une journaliste de l'AFP.

Les protestataires ont tenu la rue plusieurs heures avant d'en partir dans l'après-midi. Après leur départ, des petits groupes de jeunes Algériens ont longtemps continué à scander des slogans contre le 5e mandat du président Bouteflika, malgré de nouveaux jets de gaz lacrymogènes de la police.

Soufiane Djilali, coordinateur de Mouwatana, a affirmé que "15 cadres" de ce mouvement "citoyen" ainsi que "des dizaines" d'autres personnes" avaient été interpellés. Ce chiffre n'a pas pu être vérifié.

"Algérie libre et démocratique!"

De quoi prévoir d'un printemps algérien? Fondé en juin 2018 pour s'opposer à un 5e mandat annoncé, le mouvement "citoyen" Mouwatana, composé d'intellectuels (partis d'opposition, militants associatifs, journalistes, avocats, artistes...), peine pourtant traditionnellement à mobiliser au-delà de son milieu d'origine.

"Vendredi, c'était (une mobilisation) populaire. Mouwatana, c'est un peu plus élitiste", a expliqué le sociologue algérien Nacer Djabi à l'approche de ce rassemblement.

Soufiane Djilali, qui est aussi chef du parti d'opposition Jil Jadid, a lui confié ne pas s'attendre "à une grande foule". "Mais le but est de maintenir la pression contre ce pouvoir", a expliqué ce responsable, qui s'est déjà opposé à un 4e mandat de Bouteflika en 2014.

Qui pour succéder à Bouteflika? 

Reste que, la non-réelection de Bouteflika cette année serait un événement majeur dans l'Histoire du pays du Maghreb. Ce lundi matin, le quotidien Le Parisien dresse le portrait de l'un des prétendants à la succession, au parcours atypique.

Né en France, Rachid Nekkaz, 47 ans, était présent ce samedi dans les rues de Tizi-Ouzou en Kabylie où il manifestait en compagnie de 60.000 personnes. Délogé par la police, il a dû quitter la ville en catastrophe.

Reste que, cet opposant à Abdelaziz Bouteflika a le vent en poupe à quelques semaines de l'échéance électorale. Habitué des coups d'éclat, il avait déjà tenté à plusieurs reprises de se présenter à l'élection présidentielle française. En 2007, sur le plateau de LCI, il avait déchiré le parrainage d'un maire qu'il venait d'acheter, assurant ne "pas prêt à tout pour être candidat."

Seul problème pour Nekkaz, relève encore le quotidien francilien, de nouvelles dispositions constitutionnelles datant de 2016 restreignent les candidatures en Algérie. Ainsi, pour être candidat, il faut pouvoir justifier un minimum de dix ans de résidence permanente dans le pays. De plus, toute personne ayant ou ayant eu une nationalité étrangère, Nekkaz a été français pendant des années, sera interdit de candidature. 

Hugo Septier avec AFP